Selon un rapport, des images satellites révèlent l'ampleur des destructions causées par l'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza, où des villes et des quartiers entiers ont été rasés et de vastes zones réduites en ruines.
Rafah, qui comptait autrefois quelque 250 000 habitants, figure parmi les zones les plus durement touchées. Les images satellites analysées par Planet Labs montrent que la majeure partie de cette ville du sud de la bande de Gaza a été détruite. Les forces israéliennes continueraient par ailleurs de démolir les structures restantes et de déblayer les décombres, même après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Ces destructions s'étendent aux zones actuellement sous contrôle militaire israélien, qui représentent environ 60 % de la bande de Gaza. Au moins 50 positions militaires israéliennes ont été recensées dans ces secteurs, dont 18 ont été établies depuis le début du cessez-le-feu. Plusieurs d'entre elles ont été installées sur les sites d'anciens quartiers résidentiels.
À Beni Suhaila, dans le sud de Gaza, une zone autrefois densément peuplée a été transformée en terrain vague, traversé par des pistes en terre qui ont remplacé les anciennes rues. Une nouvelle base militaire israélienne a également été établie à l'emplacement de l'ancien principal carrefour de la ville.
Dans le nord de la bande de Gaza, une grande partie de Jabaliya a également été réduite en ruines. Les images satellites révèlent d'importantes destructions aux abords du complexe hospitalier Al-Awda et de plusieurs écoles gérées par l'ONU. Jabaliya, qui abritait autrefois le plus grand camp de réfugiés de la bande de Gaza et comptait plus de 100 000 habitants, a subi des destructions généralisées.
Beit Hanoun, ainsi que le quartier de Shijaiya, dans la ville de Gaza, ont eux aussi été en grande partie rasés, leurs immeubles résidentiels et leurs complexes d'habitation réduits à l'état de ruines.
Dans un rapport publié en février, un expert mandaté par l'ONU a averti que l'ampleur des destructions de logements et d'infrastructures civiles à Gaza était sans précédent dans l'histoire des conflits modernes et pourrait constituer des crimes contre l'humanité, voire un génocide au regard du droit international.
Ces destructions ne représentent qu'une facette du désastre qui frappe les quelque deux millions de Palestiniens de Gaza. Plus d'une personne sur dix parmi la population présente avant la guerre a été tuée ou blessée, tandis que les ordres d'évacuation et les opérations militaires israéliennes répétées ont contraint la majeure partie de la population à se déplacer à plusieurs reprises.
Bien que le cessez-le-feu ait mis fin à l'offensive israélienne de grande ampleur et aux bombardements les plus intenses, les frappes israéliennes contre des tentes, des véhicules et des bâtiments se poursuivent. Israël prétend que ces attaques visent des membres du Hamas, tandis que les responsables palestiniens et les organisations de défense des droits humains soulignent que les civils continuent d'être les principales victimes des violences.
La capacité des Palestiniens à reconstruire reste également fortement compromise. Israël empêche l'entrée à Gaza de la plupart des matériaux de construction, tandis qu'un vaste plan de reconstruction prévu dans l'accord de cessez-le-feu n'a pas encore pu être mis en œuvre.
Les conséquences humanitaires demeurent graves. La plupart des Palestiniens restent tributaires de l'aide internationale, tandis que les perspectives d'emploi demeurent extrêmement limitées.
Pour de nombreux survivants, les destructions matérielles se sont accompagnées de pertes humaines et personnelles profondes.
Najwa Abu Eita a perdu sa fille de sept ans et a été grièvement blessée, perdant notamment un œil, lorsque les forces israéliennes ont frappé son domicile dans le camp de réfugiés de Nuseirat, en septembre 2024. Ancienne coiffeuse, elle vit désormais sous une tente, à côté des ruines de sa maison, et peine à trouver un emploi.
Shadi Barawi, 35 ans, a perdu son père au début du conflit et a dû être amputé d'une jambe après avoir été blessé par des éclats d'obus dans la ville de Gaza. Parmi les milliers de personnes amputées à la suite de la guerre, il a repris son activité de coiffeur sous la tente où il vit, travaillant avec des béquilles et sans prothèse.
Par ailleurs, des milliers de corps restent toujours ensevelis sous les bâtiments détruits lors des attaques israéliennes. Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, les autorités de Gaza mènent des recherches pour retrouver les dépouilles des victimes. Une équipe de recherche a récemment passé huit heures à fouiller les décombres de la maison familiale de Haneen al-Khodari, détruite en décembre 2023. Mme al-Khodari a indiqué que 17 membres de sa famille se trouvaient toujours sous les décombres.
L'équipe a retrouvé la dépouille d'un jeune enfant ainsi que deux ossements avant de mettre fin aux recherches.
Après avoir attendu trois ans pour pouvoir récupérer les corps des membres de sa famille, Mme al-Khodari est restée assise près des ruines à l'issue des opérations. Les restes retrouvés ont été déposés sur une bâche en plastique portant la mention "Ossements mélangés".
Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de la Santé de Gaza, les attaques israéliennes ont tué au moins 74 000 Palestiniens et blessé plus de 174 000 autres depuis le début de la guerre génocidaire contre le territoire assiégé, le 7 octobre 2023.
