
Komla YAWO
La reprise de Kidal par l'armée malienne, mardi 6 octobre, constitue un succès symbolique majeur pour les autorités de transition. Cinq mois après avoir été chassées de cette ville stratégique du nord du Mali par le Front de libération de l'Azawad (FLA) et ses alliés, les forces maliennes ont pu y entrer sans véritable combat. Mais derrière cette reconquête se dessine une réalité plus complexe; le contrôle de Kidal ne signifie pas nécessairement que Bamako a définitivement remporté la bataille pour le Nord.
Kidal, un symbole plus qu'une simple ville
La valeur de Kidal dépasse largement son importance géographique. La ville est depuis plusieurs années l'un des principaux symboles de la contestation touarègue et du recul de l'autorité de l'État malien dans le Nord. Sa perte par l'armée en avril dernier avait constitué un sérieux revers pour les autorités de transition.
Son retour dans le giron de Bamako permet donc au pouvoir militaire de restaurer une partie de son crédit. L'armée malienne peut désormais présenter cette opération comme une démonstration de sa capacité à reprendre l'initiative et à reconquérir des territoires qu'elle avait perdus.
Le mouvement des forces maliennes depuis Anéfis, appuyées par les militaires russes de l'Africa Corps ainsi que par des combattants du MSA et du Gatia intégrés aux Forces armées maliennes, illustre également une stratégie de concentration progressive des moyens autour de Kidal.
Mais cette avancée doit être relativisée. Le FLA n'a pas été défait sur le champ de bataille. Le mouvement affirme avoir procédé à un "repli stratégique" afin de préserver ses combattants et ses capacités militaires. L'absence de combats lors de l'entrée des forces maliennes est donc un élément essentiel pour comprendre la portée réelle de cette reconquête.
Le FLA quitte Kidal, mais la guerre n'est pas terminée
Le retrait du FLA laisse à Bamako une victoire territoriale immédiate. Il permet également aux autorités maliennes de reprendre possession d'une ville devenue presque vide après plusieurs vagues de déplacements de population.
Cependant, contrôler Kidal ne signifie pas contrôler durablement l'ensemble de la région. Le Nord malien reste marqué par l'immensité du territoire, la faiblesse des infrastructures et la présence de plusieurs acteurs armés. L'armée devra donc être capable de maintenir ses positions, de sécuriser les axes de circulation et surtout d'empêcher une nouvelle offensive contre ses positions.
C'est là que réside le principal défi pour Bamako. Une reconquête militaire peut être relativement rapide, mais la stabilisation d'un territoire est beaucoup plus difficile. La situation est d'autant plus fragile que le FLA n'est pas le seul acteur présent dans cette zone. Le Jnim, affilié à Al-Qaïda, dispose également de capacités importantes dans le Nord. Une nouvelle confrontation entre les forces maliennes et les groupes armés pourrait donc rapidement transformer Kidal en nouveau foyer de violence.
Le rapprochement avec Alger pourrait-il ouvrir une nouvelle séquence ?
La reprise de Kidal intervient enfin dans un contexte diplomatique particulièrement intéressant. Les relations entre Bamako et Alger se sont fortement dégradées après la remise en cause de l'accord de paix conclu en 2015 sous médiation algérienne.
Le récent rapprochement entre les deux pays pourrait toutefois modifier les équilibres. Si Alger parvient à retrouver une capacité de médiation, la reconquête de Kidal pourrait paradoxalement créer les conditions d'une nouvelle négociation.
Bamako se retrouve désormais en position de force sur le plan militaire. Le FLA, lui, conserve ses capacités et peut chercher à éviter une confrontation directe tout en préservant ses forces. Entre ces deux positions, une médiation pourrait redevenir envisageable.
Mais le risque d'une reprise des hostilités demeure élevé. Si le FLA décide de transformer son retrait en nouvelle phase de guérilla, la prise de Kidal pourrait rapidement apparaître comme une victoire temporaire. Le facteur jihadiste complique encore davantage la situation.
La véritable question n'est donc pas seulement de savoir qui contrôle Kidal aujourd'hui, mais qui sera capable de la contrôler demain. Pour Bamako, la reconquête constitue une victoire politique et militaire incontestable. Elle ne deviendra une victoire stratégique que si l'armée parvient à conserver durablement la ville, à sécuriser sa population et à empêcher la reconstitution des forces adverses. Autrement dit, Kidal est reprise, mais la bataille pour le Nord du Mali est loin d'être terminée.