
Mais la souveraineté réelle de Bagdad reste limitée
Leonid Savine
À la fin du mois de septembre, les dirigeants américains ont officiellement annoncé la fin de l'opération «Détermination absolue» et le retrait des troupes américaines du pays. Ainsi s'est achevée une occupation de l'Irak longue de vingt-trois ans, bien que les troupes aient déjà été retirées en 2011 avant de revenir en 2014, sous prétexte de lutter contre le groupe terroriste État islamique* (lequel est interdit en Russie).
Le retrait des troupes a été effectué conformément à l'accord conclu entre Washington et Bagdad en 2024. Les adversaires de Washington, au premier rang desquels l'Iran, ont considéré cette décision comme une nouvelle défaite et une fuite, tandis qu'en Irak elle a donné lieu à des célébrations de grande ampleur. Le 1er octobre a été proclamé «Journée de la souveraineté de l'Irak» par les dirigeants du pays.
Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, a qualifié le retrait des troupes de début d'une «nouvelle étape», placée sous le signe de la souveraineté de l'Irak, du renforcement des institutions de l'État et de «relations de partenariat équilibrées avec ses amis». Le conseiller irakien à la sécurité nationale, Qassem al-Araji, a qualifié la fin de la mission de la coalition dirigée par les États-Unis de «jalon important», affirmant qu'elle «renforcerait la souveraineté» et servirait les intérêts nationaux de l'Irak ainsi que les aspirations de son peuple.

Le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, a pour sa part déclaré le 1er octobre qu'Erbil soutiendrait Bagdad dans ses efforts pour renforcer la souveraineté et la stabilité de l'Irak. Il a ajouté que le moment était venu de régler les différends de longue date entre les deux gouvernements ainsi que les autres questions non résolues dans l'ensemble du pays. «Au Kurdistan, nous coopérerons toujours et soutiendrons toute mesure qui renforce la souveraineté, la sécurité et la stabilité de l'Irak», a-t-il déclaré lors d'un discours prononcé à Bagdad à l'occasion de la Journée de la souveraineté. Il a fait observer à juste titre que «la souveraineté ne se résume pas au retrait des forces armées étrangères; elle constitue une responsabilité nationale globale», évoquant le respect de la Constitution, le problème des nombreux groupes armés — allusion manifeste aux forces soutenues par l'Iran — et la nécessité de lutter conjointement contre les foyers de terrorisme qui subsistent encore.
Il ne fait aucun doute que les querelles et les contradictions internes à l'Irak, notamment celles de nature ethnique et religieuse, demeurent un problème grave et urgent. Barzani n'a toutefois pas mentionné un élément essentiel de la souveraineté: sa dimension économique, à savoir les revenus pétroliers, qui avaient déjà fait l'objet de différends entre Erbil et Bagdad. Mais il est ici question du contrôle extérieur exercé sur la perception des revenus tirés de l'extraction du pétrole, principal pilier de l'économie irakienne.
En effet, après l'invasion de l'Irak par les forces américaines en 2003, lancée sous un prétexte fallacieux — la prétendue détention d'armes chimiques par Saddam Hussein —, l'Autorité provisoire de la coalition, dirigée par les États-Unis, a créé le Fonds de développement pour l'Irak (FDI). Celui-ci se trouvait de facto au sein de la Réserve fédérale de New York et avait pour fonction de recueillir les recettes provenant des ventes de pétrole, lesquelles devaient servir à la reconstruction et au développement. Le Fonds était également censé protéger les revenus pétroliers de l'Irak contre les actions en justice et les revendications liées au régime de Saddam Hussein. Le décret du président George W. Bush instituant ce mécanisme a été renouvelé par chacun de ses successeurs à la présidence des États-Unis.
En définitive, le Fonds est devenu un compte de la Banque centrale d'Irak auprès de la Réserve fédérale de New York, ce qu'il demeure à ce jour. Cela confirme une fois de plus les accusations formulées dès le départ par les critiques de l'occupation américaine de l'Irak, selon lesquelles la véritable raison de l'invasion était la nécessité de prendre le contrôle du pétrole irakien.

Or, le pétrole représente environ 90 % du budget de l'État irakien, ce qui confère à Washington une influence considérable sur la stabilité économique et politique du pays. Par exemple, lorsque le gouvernement irakien a demandé le départ des troupes américaines en 2020, Washington a menacé de restreindre l'accès de l'Irak aux fonds détenus auprès de la Réserve fédérale de New York. Bien qu'un accord sur le retrait des troupes ait ensuite pu être trouvé, les moyens permettant d'exercer un nouveau chantage subsistent encore aujourd'hui. La seule existence d'un compte auprès d'une banque étrangère, sur lequel les transactions sont effectuées en dollars américains — le maintien du statut du pétrodollar servant les intérêts de Washington — témoigne des limites de la souveraineté nationale de l'Irak.
Autre exemple de l'influence exercée par les États-Unis au moyen du système bancaire: leur intervention directe dans les opérations d'achat et de vente de devises. Historiquement, la Banque centrale d'Irak utilisait les enchères de dollars, officiellement connues sous le nom de «guichet des devises», comme principal mécanisme de mise à disposition de dollars. Les banques privées et les bureaux de change pouvaient participer quotidiennement à des enchères afin d'acheter des dollars américains contre des dinars irakiens. L'Irak a officiellement cessé d'utiliser ce système au début de 2025, après avoir subi de fortes pressions de la part des États-Unis, Washington soupçonnant que des transferts en dollars puissent être effectués au profit d'entités visées par des sanctions, en particulier l'Iran.
Enfin, pour revenir à la présence militaire américaine, même si les opérations officielles de grande ampleur prennent fin, le Pentagone conservera, selon les déclarations officielles de représentants de ce ministère, ses capacités régionales en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, lesquelles pourront être employées dans ce pays arabe. Cela implique à la fois le maintien d'une certaine influence et l'accès à des informations sensibles.

Par ailleurs, les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir porté atteinte à la souveraineté irakienne par le recours à la force militaire: la Turquie l'a également fait. Ankara avait initialement établi la base de Bachiqa-Zilkan, près de Mossoul, dans le nord de l'Irak, en 2015, afin d'entraîner les forces locales à combattre l'État islamique, ce qui avait provoqué des tensions diplomatiques avec Bagdad. Cette décision avait entraîné le déploiement dans la région d'environ 600 militaires des forces armées turques. Toutefois, à l'issue d'une récente rencontre avec le Premier ministre irakien en marge de la dernière session de l'Assemblée générale des Nations unies, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a accepté que la base soit progressivement transférée sous le contrôle de Bagdad. Les mesures prévues engagent également les deux pays à éliminer les «éléments armés étrangers interdits» présents dans le nord de l'Irak et à rétablir la pleine autorité de l'État à Sinjar.
«Parallèlement aux progrès accomplis par la République d'Irak dans la mise en œuvre de ces mesures de sécurité, le gouvernement de la République de Turquie réaffirme son engagement à procéder au transfert progressif du camp de Bachiqa-Zilkan, conformément aux mécanismes et au calendrier convenus », indique le communiqué conjoint des deux gouvernements.
Compte tenu du retrait des troupes américaines, on a l'impression que les actions de la Turquie sont, d'une certaine manière, synchronisées et coordonnées avec Washington. Certes, l'influence de la Turquie sur l'Irak n'était pas aussi forte que celle des Américains, même si Ankara a exploité toutes les possibilités que lui offrait sa position de pays voisin.
En définitive, on peut conclure que, même si la présence américaine en Irak devient moins visible, les États-Unis conservent néanmoins le contrôle réel des processus politiques et économiques du pays. La prochaine étape logique pour les dirigeants irakiens, dans leur démarche de restauration de la souveraineté nationale, devrait donc consister à rechercher une solution de remplacement réelle et opérationnelle pour effectuer les règlements liés à la vente de leur pétrole aux acheteurs étrangers.