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Ghana et Brics : pourquoi Accra veut rejoindre le club des puissances émergentes

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Komla YAWO

Le Ghana veut rejoindre les BRICS pour diversifier ses partenariats, attirer davantage d'investissements et renforcer sa marge de manœuvre économique et diplomatique. Après l'accord de son Conseil des ministres, Accra prépare désormais une candidature officielle et a déjà sollicité le soutien de l'Inde. Mais derrière cette volonté d'adhésion, quelle place le Ghana veut-il occuper dans un ordre mondial de plus en plus multipolaire ?

Que cherche le Ghana au sein des BRICS ?

La démarche ghanéenne répond d'abord à une logique économique. Le gouvernement de John Dramani Mahama veut disposer davantage de partenaires pour financer son développement, soutenir l'industrialisation et attirer des investissements. Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a notamment insisté sur la volonté d'Accra de ne plus se limiter à l'exportation de matières premières, mais de développer leur transformation sur place.

L'enjeu est particulièrement important pour un pays dont l'économie repose notamment sur l'or, le pétrole et le cacao. Le Ghana cherche donc à utiliser ses ressources naturelles comme levier pour développer davantage de valeur ajoutée et créer des emplois.

La diversification concerne aussi les relations commerciales. Selon le gouvernement ghanéen, les échanges avec l'Inde auraient plus que doublé, passant d'environ 3 milliards de dollars en 2024 à près de 7 milliards. La Chine et le Brésil constituent également des partenaires importants pour Accra.

L'adhésion aux BRICS ne signifierait cependant pas une rupture avec les partenaires occidentaux. Accra présente plutôt le projet comme une manière d'élargir ses options et de disposer de plusieurs canaux de coopération.

Les  BRICS, un club économique devenu plateforme politique

Créé sous l'appellation BRIC en 2009 par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, le groupe s'est progressivement transformé. L'Afrique du Sud l'a rejoint en 2011, avant une importante expansion en 2024 avec l'arrivée de l'Égypte, de l'Éthiopie, de l'Iran et des Émirats arabes unis. L'Indonésie est devenue membre à part entière en 2025. Le groupe compte actuellement 11 membres.

Les BRICS ne constituent pas une alliance militaire ni une organisation internationale classique. Leur coopération repose notamment sur trois grands axes; politique et sécurité, économie et finance, ainsi que échanges entre les peuples. Les décisions des membres sont prises par consensus.

Leur vision est notamment celle d'un système international plus représentatif, donnant davantage de poids aux pays du Sud global. La réforme de la gouvernance mondiale, notamment des institutions internationales, figure parmi les objectifs affichés du groupe. Pour le Ghana, cette orientation correspond à une volonté de renforcer sa capacité à défendre ses intérêts dans les enceintes internationales, tout en développant les relations Sud-Sud.

Le Ghana remplit-il les critères et a-t-il ses chances ?

Sur le papier, plusieurs éléments jouent en faveur d'Accra. Le Ghana est membre de l'ONU, entretient des relations diplomatiques avec les membres des BRICS et affirme son attachement au multilatéralisme. Le pays présente également une économie relativement diversifiée et un poids régional non négligeable en Afrique de l'Ouest.

Les critères officiellement retenus pour une adhésion comprennent notamment le maintien de l'équilibre géographique, de bonnes relations diplomatiques avec les membres, l'appartenance à l'ONU, le soutien au multilatéralisme et à la réforme de la gouvernance mondiale. Les candidats doivent également s'abstenir d'adopter des sanctions non autorisées par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Sur plusieurs de ces points, le Ghana dispose donc d'arguments solides. Sa stabilité institutionnelle, son rôle économique en Afrique de l'Ouest et ses relations avec l'Inde et la Chine peuvent également jouer en sa faveur.

Mais remplir les critères ne garantit pas l'adhésion. La décision finale appartient aux dirigeants des BRICS et doit être prise par consensus. L'Inde a déjà exprimé son soutien aux aspirations ghanéennes, mais son ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a rappelé que la candidature devra être examinée collectivement.

Le Ghana entre donc dans une phase diplomatique où le soutien de l'Inde devra être complété par celui des autres membres. Son objectif immédiat est de transformer une volonté politique en candidature crédible. Son véritable défi sera ensuite de convaincre un groupe qui cherche lui-même à maîtriser le rythme et l'équilibre de son expansion.

L'éventuelle entrée du Ghana ferait en tout cas du pays un nouvel acteur africain au sein d'un bloc qui compte déjà l'Afrique du Sud, l'Égypte et l'Éthiopie parmi ses membres, tandis que le Nigeria et l'Ouganda disposent du statut de pays partenaires.

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