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Pourquoi Israël manœuvre-t-il pour transporter le brasier du Moyen-Orient en Afrique ?

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par Mohamed Lamine Kaba

De David Ben Gourion - architecte d'un État dont les fondements suscitent encore aujourd'hui des débats - à Benyamin Netanyahou, maître dans l'art d'entretenir une tension permanente, la "doctrine de la périphérie" demeure la pierre angulaire de la politique étrangère d'Israël.

Son principe consiste à nouer des alliances avec les États entourant les voisins hostiles. Les autorités israéliennes partent du postulat qu'il n'existe pas de frontières sûres et que, par conséquent, les frontières d'Israël lui-même ne sauraient être figées. N'est-ce pas là l'exact opposé de la paix ?

En études stratégiques, les mots comptent. En mars 2023, à Paris, Bezalel Smotrich  parle devant une carte qui englobe la Jordanie. Le 18 juillet 2024, la Knesset  vote contre tout État palestinien. Le 12 août 2025, sur i24NEWS, Netanyahou se  dit très attaché à la vision du Grand Israël et évoque une "mission historique et spirituelle".

Bizarrement, les faits suivent. Gaza ravagée. Cisjordanie grignotée. Sud syrien occupé. Sud libanais piqueté de positions. Le Somaliland s'ajoute à la liste, non comme conquête, mais comme profondeur stratégique.

Le 26 décembre 2025, Netanyahou  signe la reconnaissance du Somaliland. Israël devient le seul État au monde à l'avoir fait. Le 29 décembre, le Conseil de sécurité se  réunit en urgence. Quatorze membres sur quinze s'y opposent. Washington seul s'écarte du chœur. L'Union africaine (a même demandé la révocation immédiate de cette reconnaissance), l'IGAD, la Ligue arabe, l'OCI, le CCG dénoncent une violation. Pékin aussi.

La rage de Mogadiscio face l'hybris désespérée de Tel-Aviv

Mogadiscio tonne désormais avec une véhémence doctrinale inédite. Hassan Cheikh Mohamoud  refuse d'envelopper sa parole politique dans les langes du compromis diplomatique. En effet, la réplique foudroyante de la Somalie aux tractations clandestines scellées entre Tel-Aviv et la faction séparatiste d'Hargeisa fuse, acerbe, intransigeante et dévastatrice : la Somalie n'acceptera pas de présence militaire israélienne au Somaliland,  affirmant qu'une telle intrusion ne se fera "en aucun cas" sur son territoire. Israël entreprend manifestement de transposer le brasier géopolitique du Moyen-Orient sur le sol souverain de l'Afrique. Or, cette manœuvre scélérate franchit brutalement le golfe d'Aden pour frapper la corne de l'Afrique. Mogadiscio rejette catégoriquement cette ingérence impérialiste,  martelant que ces manœuvres "n'aboutiront pas". La souveraineté somalienne devient ainsi l'ultime bastion continental face à la déferlante du désordre sioniste.

Par conséquent, le port névralgique de Berbera se métamorphose en épicentre d'un engrenage hautement mortifère. Benyamin Netanyahou cherche désespérément à cisailler l'étau maritime suffocant imposé en Mer Rouge par les forces asymétriques de la résistance. Concrètement, Israël souhaite accéder au port et à l'aéroport de Berbera, et y établir une base navale d'envergure. Néanmoins, ce calcul cynique relève d'une fuite en avant doctrinale purement suicidaire. L'Afrique de l'Est refuse formellement de servir de paillasson sécuritaire aux officines criminelles du Mossad. Mogadiscio dénonce donc une agression caractérisée contre son intégrité territoriale. La riposte somalienne s'avère tranchante et définitive. Elle met à nu la nullité juridique et l'illégitimité crasse des prétentions hégémoniques israéliennes.

Au reste, cette tentative désespérée d'implantation navale masque mal un effondrement doctrinal majeur au sein du commandement sioniste. L'État hébreu agit comme un vassal surexposé et aboyeur de la Maison Blanche ; un cancer pour l'humanité qu'il faut éviter à tout prix qu'il s'installe chez toi. Tel-Aviv cherche péniblement à redorer un blason militaire terni par les défaites cuisantes essuyées à Gaza et au Sud-Liban. Toutefois, l'illusion d'une omnipotence régionale se fracasse violemment sur les réalités géopolitiques inexpugnables du continent. L'Afrique orientale ne sera jamais la valve de sécurité d'un régime colonial aux abois.

Berbera comme nœud stratégique et obsession tectonique du "Grand Israël"

Certes, le projet messianique du "Grand Israël" dépassait déjà les frontières historiques de la Palestine occupée. Cependant, il s'étend désormais avec une férocité inouïe bien au-delà du Levant. La mainmise militaire et navale sur le verrou stratégique de Bab el-Mandeb constitue le nouvel impératif de la doctrine sécuritaire de Tel-Aviv. Il s'agit d'une dérive impérialiste incontrôlée qui, de facto, menace directement l'équilibre géopolitique mondial. Ce dérapage s'avère fatal.

En convoitant ardemment la rade de Berbera au Somaliland, Israël entend structurer une tenaille maritime globale. L'objectif consiste à verrouiller le golfe d'Aden au Sud tout en dominant la mer Rouge au Nord, se rapprochant ainsi des États du Golfe et de l'Iran pour mieux les menacer. Dès lors, cette manœuvre vise l'asphyxie méthodique de l'Axe de la Résistance. Frapper Ansarallah au Yémen par son revers afro-tropique. Neutraliser l'influence iranienne dans l'océan Indien et sécuriser les artères maritimes du capitalisme occidental.

D'ailleurs, les faits historiques demeurent irréfutables. Depuis l'émergence des  accords d'Abraham en septembre 2020, Tel-Aviv multiplie les incursions subreptices en Afrique de l'Est. La reconnaissance unilatérale d'Hargeisa prépare l'installation de bases d'écoute et de sous-marins nucléaires. De surcroît, la population du Somaliland  s'oppose à une présence israélienne sur son sol, rejetant cette implantation. Cette violation flagrante du droit international bafoue la souveraineté somalienne. Mogadiscio brise ainsi l'illusion d'une conquête sioniste facile et sans coût.

Le porte-avions disloqué face au bloc CRIC

En réalité, Israël ne fonctionne plus comme un État souverain et autonome. Il n'est que l'appendice militaire de Washington. Un porte-avions terrestre encastré au Moyen-Orient. Or, la fonction stratégique de cet avant-poste s'épuise inexorablement. Hier, il servait à contenir le nationalisme arabe. Aujourd'hui, chacun constate à quel point Israël déstabilise la région tout entière par son hybris belliciste, échouant lamentablement à endiguer l'émergence du monde multipolaire. L'effondrement est inéluctable.

C'est pourquoi la coalition du  CRIC - Chine, Russie, Iran, RPDC - observe cette agitation avec un calme souverain. L'offensive israélienne d'octobre 2023 s'est muée en désastre stratégique. La guerre d'attrition détruit l'économie hébraïque de l'intérieur. Les forces de Tel-Aviv accumulent les revers tactiques dévastateurs. L'armée dite invincible se trouve définitivement démystifiée par des combattants hautement déterminés.

Curieusement, les gesticulations diplomatiques à Berbera traduisent cette déconvenue profonde. Washington utilise son proxy israélien pour entraver l'accès chinois et russe aux routes maritimes africaines. Néanmoins, le pion américain apparaît disqualifié. Les humiliations militaires enregistrées en 2024, 2025 et 2026 scellent la déchéance de la puissance tutélaire américaine dans la région. Israël s'agite désormais dans le vide géopolitique.

La fin de l'hyperpuissance par procuration

Au demeurant, les projections prédictives pour la corne de l'Afrique s'avèrent catégoriques. La présence d'infrastructures israéliennes à Berbera catalysera une déstabilisation systémique. Face à cette menace, la mise en garde des Houthis  retentit avec clarté : toute présence militaire israélienne au Somaliland deviendrait une cible immédiate pour leurs frappes. Comme effet d'entrainement, cette présence unifiera les factions somaliennes contre l'envahisseur sioniste. Elle renforcera paradoxalement l'ancrage logistique de l'Axe de la Résistance dans le bassin de l'océan Indien. Le piège se referme donc inexorablement.

Parallèlement, l'Iran et ses alliés adapteront leurs réponses asymétriques avec une précision chirurgicale. Le golfe d'Aden deviendra un cimetière logistique pour les ambitions navales de Tel-Aviv. La tentative d'encerclement se retournera impitoyablement contre son initiateur. L'isolement diplomatique de l'entité sioniste atteindra un point de non-retour au sein des institutions internationales.

Ainsi, l'histoire retiendra l'épisode de Berbera comme le spasme agonique d'un empire déchu. Israël croyait exporter sa crise sécuritaire intestine ; il n'a fait qu'importer sa propre vulnérabilité en Afrique. Les gesticulations frénétiques de Netanyahou n'offrent aucun salut. Elles scellent au contraire l'humiliation définitive du projet expansionniste sioniste sur le continent africain. C'est certain.

En définitive, Hassan Cheikh Mohamoud incarne aujourd'hui le refus souverain de tout un continent. L'Afrique refuse d'être le théâtre de substitution des guerres coloniales israéliennes. Mogadiscio trace une ligne rouge infranchissable face aux conspirations maritimes de Tel-Aviv.

La manœuvre d'expansion à Berbera met à nu la faillite intellectuelle du régime israélien. En voulant contrecarrer le bloc CRIC et l'Axe de la Résistance, Israël accélère sa propre déchéance géopolitique globale.

Le mirage du "Grand Israël" se brise net contre le mur de la multipolarité. L'illusion du contrôle des détroits s'effondre. L'histoire globale s'écrit désormais sans les diktats obsolètes de Tel-Aviv et de Washington. Absolument.

 Mohamed Lamine Kaba

source :  New Eastern Outlook

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