🧱 09/10/2026 chroniquepalestine.com  7min ⁑️ 6 #329415

Comment le « Plus jamais ça » a perdu toute signification à Gaza

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Les conséquences d'une frappe aérienne israélienne sur un immeuble résidentiel du quartier de Remal, à Gaza, où deux femmes chrétiennes - Maysa Abu Daoud et sa fille, Mary al-Najjar - ont été tuées. Cette frappe a fait cinq morts parmi la population palestinienne et constitue la dernière violation en date par Israël du soi-disant "cessez-le-feu" négocié par les États-Unis avec le Hamas. Les deux femmes étaient connues pour leur engagement auprès des paroissiens et des personnes déplacées trouvant refuge à l'église de la Sainte-Famille de la ville de Gaza ; leurs funérailles ont eu lieu à l'église Saint-Porphyre. Parmi les personnes venues rendre hommage figurait Fouad al-Najjar, 14 ans, le fils de Mary - Photo : Yousef Zaanoun/Activestills

Par  M. Reza Behnam

Si le droit international et la justice sont ensevelis sous les décombres de Gaza, la communauté internationale finira par creuser sa propre tombe.

En contemplant le paysage dévasté de la bande de Gaza, où les générations qui ont survécu portent désormais les séquelles physiques et psychologiques indélébiles de la guerre, l'accusation ultime portée contre notre époque est accablante : le monde a assisté en direct à l'horreur qui se déroulait sous ses yeux, alors qu'il disposait de tous les mécanismes juridiques, politiques et institutionnels pour y mettre fin. Mais il n'a rien fait.

Pendant des mois, puis des années, la catastrophe de Gaza a mis à l'épreuve le tissu du droit international, l'intégrité de la gouvernance mondiale et la conscience morale de l'humanité. Des couloirs des Nations Unies aux hautes cours de La Haye, ce qui s'ensuivit ne fut pas un échec de l'information, mais une capitulation honteuse de la volonté politique et morale.

Il est rare que l'histoire offre un recul aussi rapide et aussi cinglant. Trois ans après le 7 octobre 2023, la véritable horreur de Gaza réside dans le fait que cette barbarie n'a jamais été dissimulée ; elle a été diffusée en direct et en haute définition à un public mondial qui a regardé, débattu, s'est enlisé dans des procédures et a laissé la situation perdurer.

La guerre menée par Israël contre les Palestiniens se poursuit sans interruption. Bien qu'elles aient l'influence nécessaire pour mettre fin à la crise, les grandes puissances internationales ne sont pas intervenues, permettant ainsi au régime et à ses colonisateurs d'intensifier leurs violences tant à Gaza que en  Cisjordanie occupée.

À mesure que le temps dissipe le brouillard de la guerre, l'effondrement systémique des institutions mondiales et des gouvernements apparaît de manière indéniable.

Le monde n'a pas réussi à mettre fin au génocide à Gaza, non pas par manque de prise de conscience ou d'alerte. Il a failli parce que l'ordre international "fondé sur des règles" (alias l'ordre occidental) est structurellement et moralement en faillite, paralysé par la complicité, la lâcheté et les deux poids deux mesures.

La guerre a révélé que le droit international humanitaire n'est qu'un outil sélectif de l'Occident - appliqué sans délai à certains, mais suspendu lorsqu'il dérange les puissants.

Les gouvernements qui se présentaient traditionnellement comme les champions des droits de l'homme ont donné la priorité aux alignements stratégiques plutôt qu'aux obligations juridiques et humanitaires universelles.

Au cours des premiers mois de l'offensive, alors que le nombre de morts s'élevait à plusieurs dizaines de milliers et que des quartiers entiers étaient rasés avec leurs habitants à l'intérieur, les diplomates du monde entier ont fait ce qu'ils font le mieux : utiliser les lourdeurs bureaucratiques pour gagner du temps.

Alors que les  hôpitaux étaient assiégés et que des enfants subissaient des amputations sans anesthésie, sur des sols imprégnés de sang, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est transformé en une scène de blocage. La principale instance mondiale en matière de sécurité collective a rendu le consensus international impuissant et a cédé face aux menaces des superpuissances.

Les résolutions répétées appelant à un cessez-le-feu immédiat ont été soit rejetées par veto, soit édulcorées jusqu'à devenir une rhétorique totalement inopérante.

Pendant ce temps, les  tribunaux internationaux délibéraient méticuleusement sur les nuances juridiques du génocide tandis que les tombes se multipliaient et que les atrocités se poursuivaient sans interruption.

Aujourd'hui, alors que la Cour internationale de justice examine sans se presser son arrêt final concernant l'affaire de génocide intentée en 2023 par l'Afrique du Sud contre Israël, les souvenirs tangibles de la Palestine sont en train d'être effacés ; des  siècles d'histoire, de  culture et de lignées ancestrales sont en train d'être anéantis.

Pour la Palestine, une justice retardée n'est pas une justice refusée ; c'est un génocide achevé.

Trois années d'impunité, de génocide non poursuivi, révèlent que la valeur de la vie humaine est mesurée selon une échelle mobile ; qu'elle est pondérée en fonction de la race, de la géographie et de l'utilité politique.

Rétrospectivement, ces retards procéduraux et administratifs ressemblent moins à une impasse structurelle qu'à une dissimulation active. Chaque mois passé à débattre de la sémantique des couloirs humanitaires ou du respect du droit international a donné carte blanche à l'offensive militaire israélienne.

Les critiques les plus virulentes de ces trois dernières années s'abattent sur les puissances occidentales. Des gouvernements qui ne se lassent jamais de donner des leçons au monde entier sur les droits de l'homme, l'ordre fondé sur des règles et la jurisprudence internationale se sont livrés à des contorsions morales pour justifier l'injustifiable.

Nous avons vu les dirigeants mondiaux converger vers Israël avec des chèques en blanc d'allégeance, fournissant un flux ininterrompu de munitions qui a réduit en ruines des  universités, des écoles, des  hôpitaux, des marchés, des librairies, des boulangeries, des lieux de culte et des immeubles d'habitation.

Tout en se tordant les mains en public, ces mêmes dirigeants ont, en privé, approuvé les  livraisons d'armes. Et, dans un cruel numéro théâtral d' absolution humanitaire, ils ont autorisé le largage aérien de maigres sacs de farine dans les zones mêmes de Gaza qu'ils avaient contribué à réduire en ruines.

L'échec ne s'est pas limité aux sphères du pouvoir ; l'ensemble du paysage médiatique grand public a échoué avec lui. Pendant des mois, les  journalistes sur le terrain à Gaza - ceux qui ne figuraient pas parmi les centaines systématiquement pris pour cible et tués - se sont battus pour percer un mur de censure sévère et de déshumanisation.

En Occident, les médias grand public se sont  contorsionnés pour aseptiser leur langage afin de masquer la responsabilité directe d'Israël dans les violences en cours.

Les médias ont minimisé les morts palestiniens en utilisant un langage passif comme "sont morts" pour traiter les pertes massives comme des dommages collatéraux, tout en donnant la parole à ceux qui défendaient la légitimité de la guerre.

La réaction du public a toutefois révélé une fracture plus profonde. Des millions de personnes ont défilé dans les villes du monde entier, lançant l'une des plus grandes mobilisations anti-guerre soutenues de cette génération.

Pourtant, le fossé entre les gouvernés et les gouvernants est resté absolu. Les dites démocraties occidentales se sont montrées totalement insensibles aux exigences morales de leurs propres citoyens.

Le silence de ces trois dernières années a été assourdissant. Il n'y a jamais eu le moindre doute quant au  génocide, ni pénurie de lois internationales pour y mettre fin. Au contraire, l'échec incombe entièrement aux gardiens des institutions occidentales qui n'ont pas eu le courage d'agir.

Laisser un génocide impuni crée un dangereux précédent pour la sécurité mondiale. Si le droit international et la justice sont ensevelis sous les décombres de Gaza, la communauté internationale finira par creuser sa propre tombe.

7 octobre 2026 -  The Palestine Chronicle - Traduction :  Chronique de Palestine

Scientifique de formation, * Dr. M. Reza Behnam est spécialisé en politique du Moyen-Orient.

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