Komla YAWO
La démission du gouvernement mauritanien, le 9 octobre 2026, intervient après un rapport accablant sur les incendies de deux postes électriques de la Somelec. Au-delà des coupures de courant, cette affaire met en lumière les responsabilités dans la gestion des infrastructures publiques et place le président Mohamed Ould Ghazouani face à un défi de crédibilité.
La Mauritanie entre dans une nouvelle séquence politique après la démission du Premier ministre Mokhtar Ould Djiay et de son équipe. Présentée au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani le vendredi 9 octobre, cette décision intervient au lendemain de la remise d'un rapport d'enquête sur les incendies survenus en août dans deux installations de la Société mauritanienne d'électricité (Somelec). Si la présidence n'a pas officiellement détaillé les motifs du départ du gouvernement, la proximité entre les deux événements est particulièrement significative.
Un rapport qui met en cause la gestion des infrastructures
Les 21 et 22 août 2026, deux incendies ont touché des postes de transformation électrique à Nouakchott-Nord et Nouakchott-Ouest. Les sinistres ont provoqué d'importantes coupures de courant dans la capitale et plusieurs localités environnantes. Selon les informations publiées, certaines zones ont été privées d'électricité pendant trois à cinq jours, avant le rétablissement complet des installations après les réparations.
La commission indépendante présidée par l'ancien ministre des Finances Ousmane Mamoudou Kane a relevé de "graves insuffisances de prévention, de protection électrique, de contrôle des travaux et de gestion des urgences". Le rapport met ainsi en question non seulement la sécurité des installations, mais aussi la manière dont les travaux et les risques techniques ont été encadrés.
Le coût des nouveaux câbles concernés dépasserait neuf millions de dollars, selon les éléments rapportés. La commission recommande notamment de geler les paiements liés au chantier. Ces conclusions donnent à l'incident une portée qui dépasse la seule panne technique. Elles soulèvent des interrogations sur le contrôle des investissements publics, la qualité des équipements et la responsabilité des différents intervenants.
Toutefois, il faut distinguer les faits établis par l'enquête des conséquences politiques qu'on peut en déduire. Aucun communiqué officiel cité à ce stade ne précise que le gouvernement a été contraint à la démission en raison d'une faute directement imputée au Premier ministre. Le calendrier suggère un lien politique fort, mais ne permet pas, à lui seul, d'affirmer que le rapport constitue l'unique motif du départ.
Ghazouani face à l'exigence de responsabilité
Pour Mohamed Ould Ghazouani, cette crise représente un test de gouvernance. En demandant une enquête indépendante, puis la mise en œuvre des recommandations et la publication du rapport, le président affiche sa volonté de donner une réponse institutionnelle à l'affaire. Les autorités ont également annoncé des mesures portant sur les responsabilités administratives et juridiques, la réhabilitation des postes électriques et la réforme de la Somelec.
Le départ du gouvernement peut être interprété comme un signal politique. Les défaillances dans un secteur aussi essentiel que l'électricité ne peuvent être traitées comme un simple incident technique. Mais un changement d'équipe ne suffira pas à restaurer la confiance si les responsabilités ne sont pas clairement établies et si les recommandations restent sans effet.
Il faut donc déterminer les responsabilités des services techniques, des responsables de la société publique et des acteurs chargés du suivi des travaux. Si des infractions sont établies, des procédures judiciaires pourraient suivre. Il faudra néanmoins attendre les conclusions des investigations et les décisions des autorités compétentes avant de désigner des coupables.
Quel avenir politique après cette démission ?
La démission du cabinet n'annonce pas, en elle-même, une rupture institutionnelle. Le président conserve la responsabilité de la formation du prochain gouvernement, qui devra assurer la continuité de l'action publique tout en répondant aux préoccupations soulevées par l'enquête.
La composition de la future équipe constituera un premier indicateur. Un renouvellement limité pourrait traduire la volonté de corriger les défaillances sans bouleverser les équilibres politiques. Un changement plus important pourrait signaler une volonté de renforcer le contrôle de l'administration et de revoir la gestion des entreprises publiques.
La question de l'électricité restera centrale. Au-delà de la remise en état des installations, la Mauritanie devra renforcer la prévention des risques, le contrôle des chantiers et la transparence dans l'utilisation des fonds publics.
