
par Philippe Bergerac
La question "QUI a détruit les 7 bâtiments du World Trade Center (WTC) le 11 septembre 2001 ?" ferme (ou ouvre) sans doute le débat trop tôt.
Idem pour la passionnante question "QUOI ?" ("quelles technologies ont été utilisées ?") déjà abordée dans notre article précédent.
2 avions, 7 bâtiments
WTC 2, la tour Sud, tombe à 9 h 59
WTC 1, la tour Nord, tombe à 10 h 28
WTC 3, le Marriott entre 9 h 59 et 10 h 28.
WTC 4, 5 et 6, officiellement éventrés par les débris des tours. Au soir, ce sont des dalles.
WTC 7, il tombe (en silence, sans explosion !) à 17 h 20.
Une question qui nous passionne aussi -vous l'aurez compris depuis le temps !- et que nous (re)posons et allons développer aujourd'hui :
"À quoi ça a servi, et surtout, pourquoi le système en avait besoin ?".
"Comment fonctionne le système économique et qu'est-il, au fond ?"
1. Un système qui ne peut pas rester immobile
Le système économique en général, et le capitalisme en particulier, est un mouvement : investir, produire, vendre, récupérer du profit, réinvestir plus grand. Quand la valorisation, le profit deviennent difficiles, ils cherchent de nouveaux marchés, de nouvelles ressources, de nouvelles zones, de nouvelles formes de contrôle.
Les forces productives, c'est ce avec quoi on produit : les hommes, les machines, l'énergie, le savoir-faire, l'organisation du travail.
L'argent est la forme ; elle n'est pas la matière.
Ces forces productives sont en crise quand elles produisent trop pour la forme qui les commande. En effet, le système ne veut pas des objets et des services : il veut de la plus-value, il veut le surtravail humain non payé. Pour en tirer plus, il met des machines à la place des bras. La marchandise sort alors plus vite. Le travail humain, le seul qui donne de la valeur, lui, recule. Et plus de machines, moins de bras = baisse tendancielle du taux de profit. Plus on est productif, moins il y a de profit à masse égale de capital.
Le reste suit : il faut alors élargir le marché, presser le salaire, endetter, délocaliser l'usine, faire venir une armée de réserve (immigration)... Chaque remède augmente la force et resserre la base. Le système cherche à se prolonger. Encore et toujours.
La dette n'est pas une mauvaise gestion. C'est le crédit qui fait tourner ce qui ne se vend plus assez cher.
En crise, ces forces ne s'arrêtent pas. Elles tournent d'elles-mêmes sans maître.
En son temps, Michelin décidait de son usine. Aujourd'hui, la machine, la banque, le réseau décident à sa place, non parce qu'une tête pensante humaine le veut, mais parce que le profit l'exige. C'est l'automate ; et il prolonge la crise en la gérant.
En revanche, il ne la résout pas.
Résoudre serait cesser de mesurer le travail en argent. Sacrée paire de manches ! Qui peut aujourd'hui concevoir un monde sans argent, sans salaire, sans État ? Et pourtant...
2. La nécessité d'abord (l'état invisible) puis les hommes ensuite (l'état profond)
Le système ne pense pas. Des États, des services, des armées, des entreprises, des dirigeants décident. La manière de produire et de vendre (= le rapport social) fournit la nécessité. Les acteurs lui donnent une forme.
Le complot, dans cette grille d'analyse, n'est pas l'opposé de l'analyse économique. Il peut être la forme consciente d'une nécessité déjà là. Ce ne sont pas les complots qui font l'histoire. C'est l'histoire des forces productives : quand elles doivent franchir un saut qualitatif, elles se servent souvent du complot.
Exemples en ANNEXE : le Covid, l'Ukraine, le Climat, l'incident de la baie du Tonkin (= la guerre du Vietnam). Voir aussi César assassiné, Ravaillac, les lois scélérates, la gare de Bologne, Charlie, le Bataclan.
Revenons au 11 septembre 2001. Après 1991, les États-Unis dominent. Le pétrole du Moyen-Orient et de l'Asie centrale, la place d'Israël, les implantations françaises encore très présentes en Irak et en Iran, sont des enjeux réels.
Note : La France était présente et avait des marchés énormes en Irak, Iran, Syrie, Liban, Jordanie, Pakistan, Afghanistan, ... => il fallait casser ces marchés et finir ainsi d'écraser la France, alors (années 1970) 4ème puissance mondiale et principal concurrent technologique, culturel, agricole, industriel,... des Etats-Unis. La France -l'Europe par extension- a été l'ennemie éternelle d'abord de l'Angleterre (1650-1917), puis des Etats-Unis (1917-...). Tout ceci se vérifie.
Un événement spectaculaire transforme ces intérêts en urgence.
Un ennemi apparaît. Une menace mondiale est proclamée. La guerre devient légitime.
La suite est connue : guerre contre le terrorisme, Afghanistan, Irak, appareil sécuritaire, surveillance des personnes, de l'argent, des informations.
Dire que l'état profond américain et israélien, Mossad, CIA, Pentagone,... a façonné (depuis des lustres) l'usage de l'événement, la fiole de Colin Powell, la deuxième guerre du Golfe, puis Daech, c'est décrire des appareils ; dire qu'ils sont le pilote, c'est inverser l'ordre. En fait, ils éditent juste une nécessité : tenir la région, renforcer Israël, finir d'ôter à la France sa place privilégiée au Moyen-Orient, gagner du temps sur une crise qui ne se résout plus.
Ce n'est pas l'état profond qui se sert du système. C'est le système en crise qui se sert de l'état profond. Il ne se prolonge pas en guérissant mais en prolongeant le chaos. Le chaos est la gestion.
3. Le grain et l'ivraie
L'après 11 septembre est mesurable. Moins d'une semaine après les attentats, le Patriot Act prend forme. Le partage entre renseignement et police devient une priorité. En 2010, une estimation citée par le Council on Foreign Relations faisait état de 1 271 organismes publics et 1 931 entreprises privées travaillant au contre-terrorisme.
Vingt ans plus tard, le même milieu décrit le passage de la surveillance ciblée à la collecte massive, au stockage, au calcul, à l'analyse.
La guerre crée une demande : armes, bases, logiciels, renseignements, reconstruction.
La crise devient un champ de dépense, donc de profit.
La genèse opérationnelle (le qui et le quoi, à savoir les technologies utilisées ce jour-là pour réduire en poussière les 7 bâtiments du WTC) est une autre affaire.
Le Véridique rapport, repris en 2018 soutient que l'axe Israël-Washington est à l'origine opérationnelle des attentats, dans une politique d'appropriation du pétrole, d'abord irakien. On rajoutera le renforcement d'Israël dans la région (source counterinformation.wordpress.com). L'éditeur écrit que le texte est arrivé par des voies inconnues, qu'il n'engage que ses auteurs, et qu'il doit être discuté,... Bref, les états-majors ont façonné quelque chose qui ne sortait pas de leur tête : c'est la suite d'une crise déjà là. L'enquête officielle, elle, attribue les attentats à Al-Qaïda.
Note : Qui y croit encore ? Et surtout, qui a créé Al-Qaïda ?
4. Du suspect au profil : création d'un "moule à crises"
Pour un ennemi sans armée visible, il faut savoir qui parle à qui, qui voyage, qui paie, qui passe une frontière.
On passe de surveiller un suspect à examiner une population pour le trouver.
Le terroriste devient un profil. Une fois les outils là, ils dépassent la lutte antiterroriste : finance, biométrie, communications, comportements, bases et algorithmes croisées.
Quatre verbes suffisent :
- Valoriser : faire du monde un objet exploitable.
- Calculer : faire du comportement une donnée.
- Normer : dire qu'est-ce qui est "normal" et "suspect".
- Canaliser : autoriser, limiter, orienter.
Le moule général est celui-ci : crise, état d'urgence, justification exceptionnelle, surveillance, collecte, identification, profilage, prédiction, normalisation, orientation.
Le 11 septembre ne crée pas toute l'infrastructure à partir de rien. Il l'installe et la légitime.
Ensuite, le motif peut changer : sécurité, santé, émissions, consommation, identité numérique, prédiction. Ce qui peut rester, c'est le dispositif. L'analogie n'est pas une identité.
Que le Covid ou le climat aient réemployé des outils ne prouve pas (encore) qu'ils aient été coulés dans le même plan en 2001. Cela montre, en revanche, une capacité : prendre une menace, décréter l'urgence, mobiliser, puis faire entrer l'exception dans l'ordinaire.
5. La chaîne
Crise de la valorisation, de la capacité à faire du profit
Recherche de nouveaux espaces
Ennemi
Urgence
Guerre et dépense sécuritaire
Surveillance des flux
Données
Profils
Prédiction
Conditionnement.
Le système n'exploite plus seulement le travail et les territoires. Il peut exploiter l'information que les comportements produisent. C'est cela que l'après-11-septembre rend visible.
Le 11 septembre -tout le monde l'avait compris- a été une étape. Il était peut-être bon de rappeler très sommairement pourquoi et comment.
On a partout le même sens (voir annexe). Les forces productives avancent. Elles butent sur un obstacle. Une coalition, une liberté, une terre encore commune. Le complot ne crée pas le mouvement. Il fait sauter le verrou. Il est le passage, pas l'auteur.
Mais la "vieille taupe", elle, avance plus que jamais : les heures des 3 états et du complot sont comptées. Tic-tac.
*
ANNEXE : Vietnam, Covid, Ukraine, climat
C'est toujours le même principe. On peut multiplier les exemples à souhait.
Ce ne sont pas les complots qui font l'histoire. C'est le mouvement des forces productives. Elles produisent, elles se concentrent, elles butent sur leur propre forme. Quand il leur faut franchir un saut, elles se servent souvent d'un complot. Le complot n'invente pas le saut. Il le fait passer.
Exemples supplémentaires :
César, 15 mars 44. Rome conquiert. Le butin, les esclaves, la terre des vaincus arrivent dans peu de mains. Le sénateur achète, ou prend, le lopin du paysan parti à l'armée. Le petit cultivant n'a plus de sol. Pour tenir, il emprunte. Celui qui prête est le même qui a la terre. L'intérêt court. La dette grossit.
Le vétéran revient. Il n'a pas de champ. On lui doit une installation. L'État n'a pas de quoi, ou ne veut pas toucher aux grands domaines. Il emprunte encore, ou il promet. Les deux font de la dette.
César veut l'alléger et donner de la terre. C'est toucher à ceux qui prêtent et à ceux qui possèdent. Ce sont les mêmes. Ils le tuent. Ils croient garder la République des pairs, la terre, la créance.
Ils ne gardent que les mots. La guerre civile reprend. Les mêmes dettes, les mêmes vétérans, les mêmes domaines trop grands sont toujours là. Auguste finit la besogne. En 27, le principat est en place. Un seul tient l'armée et l'impôt. Les grands domaines restent. L'intérêt aussi. Ce qui change, c'est que la ponction ne passe plus par le Sénat qui se dispute. Elle passe par le prince. Le complot n'a pas arrêté la concentration. Il a ôté l'homme qui voulait en rendre un peu. La forme en a profité pour se faire sous un autre nom. La marchandise de la terre et de la dette n'a pas reculé. Elle a trouvé un maître unique pour la faire durer.
Ravaillac, 14 mai 1610. Henri IV part en guerre contre l'Espagne, pour la succession de Clèves. Une guerre, ici, ce n'est pas une bonne affaire pour ceux qui tiennent déjà.
L'alliance espagnole fait vivre une rente. Pensions, mariages, places, le commerce qui passe par les Habsbourg, la paix qui laisse les grandes maisons tranquilles. La guerre casse cela. Elle coûte, elle taxe, elle met l'armée et l'impôt dans la main du roi, plus dans celle des familles. Elle ouvre des marchés, oui, mais à la couronne, pas à la noblesse qui vit de l'alliance.
Sa mort ferme la guerre. Marie de Médicis se rapproche de Madrid. La rente nobiliaire et le circuit qui la nourrit restent en place. La marchandise de guerre ne passe pas. Celle des maisons, si.
Que Ravaillac ait été seul ou mandaté change peu. Un parti s'est servi du coup. L'alliance vaut mieux que la guerre parce qu'elle ne déplace pas l'avoir. Elle le garde.
Les lois scélérates, 1893-1894. L'usine se concentre. Elle a besoin que les ouvriers, groupés, ne puissent pas imposer le prix de leur journée. Ravachol, Vaillant, Henry. Des bombes. Derrière, on serre la presse, l'association, la grève. Le capital ne fabrique pas chaque bombe (quoique ?). Il s'en sert. L'exception casse le syndicat qui commence. Le salaire reste une marchandise. La concentration continue.
Bologne, 2 août 1980. L'Italie est en crise de valorisation et veut prendre ses distances avec l'OTAN et les EU. Usines, inflation, luttes. Une bombe en gare de Bologne, quatre-vingt-cinq morts. On vote l'ordre. Mais attention, on ne vote pas la rupture car marchandise a besoin que l'atelier ne devienne pas un brulot révolutionnaire anti-argent et anti-état. La tension maintient l'ordre existant. Le profit continue par l'État. Il ne passe pas par une commune ouvrière.
Charlie, 7 janvier 2015. Bataclan, 13 novembre. La "mesure" des gens est déjà en place depuis 2001. Il manque le motif pour la faire entrer dans l'ordinaire. Les tueries le donnent. Urgence, lois, fichiers, surveillance. Ce n'est pas une marchandise de plus sur un étal. C'est le vivant qui devient de la donnée, donc de la valeur. Le choc ouvre le comptage. Le comptage était le saut.
Zoom sur le Golfe du Tonkin et la guerre du Vietnam
Trois états qui ne sont pas du même ordre et au milieu, le complot.
- L'état invisible n'est pas un vrai état. C'est l'automate : les usines, les machines, l'acier, l'avion,... une fois qu'ils sont commandés par le profit. Le profit s'en fout du Vietnam. Il veut que la dépense recommence : investir, produire, vendre, réinvestir.
Quand le débouché civil ne suffit pas, la guerre en est un.
On détruit, on recommande, on paie des hommes, on bâtit des camps.
2. L'état profond, lui, se voit si on creuse un peu : Johnson, McNamara, le Pentagone, la CIA, le Congrès, les firmes d'armes. Il n'invente pas le besoin. Il choisit le lieu, le récit, la date. Il met en route.
3. L'état visible, c'est le récit qu'on montre. C'est la vitrine.
Il a des noms : la Maison-Blanche qui parle, les journaux, la télévision, le communiqué, le discours au Congrès, le manuel d'histoire. En 1964, c'est Johnson qui dit qu'on a attaqué nos navires, les unes qui répètent l'agression, la théorie des dominos expliquée au public. Personne n'y voit McNamara compter les contrats. On y voit un pays qui se défend.
Il n'invente pas le besoin, lui non plus. Il ne choisit pas non plus le lieu. L'état profond a déjà décidé. L'état visible traduit la décision en histoire qu'on peut croire : un ennemi, une attaque, un devoir. Sans ce récit, la dépense ne passe pas. Avec lui, la guerre a l'air d'une réponse, pas d'une commande.
Trois étages, donc :
- L'invisible veut que la dépense recommence ;
- Le profond choisit le Vietnam, le 4 août, la résolution ;
- Le visible raconte que c'était pour se défendre.
1964 : pourquoi là, et pourquoi à ce moment ?
La Corée, 1950-1953, a fait tourner l'arsenal américain. Après l'armistice, cet arsenal reste là : aciéries, aviation, électronique, chantiers. Il ne peut pas rester au ralenti sinon le profit se resserre, diminue. Le budget militaire est devenu une commande permanente. Si elle baisse, les usines baissent avec elle.
L'état invisible a donc besoin de relancer le business de la guerre. Pas par goût du Vietnam mais parce que la machine d'armes, une fois bâtie, exige d'être nourrie.
L'Indochine est le lieu qui se libère.
La France tient le pays et le perd. Diên Biên Phu, 1954. À Genève, on coupe au 17e parallèle. Le Nord à Hô Chi Minh, appuyé par la Chine et l'Union soviétique. Le Sud à un État que Paris ne peut plus payer. Washington le prend. Le client est déjà là : un régime à financer, une armée à équiper, des ports à ouvrir.
Le récit s'appelle la théorie des dominos. Si le Sud tombe, l'Asie du Sud-Est tombe.
Le fond de l'affaire est une commande à passer et une zone à tenir pour que cette commande dure.
De 1955 à 1963, le Sud a un nom, Diêm. La CIA le soutient, puis le lâche. Il meurt dans un coup d'État. L'aide américaine est déjà une rente mais elle ne suffit plus à tenir le pays. Pour que le business passe du soutien à la guerre, il faut un récit qui autorise les troupes.
Le complot : Août 1964, le golfe du Tonkin. Deux navires, le Maddox et le Turner Joy. Le 2 août, le Maddox essuie une vraie attaque. Le 4 août, Washington annonce une deuxième attaque. Elle n'a pour ainsi dire pas eu lieu. Johnson la présente comme une agression. Le 7 août, le Congrès vote la résolution du Tonkin. Elle l'autorise à faire la guerre sans la déclarer.
En 1965, les Marines à Da Nang, les bombardiers sur le Nord. McNamara comptabilise. Westmoreland commande. Les contrats sortent.
Da Nang, Cam Ranh, Tan Son Nhut : des chantiers. La solde : la paie de centaines de milliers d'hommes, et derrière elle, les habits, les rations, les munitions, le napalm, les avions,
L'état profond a signé cela. L'état invisible en avait besoin pour faire repartir la commande que la Corée avait laissée en plan.
Le complot / le récit du 4 août n'a pas inventé la guerre : il l'a ouverte.
1973, Paris. 1975, Saigon tombe.
L'état profond a perdu la place. L'état invisible n'a pas perdu le processus. La dépense continue ailleurs.
En fait, 10 ans de guerre ont nourri l'arsenal US. Ils n'ont pas guéri la baisse tendancielle du taux de profit. Ils l'ont juste prolongé.

