📚 11/10/2026 reseauinternational.net  3min ⁑️ 8 #329635

Abolition de la monarchie au Québec ? Oui ! Aller en guerre au nom du Roi ? Non !

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par Robin Philpot

Le premier ministre désigné du Québec a promis d'abolir la monarchie pendant la dernière semaine de la campagne. Au lendemain de l'élection, il s'est engagé à abolir le poste de lieutenant-gouverneur parce que le Québec n'a pas besoin de la sanction d'un "roi étranger" pour adopter ses lois.

Excellente idée!

Une autre excellente idée serait que le Québec refuse de participer à la Force expéditionnaire britannique conjointe à laquelle le premier ministre Carney, au nom du Canada - et forcément du Québec -, a demandé d'adhérer.

Si on n'a pas besoin de la sanction d'un "roi étranger" pour adopter nos lois, on a encore moins besoin d'envoyer notre jeunesse à une guerre étrangère comme chair à canon (encore une fois) sous commandement britannique, donc, du "roi étranger" Charles III.

Pas une question hypothétique

À la mi-septembre, pendant notre campagne électorale, lors d'une visite éclair à Londres, le premier ministre Carney a demandé formellement de se joindre à la British Joint Expeditionary Force (JEF) (Force expéditionnaire conjointe britannique). Les autres membres sont : le Danemark, la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, La Lituanie, la Suède et la Norvège, tous membres de l'OTAN.

Il s'agit d'une initiative britannique, mais sanctionnée par l'OTAN, donc par les États-Unis. L'objectif est sans doute de faire la guerre à la Russie pour le compte de l'OTAN. Comme lors des deux guerres mondiales du 20e siècle, les États-Unis resteraient à l'écart et ne s'y joindraient que lorsque les forces armées européennes - et canadiennes - seraient complètement épuisées.

Une Force expéditionnaire conjointe est en réalité un moyen de passer outre à tous les efforts diplomatiques nécessaires à la création des coalitions et aux aléas politiques de chacun des États membres. Une décision d'intervenir peut-être prise rapidement sans nécessiter un consensus et souvent sans consultation.

L'appartenance à une telle force exige un engagement à participer à de futures opérations sans savoir d'avance la nature de la mission militaire ni son objectif. C'est notamment cette imprévisibilité qui a incité l'ancien premier ministre Harper à refuser de se joindre à une telle force expéditionnaire en 2014.

Mais le très monarchiste Mark Carney s'y joint royalement.

Les cloches de la mémoire québécoise sonneront

L'annonce de l'adhésion du Canada à cette Force expéditionnaire britannique devrait faire sonner des cloches dans la mémoire québécoise. C'était une force portant le même nom que les Britanniques ont conçue il y plus de 100 ans.

Cette force a été créée en 1906 après la Guerre des Boers. Elle a permis à la Couronne d'Angleterre, qui dictait la politique étrangère de l'Empire britannique, dont celle du Canada, de l'Inde, de l'Australie, etc., de mobiliser tout ce beau monde lors de la Première Guerre mondiale et, par la suite, dans la guerre contre la révolution bolchévique en appui au Tsar russe Nicolas II, cousin germain du roi d'Angleterre, George V.

Beaucoup de Québécois ont refusé de participer à cette guerre étrangère sous commandement britannique, s'opposant vivement à la conscription. Qui plus est, ils en ont beaucoup souffert. Des hauts placés canadiens les accusaient de trahison; l'armée canadienne - avec seulement des troupes de langue anglaise - a été déployée à Québec à Pâques 1918. Elle a tué 5 citoyens civils. 1 Refuser de participer à cette force d'expédition n'est que la suite logique de l'idée d'abolir la monarchie.

  1. Jean Provencher : Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918. Lux, 2014.

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