
Par Strategic Culture Foundation, éditorial du 9 octobre 2026
L'Union européenne est le théâtre d'une véritable révolte sociale.
Les partis politiques au pouvoir et leurs politiques économiques font l'objet d'un mépris manifeste, alors que les manifestations publiques et les grèves s'intensifient dans de nombreux pays.
Manifestations, marches de masse et grèves se propagent dans toute l'UE, en France, Belgique, Espagne, Italie, Allemagne, Irlande, Portugal et ailleurs. Les griefs sont variés : des étudiants et enseignants qui dénoncent des services éducatifs déplorables aux professionnels de santé et aux travailleurs des transports qui protestent contre des salaires de misère et des coupes dans les retraites.
Mais au cœur de ces revendications, on peut identifier un système belliciste et déshumanisant, fondé sur les inégalités capitalistes.
Le coût de la vie insupportable pour subvenir aux besoins fondamentaux, de l'alimentation au logement, pousse des millions de gens dans la rue, poussés par le désespoir et la colère face à l'absence de réponse politique adéquate à leurs préoccupations. Comme l'a déclaré un étudiant français :
"Trop jeune pour être écouté, assez vieux pour être aspergé de gaz lacrymogène".
L'ensemble du système politique est discrédité par son dysfonctionnement et son indifférence face aux besoins humains les plus élémentaires. Et le plus révoltant dans tout ça, ce sont les mensonges des dirigeants de l'élite et de leurs médias de propagande sur la "défense nationale et la menace de guerre émanant de la Russie".
En Espagne, cette semaine, une femme fragile de 87 ans, Maricarmen, est morte à l'hôpital après avoir été expulsée de son logement à Madrid parce qu'elle ne pouvait pas payer l'augmentation exorbitante de son loyer. Son sort a fini par galvaniser une manifestation nationale contre la crise du logement en Espagne, une crise qui touche tous les pays européens. Les manifestants ont crié avec fureur que cette pauvre femme a été
"assassinée par l'État et les grandes entreprises".
En France, la brutalité de la police face aux manifestations étudiantes a choqué la nation et le monde entier. Près de 7 000 jeunes ont été arrêtés, tandis que la police anti-émeute a tiré des gaz lacrymogènes et des balles sur des rassemblements pour l'essentiel pacifiques. Les étudiants rassemblés place de la Bastille à Paris et dans d'autres villes jurent qu'ils ne céderont pas. Un étudiant a eu l'avant-bas arraché par une grenade assourdissante de la police, tandis qu'un adolescent a perdu un œil à cause d'une balle en caoutchouc tirée à bout portant et un autre toute ses dents après un tir policier en plein visage.
C'est sur la place de la Bastille que la Révolution française s'est manifestée en 1798 contre une aristocratie haïe, dans un contexte de misère abjecte. Aujourd'hui, les tensions s'intensifient vers une nouvelle rébellion historique, inspirant cette fois encore des mouvements similaires à travers l'Europe.
Ces manifestations et les souffrances inhumaines sous-jacentes suscitent des soulèvements dans toute l'Union européenne.
On ressent clairement que les populations, en masse, en ont assez de décennies d'inégalités et de privations chroniques infligées par des politiques capitalistes qui enrichissent une minorité et sont imposées par des gouvernements servant servilement les intérêts du capital au détriment des besoins de la majorité des citoyens.
Les médias occidentaux évoquent des gouvernements "à court d'argent", sous la pression des marchés obligataires pour réduire des niveaux d'endettement records, tandis que les salariés, étudiants et retraités réclament davantage d'investissements publics et un allègement de leurs difficultés économiques.
Cette description partielle du problème est trompeuse. Elle omet en effet le contexte crucial qui voit les gouvernements européens consacrer d'énormes ressources économiques au militarisme et à la guerre par procuration menée en Ukraine contre la Russie. Voilà la cause réelle de la "situation financière précaire" de ces gouvernements. En d'autres termes, leurs difficultés budgétaires déclarées relèvent d'un choix politique, et non d'un mystérieux dilemme.
La crise sociale qui balaye l'Europe se manifeste également aux États-Unis et dans d'autres pays alignés sur l'Occident avec en toile de fond un système économique défaillant qui n'assure plus le minimum de conditions de vie acceptables. Ce problème s'est installé depuis des décennies sous l'effet de l'accroissement des inégalités et de l'affaiblissement de la représentation politique. Aujourd'hui, les États occidentaux, contrôlés par des oligarchies d'entreprises, font même douter de leur identité démocratique.
Néanmoins, la crise sociale que traverse l'Europe a été exacerbée et amplifiée par les dirigeants politiques européens qui ont engagé une guerre sans merci contre la Russie.
L'Union européenne a injecté des centaines de milliards d'euros en Ukraine ces quatre dernières années pour soutenir un régime néonazi dirigé par une dictature corrompue - dans le seul but de vaincre la Russie. Les dirigeants de l'UE - dont beaucoup de non-élus, comme Ursula von der Leyen, Kaja Kallas et António Costa - sont motivés par une russophobie obsessionnelle, mais elle n'explique qu'en partie la situation.
D'autres dirigeants élus, comme le Français Macron et l'Allemand Merz, sont aussi dénoncés pour leur élitisme et leurs délires de grandeur. Merz déclare vouloir faire de l'Allemagne la première puissance militaire d'Europe, faisant preuve d'une surdité totale face aux problèmes économiques et sociaux de son pays et aux implications historiques inquiétantes de la résurrection de l'Allemagne nazie. Et alors que son gouvernement enchaîne les défaites électorales, les élites européennes traitent les électeurs allemands de "faibles" parce qu'ils osent voter pour des partis opposés à la guerre contre la Russie.
Les raisons du mépris généralisé à l'échelle européenne à l'égard des partis au pouvoir sont nombreuses. Inégalités, pauvreté, chômage, flambée du coût de la vie, baisse des salaires, dégradation des services publics. L'immigration incontrôlée qui accentue la pression sur des ressources publiques insuffisantes est une autre source de mécontentement. La complicité de l'Europe dans la guerre génocidaire menée par Israël contre les Palestiniens, ainsi que sa complicité dans l'agression de Trump contre l'Iran, le Yémen, Cuba, etc., constituent d'autres facteurs.
Cependant, le discours fallacieux selon lequel les gouvernements seraient "à court d'argent" suscite un immense mécontentement dans l'opinion publique. Les ressources économiques ne manquent pas pour répondre aux besoins de la population. Mais dans le système capitaliste actuel, qui donne la priorité à l'enrichissement d'une infime élite, ces ressources ne sont tout simplement pas mises au service de la création de sociétés justes et humaines.
Les "restrictions budgétaires" et "l'austérité imposée aux masses" sont le résultat de politiques délibérées de militarisme et d'attisement d'une guerre par procuration en Ukraine.
Les "dirigeants" européens et leurs lobbyistes de l'OTAN, comme Mark Rutte, réclament des centaines de milliards d'euros pour relancer les industries militaires, tout en exigeant dans le même temps des coupes draconiennes dans les dépenses publiques et la protection sociale pour financer ce militarisme irresponsable. L'UE "prête" 90 milliards d'euros supplémentaires rien que pour les deux prochaines années, dans le seul but de soutenir le régime corrompu de Kiev pour qu'il puisse poursuivre sa guerre insensée contre la Russie. Cette logique perverse est dictée par le complexe militaro-industriel et ses investisseurs privés. Elle est aussi motivée par un état d'esprit idéologique et propagandiste qui diabolise la Russie en la présentant comme l'ennemi. Le président Poutine et d'autres voix russes ont déclaré à maintes reprises ne pas souhaiter déclencher de guerre avec l'Europe. Ils affirment que le conflit en Ukraine a des causes profondes qui ne peuvent être résolues que par la voie diplomatique. Pourquoi les responsables politiques européens s'opposent-ils avec tant d'acharnement à la paix ?
L'un des principaux facteurs tient à la volonté de masquer l'échec politique et économique interne du système européen. Les économies de l'UE, à l'instar de celles des États-Unis et d'autres pays occidentaux, sont des dystopies en faillite incapables de répondre aux besoins sociaux et démocratiques. Cet échec a été aggravé par les coûts de la guerre en Ukraine.
Cet échec est criminel et fatal pour les responsables politiques et les gouvernements qui ont supervisé ces politiques. Ainsi, la classe politique, y compris les médias de propagande, ne peut admettre le caractère criminel de ses politiques.
Face à leurs propres contradictions internes, les élites politiques européennes cherchent une solution en qualifiant la Russie d'ennemi extérieur. C'est le même modus operandi auquel les dirigeants européens ont eu recours depuis plus d'un siècle, provoquant ainsi deux guerres mondiales.
Ces responsables politiques criminels et leur système économique dysfonctionnel prônent à nouveau la guerre comme plan de sauvetage pour leur survie, au prix de millions de vies et au risque de déclencher une troisième guerre mondiale qui, cette fois-ci, pourrait être synonyme de catastrophe nucléaire.
Que pratiquement tous les gouvernements européens, y compris et surtout le gouvernement britannique, ne revendiquent ni diplomatie ni règlement politique avec la Russie est accablant. Ils sont déterminés à mener cette guerre contre la Russie pour se décharger des ravages économiques dont ils sont responsables.
Toutefois, un point positif réside en ce qu'un nombre croissant de citoyens démasquent leur duplicité et leurs mensonges. Une pancarte brandie par un étudiant allemand a parfaitement résumé la situation :
"Nous ne mènerons pas vos guerres... De l'éducation, pas des bombes !"
L'heure de vérité est imminente. Les dirigeants politiques criminels et leur système belliciste sont exposés comme jamais auparavant, exigeant une révolte totale comme seule réponse appropriée. Et cette fois, les conséquences ne pourront pas être externalisées. Comme l'a dit un jour Malcolm X, "on récolte ce qu'on sème".
Traduit par Spirit of Free Speech