🧱 12/10/2026 ssofidelis.substack.com  14min ⁑️ 5 #329692

Sinwar a démasqué le sionisme. Mais à quel prix ?

424px/283px - 23.15 Koreduce by 50%del

Par  Mike Whitney, le 11 octobre 2026

Israël est-il en train de gagner sa guerre contre le Hamas ?

Pas au sens classique du terme tel que l'entendait von Clausewitz, car le but de la guerre est d'atteindre un objectif politique final. Quel est cet objectif politique final auquel aspire Israël ?

Israël veut chasser les Palestiniens de Gaza. Nous le savons ; tout le monde le sait.

Mais cela ne s'est pas produit, et après trois ans de brutalité implacable, Israël ne s'est pas davantage rapproché du succès qu'il ne l'était le 8 octobre. Il en est toujours au même point. Alors, quel est l'objectif politique final ? Où est la victoire ?

Et qu'en est-il du Hamas ? Est-il vainqueur dans sa lutte contre Israël ?

Oui, le Hamas est en train de gagner sa guerre contre Israël pour la simple raison qu'il atteint les objectifs stratégiques qui le mèneront aux buts politiques escomptés. Gardez à l'esprit que nous ne parlons pas ici du prix monstrueux que paie le peuple palestinien. Nous sommes conscients que la majeure partie de Gaza a été réduite à un terrain vague et qu'aucun espoir n'est en vue. Mais telle n'est pas la question ici. Elle est de savoir si le Hamas atteint ses objectifs. Mais, pour cela, nous devons les identifier.

Heureusement, nous disposons du discours du chef du Hamas, Yahya Sinwar (prononcé le 14 décembre 2022), où il présente la stratégie du Hamas en termes très clairs. Voici ce qu'il a déclaré :

"D'ici quelques mois - une période que j'estime ne pas devoir excéder une année - nous forcerons l'occupant à faire face à deux options : soit nous le contraignons à appliquer le droit international, à respecter les résolutions internationales, se retirer de la Cisjordanie et de Jérusalem, démanteler les colonies, libérer les prisonniers et garantir le retour des réfugiés, permettant ainsi la création d'un État palestinien sur les territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem. Ou bien nous placerons cette occupation dans un état de contradiction et de confrontation avec l'ordre international dans son ensemble, nous l'isolerons de manière extrême et radicale, et nous mettrons fin à son intégration dans la région et dans le monde entier en remédiant à l'effondrement qui s'est produit sur tous les fronts de la résistance au cours des dernières années". -  Arab Center Washington DC

424px/239px - 15.48 Koreduce by 50%del

Alors, que signifie la déclaration de Sinwar ?

Tout d'abord, elle nous indique que Sinwar est un réaliste sans aucune illusion quant à la possibilité de vaincre Israël militairement. Cela n'a jamais été sérieusement envisagé. Les Forces de défense d'Israël (FDI) sont bien trop puissantes.

Ensuite, son intention n'était pas de terroriser ou de tuer des civils israéliens, ni de "pousser les Juifs à la mer". Ces allégations relèvent essentiellement de la propagande de diabolisation du Hamas.

La stratégie consistait tout simplement à provoquer une réaction excessive de la part d'Israël pour exposer au monde le véritable visage du sionisme. Tel était l'objectif, et une lecture attentive du texte ci-dessus prouve effectivement que tel était l'objectif.

Alors, Israël est-il tombé dans le piège et a-t-il réagi de manière excessive ?

Bien sûr que oui. En effet, les sondages montrent que partout, une majorité rejette l'idée que le 7 octobre constitue une justification légitime à la destruction de Gaza. Personne n'adhère à l'excuse éculée d'Israël selon laquelle le 7 octobre lui aurait donné le feu vert pour raser toute la bande de 40 km.

Sinwar avait-il donc anticipé la réaction d'Israël ?

Non seulement il l'avait anticipée, mais elle faisait partie intégrante de sa stratégie globale. Comme nous l'avons déjà souligné, il savait qu'il ne pouvait pas vaincre Israël militairement. Il devait donc créer une situation où Israël finirait par se saborder lui-même. Et c'est exactement ce qui s''st produit. Il a révélé la nature violente de l'occupant et n'a cessé de rallier davantage de soutien à la cause palestinienne. À mes yeux, c'est ce qu'on appelle "gagner".

Posez-vous donc la question suivante : Les prédictions de Sinwar se sont-elles réalisées ? Israël est-il désormais "isolé de manière extrême et radicale" ?

Oui.

La menace d'une "intégration régionale" a-t-elle été "remise en question" ?

Oui.

Et Israël est-il confronté à un "état d'effondrement total sur tous les fronts" ?

Pas encore, mais nous n'en sommes qu'aux premiers rounds de ce conflit. Mais quel que soit le critère retenu, l'évolution de l'opinion publique mondiale suggère que le soft power d'Israël s'érode de jour en jour. Le pays est plus isolé politiquement qu'à aucun autre moment de son histoire, et de plus en plus de voix s'élèvent pour exprimer leur horreur face aux agissements criminels des troupes de l'armée israélienne opérant à Gaza. Lisez ce commentaire de l'actrice britannique Juliet Stevenson, qui parle au nom de beaucoup d'entre nous :

"Nous assistons à un véritable enfer. Comme si l'enfer s'était déchaîné.

"Des atrocités. Des crimes contre l'humanité. Des crimes de guerre.

"Et tout cela a été filmé. Nous avons tous pu le voir. Et je sais que beaucoup de gens ont choisi de regarder ailleurs, parce que c'est insupportable, mais je n'ai pas pu. Je ne crois pas qu'on ait le choix de détourner le regard. Je me suis dit : 'Si cela se produit, il faut en être témoin'. Et si c'est insupportable, eh bien, il faut trouver un moyen d'y faire face, car c'est ce que font les Palestiniens". -  Juliet Stevenson, actrice britannique, "Comment le monde peut-il rester les bras croisés ?", X.

C'est là le combat perdu d'avance auquel Israël est confronté : les gens sont submergés par ces images sinistres de génocide depuis plus de trois ans. Ces images ne s'effacent pas, et elles altèrent notre perception des auteurs de ces actes. Comment oublier l'image d'un enfant pris pour cible et délibérément abattu par un sniper, ou celle de foules affamées fauchées par des mitrailleuses alors qu'elles tentent de trouver de quoi nourrir leurs familles privées de nourriture, ou celle de jeunes soldats célébrant les destructions d'écoles, d'hôpitaux, de mosquées et d'universités. Israël a même excavé plus d'une douzaine de cimetières palestiniens dans le but d'effacer toute trace de la population autochtone. C'est pervers. Personne n'a jamais vu ce genre de violence sadique auparavant, et cela marque les esprits. Ces images ravivent le souvenir d'Abu Ghraib et des atrocités commises à l'encontre de combattants irakiens, torturés et maltraités par des militaires américains dépravés. Ces photos ont été largement diffusées dans les médias internationaux, causant un immense préjudice à la réputation des États-Unis. Mais - pour aller droit au but - à Gaza, chaque jour est un Abu Ghraib de plus. Chaque jour, de nouvelles atrocités, de nouveaux abus, de nouvelles horreurs. Et les gens se demandent : comment un peuple peut-il manquer à ce point d'empathie ? Comment peut-il être à ce point dépourvu d'humanité ? C'est du pur nihilisme noyé dans des océans de sang. Et cela ne cesse jamais.

Dans leur arrogance, les stratèges israéliens pensent pouvoir peaufiner leurs programmes de communication et effacer la tache du génocide. Ils pensent que des messages agressifs sur les réseaux sociaux, des podcasteurs pro-israéliens et des campagnes publicitaires ostentatoires finiront par gagner les cœurs et les esprits et rallier le soutien du public à l'État juif. Mais tous les sondages montrent exactement le contraire. La cote de popularité d'Israël est en chute libre et rien n'indique un renversement de tendance. Les gens se sont fait une opinion. Ils sont profondément choqués par la cruauté systématique que les soldats infligent joyeusement au quotidien. Nous en avons tous assez vu. Nous en avons assez.

Et tout cela est l'œuvre de Sinwar. Il a arraché le masque du sionisme et révélé la créature sanguinaire qui se cache derrière.

On nous a tous répété que

"le sionisme est un mouvement politique et nationaliste qui soutient le droit du peuple juif à l'autodétermination et à la souveraineté sur sa terre ancestrale".

Mais les seuls à accepter cette définition sont les sionistes eux-mêmes. Tous les autres fondent leur conclusion sur leurs observations, et ce qu'ils voient, ce sont des scènes de carnage au cœur des kilomètres carrés de décombres. C'est ce que le monde voit, et c'est ainsi qu'il qualifie le sionisme.

399px/501px - 15.59 Koreduce by 50%del

Les "influenceurs" enjoués d'Israël sur les réseaux sociaux parviendront-ils à changer cette perception ? Je ne le pense pas. Je ne pense pas qu'ils en soient capables.

(Mais laissons cette question pour une autre fois.) Ce qu'il faut bien saisir, c'est que la stratégie de Sinwar poursuivait un double objectif. D'une part, il entendait dévoiler le visage du sionisme tel que les Palestiniens le subissent depuis 80 ans. (Il y est parvenu.) Mais, de manière plus urgente, il voulait faire dérailler les efforts visant à "normaliser" les relations entre l'Arabie saoudite et Israël. Les Accords d'Abraham, activement promus par Jared Kushner, constituent le moyen d'établir des relations économiques et diplomatiques normales entre Israël et ses voisins arabes tout en marginalisant les Palestiniens. Gardez à l'esprit que tous ces régimes arabes ont signé l'Initiative de paix arabe en 2002. Cet accord - approuvé à l'unanimité par les 22 États membres de la Ligue arabe - stipulait qu'aucun État arabe ne normaliserait ses relations avec Israël tant que celui-ci ne se serait pas retiré des territoires occupés, n'aurait pas résolu la question des réfugiés et accepté la création d'un État palestinien dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Les accords d'Abraham (qui incluaient déjà trois pays du Golfe) menaçaient de contourner cet accord, mettant ainsi un terme définitif aux aspirations palestiniennes. C'est la partie de l'histoire qui n'est jamais racontée dans les médias occidentaux. Jusqu'à présent. Pour une raison quelconque (pourquoi ?), plusieurs organes de presse ont commencé à divulguer des informations sur la "normalisation", principal moteur des attaques du 7 octobre. Jetez un œil à ce titre du Wall Street Journal :

" Le Hamas voulait torpiller l'accord israélo-saoudien avec les attaques du 7 octobre, révèlent des documents
Le chef militant Yahya Sinwar craignait que les avancées vers la paix ne condamnent la cause palestinienne

"Résumé : Des documents internes du Hamas récupérés par l'armée israélienne dans un tunnel à Gaza montrent que l'une des principales motivations de l'attaque du 7 octobre 2023 était de saboter les pourparlers de normalisation entre Israël et l'Arabie saoudite, menés sous l'égide des États-Unis.

"Les dirigeants du Hamas, en particulier Yahya Sinwar, craignaient qu'un accord abouti ne marginalise la cause palestinienne et n'ouvre la voie à une reconnaissance plus large d'Israël par les pays arabes et islamiques. La preuve principale réside dans le compte-rendu d'une réunion du bureau politique du Hamas à Gaza, datée du 2 octobre 2023. Selon les documents examinés par le WSJ :

"Le chef militaire du Hamas, Yahya Sinwar, a noté que 'l'accord de normalisation saoudo-sioniste progresse de manière significative', 'ouvrant ainsi la voie' à suivre pour la majorité des pays arabes et islamiques. Il a ajouté qu'un 'acte extraordinaire' serait nécessaire pour faire dérailler les négociations et 'provoquer un bouleversement majeur ou un revirement stratégique dans les dynamiques et les équilibres de la région concernant la cause palestinienne'".

Bien, mais quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi il a fallu trois ans aux rédacteurs du WSJ pour rendre compte du motif principal derrière les événements du 7 octobre ? On pourrait s'attendre à ce qu'ils soient impatients de traiter d'une question aussi cruciale pour notre compréhension d'un événement qui a marqué l'histoire. Mais ce n'est manifestement pas le cas.

Cependant, le fait est que la version officielle était erronée. Délibérément erronée. Le Hamas ne voulait pas terroriser les Juifs, renverser le gouvernement ni pousser Israël à la mer. Le véritable objectif des événements du 7 octobre était de saboter la normalisation saoudienne destinée à contourner les engagements antérieurs des dirigeants arabes d'exiger des concessions sur la création d'un État palestinien avant d'améliorer les relations économiques ou diplomatiques avec Israël. Il n'est pas exagéré de dire que le Hamas s'est battu pour sa survie et l'avenir de son peuple. Les Accords d'Abraham représentaient une menace existentielle pour chaque Palestinien. Si les Saoudiens signaient l'accord, la cause palestinienne "disparaîtrait" à jamais, raison pour laquelle Sinwar s'est résolu à un plan désespéré pour remettre la Palestine à l'ordre du jour régional. Sans surprise, les dirigeants israéliens CONNAISSAIENT les véritables objectifs du Hamas, mais n'ont jamais divulgué cette information aux médias. Ils se sont plutôt cantonnés au même discours pompeux et lassant selon lequel "le Hamas déteste les Juifs". Il suffit d'écouter cette déclaration de l'ancien chef du Shin Bet, Ami Ayalon, pour comprendre mon propos :

"Le 'Nouveau Moyen-Orient' présenté par Biden, quelques semaines auparavant, de l'océan Indien à la Méditerranée exclut les Palestiniens. Les Palestiniens n'ont pas été mentionnés. Or, si vous voulez mon avis, d'après ce que je comprends des Palestiniens, ils se considèrent comme un peuple et une nation. Et ils se sentent seuls et abandonnés. Abandonnés par tous les États arabes signataires d'un traité de paix avec nous (Israël), sans la moindre intention de le respecter. Et maintenant, les États-Unis, ainsi que l'État à l'origine de l'initiative de paix arabe (l'Arabie saoudite), s'apprêtent à abandonner tous les lieux saints de Jérusalem au profit d'un État palestinien. C'est ce qu'ils ont ressenti. Et mon ami Khalil m'a dit : 'Ami, tu ne comprends pas, ils ont choisi l''option Samson' parce qu'ils estimaient n'avoir rien à perdre, et c'était pour eux le seul moyen de montrer au monde que 'vous ne pourrez pas instaurer la stabilité dans cette région si vous passez outre les Palestiniens'. Fin de l'histoire. Et le drame, c'est qu'ils ont réussi".  Ami Ayalon, X.

Ainsi, le Hamas a choisi l'"option Samson": une campagne militaire de la terre brûlée, un dernier recours qui ferait la une des journaux du monde entier et remettrait la Palestine à l'ordre du jour régional. Quelle autre option avaient-ils ? La cause de l'autodétermination sur leur propre terre était en train d'être anéantie sous leurs yeux. Ils avaient besoin d'un événement exceptionnel pour faire reculer Israël. Ils avaient besoin du 7 octobre.

Et avant que "les suspects habituels" ne se mettent à jaser sur le "terrorisme" et les organisations terroristes (le Hamas n'est désigné comme organisation terroriste que par une poignée de pays, tous sous l'emprise de puissants sionistes), je vous en prie, relisez les propos d'Ami Ayalon, qui admet sans détour qu'il "fera tout pour obtenir sa liberté". Voyez plutôt :

"Question - Quelle est la réalité de la vie des Palestiniens ici ?
Ami Ayalon : Un peuple qui rêve d'une vie de liberté, mais dont il ne dispose pas. Que cela nous plaise ou non, nous contrôlons la vie de millions de personnes.

"Question - Si vous étiez un Palestinien vivant en Cisjordanie ou à Gaza, quelle serait votre opinion sur Israël ?
Ami Ayalon - Je ferais tout contre Israël pour obtenir ma liberté.

"Question - Comment vous battriez-vous ? Avec quelle méthode ?
Ami Ayalon - Je ferais tout pour obtenir ma liberté, un point c'est tout.
On ne peut dissuader quelqu'un ou un groupe lorsqu'il estime n'avoir rien à perdre. Nous, Israéliens, ne connaîtrons la sécurité que lorsque les Palestiniens auront de l'espoir. (53 secondes)  Ami Ayalon, X

Cela signifie-t-il que l'ancien chef du Shin Bet se livrerait à des actes de terrorisme contre les oppresseurs ? Lancerait-il des attaques violentes contre le gouvernement et l'armée ? Tuerait-il quiconque l'empêcherait d'accéder à sa liberté ?

Ayalon : "Je ferais tout contre Israël pour obtenir ma liberté, un point c'est tout".

En quoi Ayalon diffère-t-il donc du Hamas ?

En rien.

Conclusion : Sinwar avait de multiples raisons de lancer l'attaque du 7 octobre, mais aucune de ces raisons ne concernait la "haine des Juifs" ou l'intention de "terroriser des civils innocents". Le véritable objectif - selon certains documents internes du Hamas - était de

"provoquer un bouleversement majeur ou une réorientation stratégique des rapports de force et des équilibres dans la région pour la cause palestinienne".

Le deuxième objectif ? Démasquer le monstre sioniste auquel ils sont confrontés depuis des décennies.

À vous de juger s'il a réussi.

Traduit par  Spirit of Free Speech

424px/408px - 26.94 Koreduce by 50%del

 unz.com

 ssofidelis.substack.com