
par Esra Taskin
Le partage par un cadre de l'AfD d'une carte intégrant l'Alsace-Moselle à l'Allemagne a suscité des condamnations en France, rappelant le poids de l'histoire franco-allemande et l'importance persistante des frontières dans l'espace Schengen
Les réactions au partage, par un représentant d'une organisation de jeunesse du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), d'une carte intégrant une partie du territoire français à l'Allemagne ont montré que la question des "frontières nationales", reléguée au second plan dans l'espace Schengen, conserve son importance et son actualité en Europe.
Situés à la frontière franco-allemande, les territoires d'Alsace-Moselle ont changé de souveraineté à plusieurs reprises au cours de l'histoire.
L'Alsace, qui faisait partie du Saint-Empire romain germanique fondé au Xe siècle, a été progressivement rattachée au royaume de France à partir du XVIe siècle.
Après la défaite française lors de la guerre franco-prussienne au XIXe siècle, la majeure partie de l'Alsace et une partie de la Lorraine ont été cédées à l'Empire allemand en 1871.
Revenue sous souveraineté française après la Première Guerre mondiale, l'Alsace-Moselle a été annexée de fait par l'Allemagne nazie en 1940, avant de repasser sous administration française en 1944-1945.
Le département français de la Moselle correspond à une partie de la région historique de Lorraine.
Après la Seconde Guerre mondiale, qui a ravagé le continent, les fondements de l'ensemble politique aujourd'hui connu sous le nom d'Union européenne (UE) ont été posés.
L'ouverture d'un nouveau chapitre dans les relations entre la France et l'Allemagne, longtemps puissances rivales en Europe, a joué un rôle moteur dans les débuts de la construction européenne.
Ces relations se sont progressivement structurées autour de ce que les Français appellent l'"amitié franco-allemande" et les Allemands le "moteur franco-allemand".
L'accord de Schengen a ouvert la voie à la libre circulation en supprimant les contrôles aux frontières entre de nombreux pays européens.
Alors que cet accord semblait devoir reléguer durablement les questions frontalières au second plan, la progression de l'extrême droite lors des dernières élections dans plusieurs pays du continent a remis les "frontières nationales" au cœur du débat.
En France, l'extrême droite réclame à la fois un renforcement de la sécurité aux frontières extérieures de l'espace Schengen et une responsabilité accrue des États membres dans le contrôle de leurs propres frontières nationales.
Alors que le dossier de l'Alsace-Moselle semblait définitivement clos entre Paris et Berlin, une publication sur les réseaux sociaux représentant ces territoires comme faisant partie de l'Allemagne a suscité des réactions en France.
Helmut Strauf, membre de la direction de "Generation Deutschland" ("Génération Allemagne"), l'organisation de jeunesse de l'AfD, a partagé le 3 octobre sur la plateforme sociale américaine X une carte reprenant des frontières historiques de l'Allemagne.
Cette carte intégrait également, en partie, des territoires de l'Autriche, de la Suisse, de l'Italie et du Luxembourg, et présentait l'Alsace-Moselle comme une composante de l'Allemagne.
"La réunification de l'Allemagne signifie une Allemagne dans laquelle l'ensemble du peuple allemand est uni au sein d'un seul État", a écrit Strauf pour accompagner cette carte.
La publication, qui évoquait l'idée d'une "Grande Allemagne", a ensuite été supprimée.
Les partisans de cette idée souhaitent que l'Allemagne retrouve ses frontières de 1937. Certains aspirent également à un retour aux frontières de 1914.
Les réactions suscitées en France par la publication de Strauf ont montré que la question des "frontières nationales", reléguée au second plan dans l'espace Schengen, demeure sensible pour les pays européens.
"L'Alsace et la Moselle sont françaises et le resteront"
Le député du Rassemblement national (RN), Théo Bernhardt, a réagi sur X : "L'Alsace-Moselle ne sera plus jamais allemande et ne pourra jamais être annexée. Les propos rapportés selon lesquels des membres de l'AfD souhaitent intégrer l'Alsace et la Moselle à une prétendue"Grande Allemagne" sont inacceptables".
Il a rappelé que l'Alsace était un territoire français, marqué par une histoire de guerres, d'annexions et de souffrances pour de nombreux Alsaciens.
Condamnant ces propos, Bernhardt a ajouté : "L'Alsace et la Moselle sont françaises et le resteront".
"Ces menaces sont absolument inacceptables"
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le député de La France insoumise (LFI), Emmanuel Fernandes, a dénoncé une carte présentant comme allemands des territoires qui n'appartiennent pas à l'Allemagne.
Se disant horrifié par sa publication, il a déclaré : "Ces menaces sont absolument inacceptables".
Soulignant qu'une telle situation ne pouvait laisser indifférent, Fernandes a ajouté : "Ce n'est pas la première fois qu'un membre de l'AfD affirme que l'Alsace et la Moselle devraient être intégrées à l'Allemagne ou annexées par celle-ci".
"Une inquiétude pour la France et pour la paix en Europe"
"Un responsable de l'AfD, parti fasciste, annonce vouloir annexer l'Alsace-Moselle", a également réagi sur X, la députée La France insoumise (LFI) Clémence Guetté.
Selon elle, Strauf souhaite constituer une "Grande Allemagne", projet porté par le dirigeant nazi Adolf Hitler.
"Ce parti progresse dans les sondages en Allemagne. C'est une inquiétude pour la France et pour la paix en Europe", a-t-elle ajouté.
source : Agence Anadolu