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Antisémitisme et islamophobie : deux faces de la même médaille ?

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Par Jihad Wachill

In Memoriam, Jihad Wachill, Président du Conseil francilien du Mouvement de la Paix, est décédé le 8 juillet 2026.


Contrairement aux idées reçues, antisémitisme et islamophobie sont intimement liés en France.

La question est posée : l'islamophobie actuelle est-elle un "nouvel antisémitisme" ? Ou bien n'est-elle pas plutôt un retour aux sources arabophobes (et islamophobes) d'un "antisémitisme à la française" ?

Le débat politico-médiatique tend à mettre en concurrence antisémitisme et islamophobie. Rien de plus artificiel. Dans les faits, en France, la tolérance à l'égard des minorités religieuses n'a pas toujours été une évidence, loin de là. Et on peut voir un fil conducteur entre croisade contre les Cathares, guerre de religion contre les protestants, antisémitisme, et aujourd'hui islamophobie. à chaque fois, c'est la principale minorité religieuse du pays qui est ciblée.

Le règlement des guerres de religion au XVIIe siècle par les traités westphaliens de 1648 consacre en Europe le principe "tel souverain, tel peuple". Transposé à la France, ce principe a marqué une régression par rapport à l'édit de tolérance de 1598, et son abrogation en 1685.

Un antisémitisme "à la française" marqué par l'arabophobie.

Pire même, entre ce principe westphalien "tel souverain, tel peuple" imposée par les princes protestants allemands et le slogan nazi "ein Reich, ein Volk, ein Führer", un continuum est encore plus évident.

Si dans l'ensemble de l'Europe, une fois ce contentieux interchrétien soldé, c'est vers les communautés juives que se tourne l'intolérance, avec une accélération dans la seconde moitié du XIXe siècle, en France on assiste à des sinuosités de la part de l'antisémitisme en gestation entre judéophobie et arabophobie (haine des Arabes).

Ainsi, quasiment jusqu'à l'affaire Dreyfus, la mouvance antisémite française hésite sur le Sémite à combattre entre l'Arabe et le Juif.

L'écrivain français Ernest Renan, antisémite assumé et revendiqué, théorisa même que les Juifs européens n'étaient pas ou plus vraiment sémites et qu'il fallait donc les sortir du champ de l'antisémitisme.

Comment expliquer cet "antisémitisme à la française" marqué par l'arabophobie ? Il convient de recontextualiser : dans les années 1850, quand commence à se développer l'antisémitisme en Europe, la France vient de conquérir l'Algérie dans des conditions extrêmement discutables. La raison de cette guerre est inavouable (solder une dette contractée à l'égard de l'Algérie en liquidant le créancier...).

Et la manière dont elle a été menée fortement critiquée par la presse (l'Algérie aurait perdu entre 1830 et 1860 plus de la moitié de sa population, un quart environ ayant été tué et un autre quart contraint à l'exil). D'où la nécessité de justifier a posteriori cette conquête puis sa colonisation.

Ainsi les théories racialistes et antisémites ont été mises au service de la propagande de guerre, avec pour priorité de dénigrer, inférioriser, voire déshumaniser, les Algériens dans l'opinion publique, mais aussi, déjà, de les diviser entre Arabes et Kabyles.

L'islamophobie, le véritable "nouvel antisémitisme" ?

C'est dans ce contexte que se fait la gestation de l'antisémitisme en France, pris initialement au sens littéral, la haine du Sémite, et pour lequel l'ennemi sémite à combattre est à l'origine plutôt l'Arabe (et déjà sa religion majoritaire, l'islam...) que le Juif. Ce n'est qu'à partir de 1870 et l'humiliante défaite contre la Prusse que l'antisémitisme français connaît une translation claire de l'Arabe vers le Juif, ceci par étapes jusqu'à l'affaire Dreyfus.

Deux éléments l'expliquent : l'Algérie a été "pacifiée" (dans le sang...) d'abord et le moment est plutôt à la recherche d'un "ennemi intérieur" pour expliquer une défaite militaire inattendue et traumatisante. Et le Juif, diasporique et cosmopolite, fait alors figure de bouc émissaire tout désigné. Mais aujourd'hui, on est en droit de se demander si on n'assiste pas à nouveau à ce chassé-croisé, mais cette fois dans l'autre sens.

Le fait est que l'islamophobie actuelle recycle largement le substrat de l'imagerie et des éléments de langage antisémites : dénonciation d'une supposée "double allégeance", existence d'un supposé "complot" pour la domination mondiale, supposée impossibilité d'intégration du fait de leur différence, etc.

De la reprise islamophobe de la caricature antisémite (et anticommuniste) de la pieuvre par Rachel Khan à l'assertion infondée de Florence Bergeaud-Blacker sur des liens supposés entre "Frères musulmans" et franc-maçonnerie (une actualisation islamophobe du poncif antisémite du "complot judéo-maçonnique") en passant par la musique de fond sur le thème de "l'islamo-gauchisme", avatar remis au goût du jour islamophobe du fantasme antisémite du "judéo-bolchevisme", les exemples pullulent de manière désormais décomplexée, ciblant les Palestiniens en particulier depuis deux ans.

NDLR

"Dans Redevenir juif. La fin d'un pacte de blanchiment réciproque" (La Découverte, 224 pages, 16,50 euros), Michel Feher, philosophe, fondateur de la maison d'édition new-yorkaise Zone Books et du média en ligne Diagrammes, considère que la stratégie consistant à assimiler l'antisémitisme à l'antisionisme est au cœur du projet de l'internationale réactionnaire. Dont acte. Fin de la note

Article paru dans le numéro d'avril 2026 de "Planète Paix" (mensuel édité par le Mouvement de la Paix)

Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien

Occident-Islamophobie: un dossier en 4 volets

Les prédicateurs de la haine


Illustration

 ujfp.org

Source : Madaniya
 madaniya.info

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