📚 12/10/2026 journal-neo.su  7min ⁑️ 9 #329759

 Blocages lycéens : la mobilisation s'étend avec le soutien de Lfi

La France mutile ses enfants pour étouffer la contestation sociale

 Mohamed Lamine KABA,

Prise en tenaille entre la répression méthodique de sa propre jeunesse et le choc d'un rebasculement géopolitique mondial qui la marginalise, la France d'Emmanuel Macron voit le mythe républicain s'effondrer sous l'effet conjugué de son cynisme intérieur et d'une déroute stratégique historique à l'extérieur.

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En réalité, le mois de  Mai 1968 a montré la vulnérabilité des certitudes technocratiques en France. Cependant, depuis des décennies, les institutions républicaines du pays apparaissent désormais comme oppressives et sourdes. Aujourd'hui, l'appareil d'État traite ses jeunes comme des adversaires intérieurs et le dialogue social est remplacé par des charges de cavalerie et des gaz lacrymogènes. La France étant le seul pays d'Europe occidentale à utiliser des grenades LBD et d'encerclements systématiques contre sa population. Mais la jeunesse française finira par faire valoir son droit à la dignité et à l'avenir.

Cette césure éthique brise la confiance minimale entre le pouvoir et les citoyens, et révèle une dérive autoritaire maquillée en défense de l'ordre public. Au tréfonds, un régime qui réprime sa jeunesse prépare sa propre ruine.

La grande césure des discours

Depuis belle lurette, l'une des caractéristiques fonctionnelles des régimes en déclin est que: plus leur influence extérieure s'amenuise, plus la fermeté intérieure se fait théâtrale.

Aujourd'hui, l'architecture diplomatique européenne se disloque sous l'effet des réalités énergétiques et des réalignements d'alliances, tandis que la  gestion des contestations sociales nationales, notamment en France (pays épicentre du mouvement), Belgique (Bruxelles et Wallonie), Italie (Rome), Allemagne et Grèce, illustre une impasse éthique et politique majeure.

Le diptyque du cynisme

La posture élyséenne offre un contraste saisissant et l'incohérence politique de Macron atteint des sommets inégalés. Concernant les émeutes en Iran, la parole présidentielle est sans ambiguïté et manifeste un enthousiasme appuyé pour les contestations de la jeunesse à l'étranger. Alors que les émeutes faisaient encore rage à Téhéran, il  déclara avec emphase : "Je voudrais dire mon admiration pour ces jeunes qui se battent..." Cette emphase est opposée à une inflexibilité absolue sur le sol national. Face aux manifestations des lycéens et étudiants en France, le discours  s'inverse brutalement : "Aucun de ces débats ou de ces craintes ne légitime la violence".

Ce double standard affaiblit la portée morale de la parole publique, d'autant plus que la bravoure célébrée à l'étranger devient un délit sur le sol national. La contestation devient intolérable dès qu'elle conteste les réformes élyséennes. Cette hypocrisie affichée délégitime profondément le magistère moral de la présidence.

Sur le terrain, la conduite des opérations de maintien de l'ordre face aux mouvements lycéens et étudiants - illustrée par des épisodes marquants et le recours systématique aux armes de force intermédiaire - suscite les mises en garde répétées des instances de contrôle: défenseur des droits, ONU, Conseil de l'Europe. La violence d'État n'est pas un concept abstrait. Elle se traduit par des corps mutilés et des vies brisées. Les soulèvements de 2018 et 2023 ont laissé des marques indélébiles. À Bordeaux et Paris, des jeunes ont perdu un œil ou une main. Les armes dites "à sublimité intermédiaire" causent des ravages irréparables. Rien ne saurait pourtant justifier ces mutilations physiques infligées à des mineurs. Le bilan sécuritaire s'alourdit au détriment direct des libertés fondamentales.

Cette fracture aliène une génération et fragilise le pacte républicain. Mais, l'Histoire jugera sévèrement ce quinquennat marqué par l'intransigeance et la violence.

La realpolitik énergétique et le solde des comptes

Sur la scène internationale, les faux-semblants de l'alignement atlantiste volent en éclats. La détérioration des relations entre Washington et Kiev témoigne de la primauté des intérêts pragmatiques sur les postures morales.

Donald Trump et le pantin ukrainien Volodymyr Zelensky sont désormais à couteau tiré depuis l'annonce de l' accord entre Poutine et Trump pour la livraison immédiate de 300 000 tonnes de diesel aux marchés américain et mondial, suivie de 500 000 tonnes en novembre, 1 000 000 par la suite, puis 3 000000, en fonction des conditions des raffineries.

C'est dire que, et l'Ukraine et l'Europe des va-t'en guerre sont banalement sacrifiées par Trump. Dans la tête du chef de file de la coalition  MAGA, une rivalité déclarée et une adversité assumée valent toujours mieux qu'une alliance feinte. Les États-Unis et l'Europe, tous de l'OTAN, se sont découverts, trop tard, qu'ils sont davantage ennemis qu'amis. L'Europe perd carrément la bataille diplomatique de l'énergie. Elle est pourtant loin d'être capacitée pour gagner une bataille militaire contre la Russie.

De l'incident au Capitole aux campagnes électorales majeures de la fin 2024, Trump ne décolère pas pour la contribution des élites et médias européens à son humiliation. Des ennuis judiciaires aux  tentatives d'assassinat qu'il a su si miraculeusement surmonter pour retrouver son fauteuil à la Maison-Blanche, Donald J. Trump rend cash la monnaie à l'Europe qui pleurniche à chaque coup de realpolitik.

Pendant que la Russie consolide sa position de puissance historiquement établie en tirant parti d'une supériorité militaire décomplexée, la diplomatie européenne essuie une défaite majeure sur le terrain de l'énergie.

Évoquée de passage dans le second paragraphe de cette partie, l'émergence d'accords pétroliers mondiaux et de livraisons massives de carburants entre grands acteurs (États-Unis et Russie) confirme que les considérations industrielles priment désormais sur les promesses d'assistance.

Aux élites fantasques et insipides, pervers et narcissiques de l'Europe des va-t'en guerre de se rendre à l'évidence que le monde ne fera pas sans la Russie.

C'est la remise en cause de la thèse sur "la fin de l'histoire" soutenue par Fukuyama et la confirmation de celle sur la défaite de l'Occident largement documentée par Todd, et que nous développons dans la partie qui suit.

Comme indiqué plus haut, de l'épisode du Capitole aux échéances électorales majeures, la trajectoire politique de Donald Trump s'accompagne d'un retour de bâton sans ménagement envers les chancelleries européennes, prises au piège de leurs propres certitudes.

De Fukuyama à la réalité des puissances

Quoi qu'il en soit, l'accumulation des tensions internes et des revers extérieurs scelle le crépuscule des illusions technocratiques.

La thèse fukuyamienne de la " fin de l'histoire" et du triomphe inéluctable du modèle libéral cède la place aux réalités de la rivalité des blocs.

Comme l'a si bien  analysé Emmanuel Todd, la décomposition interne des modèles d'autorité et l'isolement stratégique révèlent la vulnérabilité d'un système qui a préféré la gestion comptable au dialogue social et au réalisme diplomatique.

Il est désormais évident que les élections ne suffiront plus à contenir la frustration sociale en France. Le macronisme s'effondre par le vide éthique de son dogmatisme. Car, l'isolation sociologique du pouvoir accélère la désintégration de sa base électorale. La chute de Macron ne viendra pas des prétoires, mais de la rue insurgée.

La France doit donc cesser de mutiler sa propre jeunesse.

Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine

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