
Mohammad Mohidur Rahman
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Pendant des siècles, le pouvoir s'est mesuré en territoires, en frontières, en ports et en colonies.
Mahan nous a enseigné que la puissance maritime et le commerce par mer façonnent le destin. Mackinder nous a avertis que quiconque contrôle le cœur de l'Eurasie commande le monde. Spykman a placé les zones périphériques au centre de la compétition mondiale. Leur intuition reste valable: la géographie produit du pouvoir.
Mais la mondialisation y a ajouté une nouvelle dimension. Sous la carte politique se trouve une seconde géographie: celle de la connectivité.

Lorsque la mer Rouge a été la cible d'attaques au début de l'année 2024, le canal de Suez — par lequel transite 15% du commerce maritime mondial — s'est vidé. Les navires ont été déroutés par le cap de Bonne-Espérance. Selon la CNUCED, la demande mondiale de capacité de transport maritime avait augmenté de 3% à la mi-2024, et celle de porte-conteneurs de 12%. Aucun territoire n'a été conquis. Pourtant, les conséquences se sont propagées dans le monde entier. Tel est le pouvoir des points d'étranglement: nul besoin de contrôler un pays pour restreindre ses choix. Une influence sur une seule connexion critique peut suffire.
La géographie crée le nœud. La connectivité crée le levier. Ormuz, Malacca, Bab el-Mandeb, Suez, Panama — des espaces géographiquement modestes, mais dont la perturbation fait évoluer les prix, la production et la politique bien au-delà de leur région.
Ce levier découle de la possibilité crédible d'une interruption. La menace que fait planer l'Iran sur le détroit d'Ormuz accroît les primes d'assurance, les prix et les coûts militaires sans qu'un seul coup de feu soit tiré. Le dilemme de Malacca auquel fait face la Chine a façonné toute une stratégie — l'initiative "Ceinture et Route" vise en partie à créer des voies de substitution. Un État qui ne dispose que d'un seul itinéraire viable jouit d'une autonomie limitée; un État qui en possède plusieurs dispose d'un choix.
Et la carte n'est désormais plus uniquement maritime. Les semi-conducteurs, les minerais critiques, les câbles sous-marins et les systèmes de paiement constituent les nouveaux points d'étranglement. La question n'est plus de savoir qui possède la mine, mais qui contrôle le raffinage, la transformation, le transport et l'accès au marché.

La stratégie elle-même a changé: de la conquête, elle est passée à la contrainte. Les sanctions et les contrôles à l'exportation ne détruisent pas un adversaire — ils réduisent son éventail de possibilités. La conquête vise le territoire; la stratégie des points d'étranglement vise à contrôler les options.
La leçon vaut aussi bien pour les nations que pour les entreprises: l'efficacité seule est fragile. La faiblesse la plus dangereuse est rarement l'actif le plus important — c'est le plus petit nœud irremplaçable.
La carte comporte désormais plusieurs couches: frontières, connexions et dépendances. La question décisive n'est plus seulement: "Qui contrôle le territoire?", mais : qui peut connecter, déconnecter, réorienter, retarder, financer ou interrompre les flux qui le traversent?
Mahan, Mackinder et Spykman avaient compris où la géographie concentre le pouvoir. La nouvelle ère montre comment la connectivité en fait une arme.
La géographie du pouvoir n'a pas disparu. Elle s'est connectée.