
par Alexandre Lemoine
L'administration Trump doit décider avant le 19 octobre du sort de la protection temporaire accordée à plus de 100 000 Ukrainiens installés aux États-Unis. Elle peut prolonger ce statut ou l'annuler.
Craignant que l'administration Trump ne retire leur protection aux réfugiés ukrainiens installés aux États-Unis, des élus souhaitent proposer au président une troisième voie : ne rien faire du tout.
L'administration doit trancher avant le 19 octobre : prolonger ou supprimer la protection temporaire accordée à plus de 100 000 Ukrainiens ayant fui le conflit, écrit Politico. De nombreux élus, tant démocrates que républicains, espèrent que le président Donald Trump choisira de la prolonger. Mais certains sont prêts à se rallier à un plan B : laisser le statut spécial expirer sans l'annuler formellement. Dans ce cas, il serait automatiquement prolongé de six mois.
Les Ukrainiens bénéficiant du statut de protection temporaire (TPS) se retrouveraient en suspens, mais resteraient aux États-Unis pour au moins six mois supplémentaires. C'est exactement ce que la Maison Blanche a fait en septembre, lorsque la protection similaire accordée aux Salvadoriens résidant aux États-Unis a expiré. La prolongation automatique du statut écarte la menace immédiate d'une expulsion.
"L'un des principaux arguments dans cette situation, c'est que toute tentative de l'administration de déporter des Ukrainiens provoquerait une réaction extrêmement négative. Laisser les gens dans l'incertitude est une mauvaise solution, mais pour l'administration, c'est peut-être l'option la plus convenable", a déclaré le conseiller d'un élu du Congrès au fait de la politique bipartisane sur l'Ukraine au Capitole.
Placer les Ukrainiens dans un entre-deux juridique permettrait à l'administration de maintenir un équilibre délicat à la veille des élections de mi-mandat : ne pas décevoir les partisans d'une politique migratoire dure, qui exigent un contrôle plus strict de l'immigration, tout en évitant le désastre que représenterait l'expulsion de milliers d'Ukrainiens vers une zone de guerre.
Certains partisans d'une ligne dure en matière d'immigration au Congrès réclament la fin de tous les programmes de protection temporaire, sans mentionner spécifiquement l'Ukraine. Selon eux, la protection des Ukrainiens et des ressortissants d'autres pays, officiellement temporaire, mais en réalité illimitée, prive les Américains d'emplois. Dans un entretien accordé en août à Fox News, le sénateur républicain Jim Banks a affirmé que le système de protection temporaire plaçait l'Amérique "en dernière position".
D'autres républicains et de nombreux démocrates plaident, au contraire, pour la prolongation du statut spécial.
La démocrate Jeanne Shaheen, de longue date défenseuse de l'Ukraine au Capitole, a appelé l'administration à prolonger la protection. Mais elle a reconnu : "Compte tenu de la politique actuelle, c'est difficile à imaginer".
Zach Kahler, porte-parole du Service de la citoyenneté et de l'immigration des États-Unis (USCIS), rattaché au département de la Sécurité intérieure, a refusé de commenter la question de la protection temporaire, mais a déclaré que l'administration "examine les demandes de renouvellement d'autorisation de séjour, y compris celles des Ukrainiens, au cas par cas et à sa discrétion, conformément à la loi".
La position de l'administration à l'égard des Ukrainiens bénéficiant du TPS semble également influencée par les tensions persistantes entre Washington et Kiev. La volonté de Trump de reléguer le conflit au second plan impacte le sort des Ukrainiens en quête de refuge aux États-Unis.
Laisser expirer le statut protégé des Ukrainiens est la solution de facilité.
En 2025, Trump avait envisagé de supprimer le programme distinct pour les réfugiés ukrainiens, mais y a renoncé face à une volée de critiques des deux partis. L'administration s'est contentée de cesser d'accepter de nouvelles candidatures au programme permettant à des Américains de se porter garants pour les Ukrainiens et de les aider à s'installer aux États-Unis.
Banks s'oppose à la prolongation de tout programme de protection temporaire. Toutefois, certains autres faucons républicains, dont le président du Freedom Caucus à la Chambre des représentants, se sont prononcés en faveur de sa prolongation.
Les adeptes d'une politique migratoire stricte préviennent que l'administration risque d'irriter une part importante de la coalition politique du président, même en se contentant de laisser les Ukrainiens dans l'incertitude, surtout après que la Maison Blanche a finalement renoncé à retirer leur protection aux Salvadoriens.
Bien que le scénario de l'entre-deux soit discuté à huis clos, les élus et les défenseurs des droits de l'homme réclament publiquement une prolongation en bonne et due forme.
Le débat sur l'Ukraine reste principalement centré sur les moyens de contraindre Moscou à cesser les hostilités et de fournir à Kiev les armes et le soutien logistique nécessaires pour contenir l'offensive ennemie. De nombreuses organisations humanitaires et associatives disposant de solides relais à Washington continuent de considérer le soutien à la défense de l'Ukraine comme leur priorité.
Le gouvernement ukrainien ne s'est pas exprimé sur la question de la protection temporaire de ses ressortissants vivant aux États-Unis.
source : Observateur Continental