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Guinée : le calendrier des élections sénatoriales et régionales fixé, quels enjeux pour Doumbouya ?

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Komla YAWO

En Guinée, le retour à l'ordre constitutionnel se poursuit avec la fixation des élections régionales au 29 novembre et des sénatoriales au 20 décembre 2026. Présentés comme les derniers rendez-vous électoraux de la transition ouverte par le coup d'État de septembre 2021, ces scrutins doivent compléter les institutions du pays. Mais dans un contexte marqué par l'affaiblissement de l'opposition, leur organisation soulève des questions sur la représentativité politique et la consolidation démocratique.

Guinée, deux scrutins pour compléter les institutions de la République

Le calendrier électoral guinéen se précise. Dans un décret lu le 12 octobre à la télévision nationale, le président Mamadi Doumbouya a fixé au 29 novembre 2026 l'élection des conseils régionaux et au 20 décembre celle des deux tiers des membres du Sénat. Ces consultations constituent les dernières étapes annoncées du processus de retour à l'ordre constitutionnel.

L'élection des conseils régionaux doit permettre de compléter l'organisation des institutions territoriales. Le scrutin sénatorial, quant à lui, doit contribuer à la mise en place de la seconde chambre du Parlement. Le dernier tiers des sénateurs sera nommé par le président de la République.

Ces échéances prolongent un processus engagé après la prise du pouvoir par les militaires en septembre 2021. Mamadi Doumbouya, qui avait initialement promis de rendre le pouvoir à des civils au terme de la transition, a finalement été élu président lors du scrutin du 28 décembre 2025.

Après les élections législatives de mai 2026, ces deux nouveaux rendez-vous doivent achever la mise en place de l'architecture institutionnelle prévue. Sur le plan formel, ils représentent donc une étape importante dans la normalisation de la vie politique guinéenne.

Toutefois, la tenue d'élections ne suffit pas, à elle seule, à garantir un retour à un fonctionnement démocratique pleinement inclusif. La crédibilité du processus dépend également des conditions de participation des partis, de la liberté de la compétition et de la possibilité pour les électeurs de choisir entre des offres politiques réellement différentes.

Une opposition affaiblie, un avantage pour le pouvoir

L'organisation de ces scrutins intervient dans un environnement politique marqué par la marginalisation de plusieurs formations historiques. Les partis de l'opposition, notamment le Rassemblement du peuple de Guinée ( RPG) et l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), ont été dissous en mars 2026, selon les informations rapportées. Ces formations avaient également appelé au boycott des élections législatives de mai.

Le résultat de ce scrutin, remporté à plus de 80 % des sièges par la mouvance présidentielle et ses alliés, illustre le déséquilibre des forces politiques en présence. Dans ces conditions, les prochaines élections se dérouleront avec une opposition dont les principales structures sont fragilisées.

Pour le pouvoir, l'enjeu est double; achever la mise en place des institutions et démontrer sa capacité à organiser un calendrier électoral régulier. Mais pour que ces consultations renforcent durablement la légitimité des institutions, encore faut-il que les acteurs politiques disposent de possibilités réelles de participation.

Depuis le coup d'État de 2021, les restrictions visant les manifestations, les suspensions de partis et les procédures engagées contre des responsables de l'opposition et de la société civile alimentent les inquiétudes sur les libertés publiques. Les accusations de disparitions forcées et d'enlèvements de voix critiques contribuent également à tendre le climat politique.

La question centrale dépasse donc le respect des dates annoncées. Elle concerne la capacité de la Guinée à organiser des élections ouvertes à une pluralité de sensibilités, dans un environnement où les libertés politiques sont garanties.

Le défi de la légitimité au-delà du calendrier électoral

Les élections régionales et sénatoriales pourraient achever la construction institutionnelle engagée depuis la fin de la transition militaire. Elles offriront aussi une indication sur la manière dont le pouvoir entend organiser les relations entre les institutions nationales et les collectivités territoriales.

Cependant, leur portée démocratique dépendra de plusieurs facteurs à savoir les conditions de candidature, la transparence du processus, l'accès des différents courants politiques à la compétition et la confiance des citoyens dans les résultats.

Le mode de désignation des sénateurs mérite également attention. Puisque le président nomme le dernier tiers des membres de la chambre haute, l'équilibre politique au sein du Sénat dépendra aussi de cette prérogative présidentielle, en plus des résultats du scrutin.

Pour Mamadi Doumbouya, le défi est désormais de transformer l'achèvement du calendrier électoral en une véritable consolidation démocratique. La Guinée peut compléter ses institutions dans les délais annoncés, mais la normalisation politique ne sera durable que si elle s'accompagne d'un pluralisme effectif, de garanties pour les libertés publiques et d'une opposition en mesure de jouer son rôle. Autrement, la fin institutionnelle de la transition risque de ne pas suffire à dissiper les interrogations sur la nature du système politique qui lui succède.

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