📚 14/10/2026 les-crises.fr  29min ⁑️ 6 #329914

Le Pentagone a mené secrètement une campagne anti-vaccins pour destabiliser la Chine pendant la pandémie

L'armée américaine a lancé un programme clandestin en pleine crise de la COVID afin de discréditer le vaccin chinois Sinovac, en représailles aux efforts déployés par Pékin pour imputer la responsabilité de la pandémie à Washington. L'une des cibles visées : la population philippine. Selon des experts de la santé, cette manœuvre était indéfendable et a mis en danger la vie d'innocents.

Source :  Reuters, Chris Bing, Joel Schectman
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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Un professionnel de santé vaccine Encarnacion Tan Suan, âgée de 86 ans, dans un centre de vaccination de la ville de San Juan, dans la région métropolitaine de Manille, dans le contexte de l'épidémie de COVID-19 aux Philippines. Photo : REUTERS/Peter Blaza. Illustration : John Emerson

Au plus fort de la pandémie de Covid-19, l'armée américaine a lancé une campagne secrète pour contrer ce qu'elle percevait comme une influence croissante de la Chine aux Philippines, un pays particulièrement touché par ce virus mortel.

Cette opération clandestine n'a encore jamais été révélée. Elle visait à semer le doute quant à la sécurité et à l'efficacité des vaccins et des autres aides humanitaires essentielles fournies par la Chine, comme l'a révélé une enquête de Reuters. Par le biais de faux comptes Internet conçus pour se faire passer pour ceux de ressortissants philippins, les efforts de propagande de l'armée se sont transformés en une campagne anti-vaccination. Des publications sur les réseaux sociaux dénonçaient la qualité des masques, des kits de dépistage et du premier vaccin qui allait être mis à disposition aux Philippines : le vaccin chinois Sinovac.

Reuters a identifié au moins 300 comptes sur X, anciennement Twitter, qui correspondaient aux descriptions fournies par d'anciens responsables militaires américains ayant connaissance de l'opération menée aux Philippines. Presque tous avaient été créés durant l'été 2020 et s'articulaient autour du slogan #Chinaangvirus - qui, en tagalog, signifie "la Chine est le virus".

Selon d'anciens et d'actuels responsables militaires, cette publication, identifiée par Reuters, correspondait au message, au calendrier et à la présentation de la campagne de propagande anti-vaccination menée par l'armée américaine aux Philippines. La plateforme de réseaux sociaux X a également identifié ce compte comme étant faux et l'a supprimé.

#ChinaIsTheVirus :

"Est-ce vraiment ce que vous voulez ? La Covid est venue de Chine et les vaccins sont venus de Chine."

(Sous ce message figure une photo de Rodrigo Duterte, alors président des Philippines, déclarant : "Chine ! Donnez-nous la priorité, s'il vous plaît. Je vous donnerai davantage d'îles, des POGO et du sable noir." POGO désigne les Philippine Offshore Gaming Operators, des sociétés de jeux d'argent en ligne qui ont connu un essor fulgurant sous l'administration Duterte. Le "sable noir" fait référence à un type d'exploitation minière.)

"La COVID est venue de Chine et le VACCIN est aussi venu de Chine, ne faites pas confiance à la Chine !", pouvait-on lire en tagalog dans un tweet posté en juillet 2020. Ces mots accompagnaient la photo d'une seringue placée à côté d'un drapeau chinois et d'un graphique présentant une courbe exponentielle du nombre de cas. Un autre message indiquait : "En provenance de Chine : EPI, masques, vaccins : FAKE. Mais le coronavirus, lui, est bien réel." [EPI = PPE en anglais : signifie "Personal Protective Equipment" en anglais, désignant l'équipement de protection individuelle (EPI) utilisé pour prévenir ou réduire l'exposition à des environnements ou matériaux dangereux, NdT].

Après que Reuters a interrogé X au sujet de ces comptes, la plateforme a supprimé les profils, estimant, sur la base de leurs schémas d'activité et de données internes, qu'ils faisaient partie d'une campagne coordonnée de bots.

Selon Reuters, la campagne anti-vaccination menée par l'armée américaine a débuté au printemps 2020 et s'est étendue au-delà de l'Asie du Sud-Est avant d'être interrompue à la mi-2021. En adaptant sa campagne de propagande aux populations d'Asie centrale et du Moyen-Orient, le Pentagone a eu recours à un ensemble de faux comptes sur plusieurs plateforme de réseaux sociaux pour semer la peur des vaccins chinois parmi les musulmans, à une époque où le virus faisait des dizaines de milliers de victimes chaque jour. Un élément clé de cette stratégie consistait à amplifier l'argument controversé selon lequel, les vaccins contenant parfois de la gélatine de porc, les vaccins chinois pouvant alors être considérés comme interdits par la loi islamique.

Selon les révélations de Reuters, ce programme militaire a été lancé pendant le premier mandat du président Donald Trump et s'est poursuivi pendant plusieurs mois sous la présidence de Joe Biden, et ce même après que des dirigeants de réseaux sociaux, inquiets, aient averti la nouvelle administration que le Pentagone diffusait des fausses informations sur la COVID-19. La Maison Blanche de Joe Biden a publié au printemps 2021 un décret interdisant cette campagne anti-vaccins, qui dénigrait également les vaccins produits par d'autres concurrents, et le Pentagone a lancé une enquête interne, a révélé Reuters.

"Je ne pense pas que cela soit défendable. Je suis extrêmement consterné et déçu d'apprendre que le gouvernement américain pourrait agir ainsi." Daniel Lucey, spécialiste des maladies infectieuses à la Geisel School of Medicine de Dartmouth.

L'armée américaine n'a pas le droit de cibler les Américains avec de la propagande, et Reuters n'a trouvé aucune preuve que le Pentagone ait mené une telle opération d'influence.

Les porte-parole de Trump et de Biden n'ont pas répondu aux demandes de commentaires concernant ce programme clandestin.

Un haut responsable du ministère de la Défense a reconnu que l'armée américaine s'était livrée à une campagne de propagande secrète visant à discréditer le vaccin chinois dans les pays en développement, mais il a refusé de donner plus de détails.

Une porte-parole du Pentagone a déclaré que l'armée américaine "utilise divers canaux, y compris les réseaux sociaux, pour contrer les attaques malveillantes visant à exercer une influence sur les États-Unis, leurs alliés et leurs partenaires". Elle a également souligné que la Chine avait lancé une "campagne de désinformation visant à accuser à tort les États-Unis d'être responsables de la propagation de la COVID-19".

Dans un courriel, le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu'il affirmait depuis longtemps que le gouvernement américain manipulait les réseaux sociaux et diffusait de fausses informations.

L'ambassade de Manille à Washington n'a pas répondu aux questions de Reuters, dont celle portant sur sa connaissance éventuelle de l'opération menée par le Pentagone. Un porte-parole du ministère philippin de la Santé a toutefois déclaré que "les révélations de Reuters méritaient de faire l'objet d'une enquête et d'être portées à l'attention des autorités compétentes des pays concernés". Certains travailleurs humanitaires aux Philippines, informés par Reuters de cette campagne de propagande menée par l'armée américaine, ont exprimé leur indignation.

Informés par Reuters de l'existence de la campagne secrète anti-vaccination menée par le Pentagone, certains experts américains en santé publique ont également condamné ce programme, affirmant qu'il mettait des civils en danger au nom d'un éventuel gain géopolitique. Selon eux, une opération censée gagner les cœurs et les esprits a mis des vies en danger.

"Je ne pense pas que cela soit défendable", a déclaré Daniel Lucey, spécialiste des maladies infectieuses à la Geisel School of Medicine de Dartmouth. "Je suis extrêmement consterné, déçu et désillusionné d'apprendre que le gouvernement américain pourrait agir ainsi.", a déclaré Lucey, ancien médecin militaire qui avait participé à la riposte aux attaques à l'anthrax de 2001.

Selon Lucey et d'autres, les efforts visant à attiser la peur à l'égard des vaccins chinois risquaient de saper la confiance générale du public dans les initiatives sanitaires du gouvernement, y compris les vaccins fabriqués aux États-Unis qui ont été mis à disposition par la suite. Bien que les vaccins chinois se soient révélés moins efficaces que ceux développés par les entreprises américaines Pfizer et Moderna, tous ont été approuvés par l'Organisation mondiale de la Santé. Sinovac n'a pas répondu à la demande de commentaires de Reuters.

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Les professionnels de santé et le gouvernement ont eu du mal à vacciner la population philippine contre la COVID-19, malgré la mise en place de centres mobiles comme celui-ci, opérationnel en mai 2021 à Taguig, dans la région métropolitaine de Manille, aux Philippines. À cette époque, les Philippines affichaient l'un des taux de vaccination les plus faibles d'Asie du Sud-Est. Le principal vaccin disponible à l'époque était celui de Sinovac. REUTERS/Lisa Marie David

Des travaux de recherche universitaires publiés récemment ont montré que, lorsque des personnes développent un scepticisme à l'égard d'un vaccin en particulier, ces doutes entraînent souvent une méfiance vis-à-vis d'autres vaccins. Lucey et d'autres experts de la santé affirment avoir observé un tel scénario au Pakistan, où l'Agence centrale de renseignement (CIA) s'est servie d'un faux programme de vaccination contre l'hépatite à Abbottabad comme couverture pour traquer Oussama ben Laden, le cerveau terroriste à l'origine des attentats du 11 septembre 2001. La découverte de cette supercherie a déclenché une violente réaction hostile à l'encontre d'une campagne de vaccination contre la poliomyélite qui n'avait aucun rapport avec cette affaire, avec notamment des agressions contre des professionnels de santé, ce qui a contribué à la réapparition de cette maladie mortelle dans le pays.

"Notre intérêt aurait dû être de vacciner le plus grand nombre de gens possible", a déclaré Greg Treverton, ancien président du Conseil national du renseignement américain, qui coordonne l'analyse et la stratégie des nombreuses agences de renseignement de Washington. Selon Treverton, l'action du Pentagone "dépasse les bornes".

"Nous étions désespérés"

Au total, les faux comptes utilisés par l'armée comptaient des dizaines de milliers d'abonnés pendant la durée du programme. Reuters n'a pas pu déterminer l'ampleur de l'audience des contenus anti-vaccins et des autres fausses informations diffusées par le Pentagone, ni dans quelle mesure ces publications ont pu entraîner des décès liés à la COVID-19 en dissuadant les gens de se faire vacciner.

Dans le sillage de la campagne de propagande américaine, Rodrigo Duterte, alors président des Philippines, était toutefois tellement consterné par le faible nombre de Philippins disposés à se faire vacciner qu'il a menacé de faire arrêter ceux qui refusaient la vaccination.

"À vous de choisir : soit vous vous faites vacciner, soit je vous fais emprisonner", a déclaré Duterte, portant un masque de protection, lors d'une allocution télévisée en juin 2021. "Ce pays traverse une crise. Les Philippins qui refusent d'écouter le gouvernement m'exaspèrent vraiment."

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Rodrigo Duterte a été le 16e président des Philippines, de 2016 à 2022. (Reuters : Marconi Navales)

Rodrigo Duterte, alors président des Philippines, a exhorté les citoyens à se faire vacciner contre la COVID-19. "À vous de choisir : soit vous vous faites vacciner, soit je vous fais mettre en prison", a déclaré M. Duterte, portant un masque, lors de son allocution télévisée en juin 2021.

Lorsqu'il a abordé la question de la vaccination, les Philippines affichaient l'un des taux de vaccination les plus faibles d'Asie du Sud-Est. Seuls 2,1 millions de ses 114 millions de citoyens étaient complètement vaccinés, ce qui était bien en deçà de l'objectif du gouvernement, fixé à 70 millions. Au moment où Duterte s'est exprimé, le nombre de cas de COVID dépassait 1,3 million, et près de 24 000 Philippins étaient décédés des suites du virus. Les difficultés rencontrées pour vacciner la population ont contribué au taux de mortalité le plus élevé de la région.

Un porte-parole de Duterte n'a pas donné suite à la demande d'interview concernant l'ancien président.

Certains professionnels de santé philippins et anciens responsables contactés par Reuters se sont dits choqués par la campagne anti-vaccination menée par les États-Unis, laquelle a, selon eux, abusé d'une population déjà vulnérable. Les inquiétudes de la population concernant un vaccin contre la dengue, mis en place aux Philippines en 2016, avaient entraîné un scepticisme généralisé à l'égard des vaccinations en général, a déclaré Lulu Bravo, directrice exécutive de la Fondation philippine pour la vaccination. La campagne du Pentagone a joué sur ces craintes.

"Pourquoi avez-vous agi ainsi alors que des gens mouraient ? Nous étions désespérés", a déclaré le Dr Nina Castillo-Carandang, ancienne conseillère auprès de l'Organisation mondiale de la Santé et du gouvernement philippin pendant la pandémie. "Nous ne disposons pas de nos propres capacités de production de vaccins", a-t-elle fait remarquer, ajoutant que la campagne de propagande américaine "n'a fait que remuer le couteau dans la plaie".

Cette campagne a également renforcé ce qu'un ancien ministre de la Santé a qualifié de "méfiance de longue date envers la Chine", notamment en raison du comportement agressif de Pékin dans les zones contestées de la mer de Chine du Sud. Les Philippins n'étaient pas disposés à faire confiance au Sinovac, le vaccin chinois qui a été mis à disposition dans le pays pour la première fois en mars 2021, a déclaré Esperanza Cabral, qui a occupé le poste de ministre de la Santé sous la présidence de Gloria Macapagal Arroyo. Mme Cabral a indiqué qu'elle n'avait pas été au courant de l'opération secrète menée par l'armée américaine.

"Je suis certaine qu'il y a beaucoup de gens qui sont morts de la COVID alors que cela n'aurait pas dû être le cas", a-t-elle déclaré.

Pour mettre en œuvre cette campagne anti-vaccination, le ministère de la Défense a passé outre les vives objections des hauts diplomates américains en poste en Asie du Sud-Est à l'époque, a révélé Reuters. Des sources impliquées dans sa planification et son exécution affirment que le Pentagone, qui a géré ce programme par l'intermédiaire du centre des opérations psychologiques de l'armée situé à Tampa, en Floride, n'a pas tenu compte des conséquences collatérales qu'une telle propagande pouvait avoir sur des Philippins innocents.

"Nous n'avons pas abordé cette question sous l'angle de la santé publique", a déclaré un officier supérieur impliqué dans le programme. "Nous cherchions plutôt à savoir comment nous pouvions salir l'image de la Chine."

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Alors que la pandémie de COVID-19 sévissait aux Philippines, un homme a allumé une bougie sur une tombe dans un cimetière inondé, en octobre 2021. De nombreux citoyens hésitaient à se faire vacciner. REUTERS/Lisa Marie David

Une nouvelle guerre de désinformation

Pour mettre au jour cette opération militaire secrète des États-Unis, Reuters a interrogé plus d'une vingtaine de responsables américains, actuels et anciens, de prestataires militaires, d'analystes des réseaux sociaux et de chercheurs universitaires. Les journalistes ont également passé en revue des publications sur Facebook, X et Instagram, ainsi que des données techniques et des documents concernant un ensemble de faux comptes sur les réseaux sociaux utilisés par l'armée américaine. Certains ont été actifs pendant plus de cinq ans.

Les opérations psychologiques clandestines comptent parmi les programmes les plus sensibles du gouvernement. Seul un petit groupe de personnes au sein des services de renseignement et des forces armées américaines a connaissance de leur existence. Ces programmes font l'objet d'une prudence particulière, parce que leur divulgation pourrait nuire aux alliances avec des pays étrangers ou aggraver les conflits avec des rivaux.

Au cours de la dernière décennie, certains responsables américains de la sécurité nationale ont plaidé en faveur d'un retour au type d'opérations de propagande clandestines agressives menées contre leurs rivaux, telles que celles menées par les États-Unis pendant la Guerre froide. À la suite de l'élection présidentielle américaine de 2016, au cours de laquelle la Russie a eu recours à une stratégie combinant piratages informatiques et fuites d'informations pour influencer les électeurs, les appels à riposter se sont multipliés à Washington.

En 2019, Trump a autorisé l'Agence centrale de renseignement (CIA) à lancer une campagne clandestine sur les réseaux sociaux chinois qui avait pour but de retourner l'opinion publique chinoise contre son gouvernement, a rapporté Reuters en mars. Dans le cadre de cette initiative, un petit groupe d'agents a utilisé de fausses identités en ligne pour diffuser des propos dénigrants à l'encontre du gouvernement de Xi Jinping.

La COVID-19 a donné un nouvel élan à la campagne d'opérations psychologiques menée contre la Chine. Un ancien haut responsable du Pentagone a qualifié la pandémie de "coup de fouet" qui a enfin déclenché la contre-offensive, longtemps reportée, contre la guerre d'influence menée par la Chine.

La propagande anti-vaccins du Pentagone est venue en réponse aux efforts déployés par la Chine pour diffuser de fausses informations sur les origines de la COVID. Le virus est apparu pour la première fois en Chine fin 2019. Mais en mars 2020, des responsables du gouvernement chinois ont affirmé, sans apporter aucune preuve, que le virus aurait pu être introduit en Chine par un militaire américain ayant participé, l'année précédente, à une compétition sportive militaire internationale à Wuhan. Les responsables chinois ont également laissé entendre que le virus pourrait provenir d'un centre de recherche de l'armée américaine situé à Fort Detrick, dans le Maryland. Aucun élément ne vient étayer cette affirmation.

Faisant écho aux déclarations publiques de Pékin, des agents des services de renseignement chinois ont mis en place des réseaux de faux comptes sur les réseaux sociaux afin de promouvoir la théorie du complot autour de Fort Detrick, selon une plainte déposée par le ministère américain de la Justice.

Le message de la Chine a retenu l'attention de Washington. Trump a ensuite inventé le terme "virus chinois" en réponse à l'accusation de Pékin déclarant que l'armée américaine avait exporté la COVID à Wuhan.

"C'était faux. Et plutôt que de me lancer dans une dispute, j'ai dit : Je dois dire d'où ça vient", a déclaré Trump lors d'une conférence de presse en mars 2020. "Ça venait bien de Chine."

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Le président Donald Trump a expliqué pourquoi il avait utilisé à plusieurs reprises les expressions "virus chinois" et "virus de Chine" lors d'un point presse sur la COVID-19 à la Maison Blanche en mars 2020. REUTERS/Jonathan Ernst

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré dans un courriel qu'il s'opposait aux "actions visant à politiser la question de l'origine du virus et à stigmatiser la Chine". Le ministère n'a fait aucun commentaire concernant la plainte déposée par le ministère américain de la Justice.

Pékin n'a pas ménagé ses efforts pour étendre l'influence mondiale de sa propagande. La Chine a annoncé un programme ambitieux d'aide face à la COVID-19, qui prévoyait notamment l'envoi de masques, de respirateurs et de ses propres vaccins - encore en phase d'essais à l'époque - aux pays en difficulté. En mai 2020, Xi a annoncé que le vaccin que la Chine était en train de mettre au point serait mis à disposition en tant que "bien public mondial" et garantirait "l'accessibilité et le caractère abordable du vaccin dans les pays en développement". Sinovac a été le principal vaccin disponible aux Philippines pendant environ un an, jusqu'à ce que les vaccins fabriqués aux États-Unis y soient plus largement disponibles début 2022.

Le plan de Washington, baptisé "Opération Warp Speed" [vitesse Warp, La vitesse de distorsion (warp) est une technologie de science fiction permettant de dépasser la vitesse de la lumière en déformant l'espace-temps, NdT], était différent. Il privilégiait la vaccination des Américains en priorité et n'imposait aucune restriction quant aux prix que les laboratoires pharmaceutiques pouvaient facturer aux pays en développement pour les vaccins restants non utilisés par les États-Unis. Cet accord a permis aux laboratoires de "jouer les durs" avec les pays en développement, les forçant à accepter des prix élevés, a déclaré Lawrence Gostin, professeur de médecine à l'université de Georgetown qui a collaboré avec l'Organisation mondiale de la Santé.

"Cet accord a aspiré la majeure partie de l'offre du marché mondial", a déclaré Gostin. "Les États-Unis ont adopté une approche très résolue, axée sur le principe America First."

À la grande inquiétude de Washington, les offres d'aide de la Chine faisaient basculer l'équilibre géopolitique dans l'ensemble du monde en développement, notamment aux Philippines, où le gouvernement a dû faire face à plus de 100 000 cas d'infection au cours des premiers mois de la pandémie.

En 2016, les relations entre les États-Unis et Manille s'étaient tendues après l'élection de Duterte, connu pour ses propos fracassants. Fervent détracteur des États-Unis, il avait menacé de dénoncer un accord essentiel permettant à l'armée américaine de conserver sa juridiction sur les troupes américaines stationnées dans le pays.

Dans un discours prononcé en juillet 2020, Duterte a déclaré avoir "supplié" Xi de faire en sorte que les Philippines soient les premières à bénéficier de la campagne de vaccination menée par la Chine. Dans ce même discours, il s'est engagé à ce que les Philippines ne s'opposent plus à l'expansion agressive de Pékin en mer de Chine méridionale, remettant ainsi en cause un accord-cadre essentiel en matière de sécurité que Manille entretenait depuis longtemps avec Washington.

"La Chine revendique ce territoire. Nous le revendiquons aussi. La Chine dispose des armes nécessaires, ce qui n'est pas notre cas", a déclaré Duterte. "C'est aussi simple que ça."

Quelques jours plus tard, le ministre chinois des Affaires étrangères a annoncé que Pékin accéderait à la demande de Duterte concernant un accès prioritaire au vaccin, dans le cadre d'un "nouveau temps fort dans les relations bilatérales".

L'influence croissante de la Chine a incité les responsables militaires américains à lancer l'opération de propagande secrète révélée par Reuters.

"Nous n'avons pas su partager les vaccins avec nos partenaires à bon escient", a déclaré à Reuters un officier supérieur de l'armée américaine directement impliqué dans la campagne menée en Asie du Sud-Est. "Il ne nous restait donc plus qu'à jeter le discrédit sur la Chine."

Dans le cadre de sa campagne secrète de propagande anti-vaccination, l'armée américaine a utilisé de faux comptes conçus pour ressembler à ceux de vraies personnes.

Traduction du tagalog : Un vaccin en provenance de Chine pourrait être un raticide. #ChinaIsTheVirus [#la Chine est le virus, NdT]

Les militaires ont pris le pas sur les diplomates

Les responsables militaires américains craignaient que la diplomatie et la propagande chinoises liées à la COVID ne rapprochent de Pékin d'autres pays d'Asie du Sud-Est, tels que le Cambodge et la Malaisie, renforçant ainsi ses ambitions régionales.

Selon trois anciens responsables du Pentagone, un haut responsable militaire américain en charge de l'Asie du Sud-Est, le général Jonathan Braga, du Commandement des opérations spéciales du Pacifique, a insisté auprès de ses supérieurs à Washington pour qu'ils ripostent dans ce qu'on appelle "l'espace de l'information".

Au départ, le commandant avait l'intention de contre-attaquer Pékin en Asie du Sud-Est. L'objectif : faire en sorte que la région comprenne bien l'origine de la COVID-19, tout en encourageant le scepticisme à l'égard de vaccins qui n'avaient alors pas encore été testés et qui étaient proposés par un pays qui, selon eux, n'avait cessé de mentir depuis le début de la pandémie.

Un porte-parole du Commandement des opérations spéciales n'a souhaité faire aucun commentaire.

Au moins six hauts responsables du Département d'État chargés de la région se sont opposés à cette approche. Ils ont fait valoir, lors de visioconférences Zoom avec le Pentagone, qu'une crise sanitaire n'était pas le moment opportun pour susciter la peur ou la colère par le biais d'une opération psychologique, ou "psyop".

"Nous tombons plus bas que les Chinois, et nous ne devrions pas agir ainsi", a déclaré un ancien haut responsable du Département d'État chargé de cette région, qui s'était opposé à cette opération militaire.

Alors que le Pentagone considérait le déclin rapide de l'influence de Washington aux Philippines comme un signe qu'il fallait agir, l'affaiblissement de ce partenariat a conduit les diplomates américains à prôner la prudence.

La campagne militaire secrète menée par les États-Unis s'est étendue au-delà des Philippines et visait à attiser les craintes concernant les vaccins fabriqués par la Russie et la Chine.

"Les relations ne tiennent qu'à un fil", a raconté un autre ancien haut diplomate américain. "Est-ce vraiment le moment de mener une opération psychologique aux Philippines ? Cela vaut-il la peine de prendre ce risque ?"

Dans le passé, une opposition de cet ordre la part du Département d'État aurait pu s'avérer fatale pour le programme. Auparavant, en temps de paix, le Pentagone devait obtenir l'accord des responsables des ambassades avant de mener des opérations psychologiques dans un pays, ce qui paralysait souvent les commandants cherchant à réagir rapidement aux messages de Pékin, ont déclaré à Reuters trois anciens responsables du Pentagone.

Mais en 2019, avant que la COVID n'éclate dans toute sa violence, le secrétaire à la Défense de l'époque, Mark Esper, a signé un décret secret qui a par la suite ouvert la voie au lancement de la campagne de propagande militaire américaine. Cet ordre a élevé la rivalité du Pentagone avec la Chine et la Russie au rang de priorité de combat actif, permettant ainsi aux commandants de contourner le Département d'État lorsqu'ils menaient des opérations psychologiques contre ces adversaires. Le projet de loi de finances du Pentagone adopté par le Congrès cette année-là autorisait également explicitement l'armée à mener des opérations d'influence clandestines contre d'autres pays, même "en dehors des zones d'hostilités actives".

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Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, serre la main de son homologue philippin, Delfin Lorenzana, lors d'une conférence de presse aux Philippines en novembre 2019. La même année, Esper a signé un décret secret qui a ensuite ouvert la voie au lancement d'une campagne clandestine de propagande anti-vax menée par l'armée américaine. REUTERS/Eloisa Lopez

Esper, via un porte-parole, a refusé de faire tout commentaire. Un porte-parole du Département d'État a renvoyé les questions au Pentagone.

La machine de propagande américaine

Au printemps 2020, le commandant des forces spéciales Braga s'est tourné vers un groupe de soldats et de prestataires spécialisés dans la guerre psychologique, basé à Tampa, afin de contrer les efforts de Pékin liés à la COVID. Selon ses collègues, Braga prônait depuis longtemps un recours accru aux opérations de propagande dans le cadre de la concurrence mondiale. Depuis des mobil-homes et des locaux modestes situés sur la base aérienne MacDill de Tampa, des militaires américains et des sous-traitants utilisaient des comptes anonymes sur X, Facebook et d'autres réseaux sociaux pour diffuser ce qui est devenu un message anti-vaccins. Ce site est toujours l'usine de propagande clandestine du Pentagone.

La guerre psychologique joue un rôle dans les opérations militaires américaines depuis plus d'un siècle, même si sa forme et son contenu ont évolué au fil du temps. Ces opérations, appelées "psyops", se sont surtout fait connaître après la Seconde Guerre mondiale pour leur rôle de soutien dans les missions de combat au Vietnam, en Corée et au Koweït, où elles consistaient souvent à larguer des tracts destinés à semer la confusion au sein de l'ennemi ou à l'inciter à se rendre.

Après les attentats d'Al-Qaïda de 2001, les États-Unis se sont retrouvés confrontés à un ennemi insaisissable et sans frontières, et le Pentagone a commencé à mener une forme de guerre psychologique plus ambitieuse, jusqu'alors réservée à la CIA. Le Pentagone a créé des organes de presse de façade, a versé des pots-de-vin à des personnalités locales influentes et a parfois financé des feuilletons télévisés afin de monter les populations locales contre des groupes militants ou des milices soutenues par l'Iran, ont déclaré à Reuters d'anciens responsables de la sécurité nationale.

Contrairement aux missions de guerre psychologique antérieures, qui visaient à obtenir un avantage tactique précis sur le champ de bataille, les opérations menées après le 11 septembre avaient pour objectif de susciter un changement plus profond de l'opinion publique à l'échelle de régions entières.

Dès 2010, l'armée a commencé à utiliser les réseaux sociaux, en recourant à de faux comptes pour diffuser des messages émanant de voix locales "sympathisantes" - elles-mêmes souvent secrètement rémunérées par le gouvernement américain. Au fil du temps, un réseau de plus en plus étendu de sous-traitants de l'armée et des services de renseignement a mis en place des sites d'information en ligne afin de diffuser dans les pays étrangers des discours approuvés par les États-Unis. Aujourd'hui, selon des responsables militaires actuels et anciens, l'armée s'appuie sur un vaste écosystème d'influenceurs sur les réseaux sociaux, de groupes de façade et de publicités numériques dissimulées pour influencer les publics à l'étranger.

Les efforts déployés par la Chine pour tirer parti de la pandémie afin d'accroître son influence géopolitique ont fourni à Braga un prétexte pour lancer la campagne de propagande révélée par Reuters, ont indiqué des sources.

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En 2020, des ouvriers déchargent des cartons contenant du matériel médical et des équipements de protection envoyés depuis la Chine pour aider à lutter contre la COVID-19 au Kazakhstan, l'un des pays visés par une opération secrète de propagande militaire américaine destinée à discréditer la Chine. REUTERS/Pavel Mikheyev

Du porc dans le vaccin ?

À l'été 2020, la campagne de propagande de l'armée a pris une nouvelle tournure et le discours s'est fait plus sombre, ce qui a fini par attirer l'attention des dirigeants des réseaux sociaux.

Dans des régions situées au-delà de l'Asie du Sud-Est, des officiers supérieurs du Commandement central américain, qui supervise les opérations militaires au Moyen-Orient et en Asie centrale, ont lancé leur propre version de l'opération psychologique liée à la COVID, ont déclaré trois anciens responsables militaires à Reuters.

Alors que la mise sur le marché des vaccins chinois n'était prévue que plusieurs mois plus tard, une polémique a secoué le monde musulman quant à savoir si ces vaccins contenaient de la gélatine de porc et pouvaient être considérés comme "haram", c'est-à-dire interdits par la loi islamique. Sinovac a déclaré que son vaccin était "fabriqué sans aucune matière d'origine porcine". De nombreuses autorités religieuses islamiques ont soutenu que, même si les vaccins contenaient effectivement de la gélatine de porc, ils restaient autorisés dans la mesure où ils étaient utilisés pour sauver des vies humaines.

La campagne menée par le Pentagone visait à attiser les craintes liées à l'injection d'un dérivé porcin. Dans le cadre d'une enquête interne menée sur X, la plateforme de réseaux sociaux a utilisé des adresses IP et des données de navigation pour identifier plus de 150 faux comptes gérés depuis Tampa par le Commandement central des États-Unis et ses sous-traitants, selon un document interne de X consulté par Reuters.

"Peut-on faire confiance à la Chine, qui tente de dissimuler que son vaccin contient de la gélatine de porc et le distribue en Asie centrale et dans d'autres pays musulmans où beaucoup de gens considèrent qu'un tel médicament est haram ?", pouvait-on lire dans un tweet publié en avril 2021 depuis un compte géré par l'armée et identifié par X.

Le Pentagone a également diffusé ses messages de manière clandestine sur Facebook et Instagram, ce qui a alarmé les dirigeants de la société mère Meta, qui suivaient depuis longtemps les comptes de l'armée, selon d'anciens responsables militaires.

Un mème créé par l'armée et ciblant l'Asie centrale montrait un cochon constitué de seringues, selon deux personnes ayant vu l'image. Reuters a découvert des publications similaires dont la source était le Commandement central américain. L'une d'elles montre un drapeau chinois servant de rideau séparant des femmes musulmanes portant le hijab et des cochons avec des seringues de vaccin plantés dans le corps. Au centre se trouve un homme muni de seringues ; sur son dos figure le mot "Chine". Ce mème visait l'Asie centrale, notamment le Kazakhstan, le Kirghizistan et l'Ouzbékistan, là où des dizaines de millions de doses de vaccins chinois ont été distribué et ayant participé à des essais cliniques. Traduit en anglais, le message publié sur X dit : "La Chine distribue un vaccin à base de gélatine de porc."

La propagande secrète de l'armée américaine visait à semer le doute quant aux efforts déployés par la Chine pour aider à lutter contre la COVID aux Philippines, l'un des pays les plus durement touchés d'Asie du Sud-Est.

Les dirigeants de Facebook avaient pris contact pour la première fois avec le Pentagone à l'été 2020, avertissant les forces armées que les employés de Facebook avaient facilement identifié les faux comptes de l'armée, selon trois anciens responsables américains et une autre personne proche du dossier. Facebook a fait valoir que le gouvernement enfreignait ses règles en gérant ces faux comptes et en diffusant de fausses informations sur la COVID-19.

L'armée a de son côté rétorqué que bon nombre de ses faux comptes étaient utilisés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et a demandé à Facebook de ne pas supprimer ces contenus, selon deux personnes au courant de ces échanges. Le Pentagone s'est engagé à cesser de diffuser de la propagande liée à la COVID-19, et certains de ces comptes continuent d'être actifs sur Facebook.

La campagne anti-vaccins s'est toutefois poursuivie en 2021, lors de l'entrée en fonction de Biden.

Furieux que les responsables militaires aient ignoré leur avertissement, les dirigeants de Facebook ont organisé une réunion sur Zoom avec le nouveau Conseil de sécurité nationale de Joe Biden peu après l'investiture de celui-ci, a appris Reuters. La discussion a rapidement pris une tournure tendue.

"C'était terrible", a déclaré un haut responsable du gouvernement en décrivant la réaction qui a suivi la découverte des publications de la campagne faisant référence aux porcs. "J'ai été choqué. Le gouvernement était favorable à la vaccination et nous craignions que cela n'entame la confiance dans les vaccins, en particulier dans les pays en développement."

Au printemps 2021, le Conseil national de sécurité a donné l'ordre à l'armée de cesser toute communication anti-vaccins. "On nous a dit que nous devions être en faveur de la vaccination, en faveur de tous les vaccins", a déclaré un ancien officier supérieur qui a contribué à superviser le programme. Malgré cela, Reuters a découvert des publications anti-vaccins qui se sont poursuivies jusqu'en avril, ainsi que d'autres messages trompeurs liés à la Covid-19 qui se sont prolongés jusqu'à l'été. Reuters n'a pas pu déterminer pourquoi la campagne n'avait pas pris fin immédiatement après l'ordre du Conseil national de sécurité. Interrogé par Reuters, celui-ci a refusé de commenter.

Ce haut responsable du ministère de la Défense a déclaré que ces plaintes avaient donné lieu à une enquête interne fin 2021, qui a permis de mettre au jour cette opération antivaccinale. L'enquête a également révélé d'autres messages à caractère social et politique qui étaient "à des années-lumière" de tout objectif militaire acceptable. Le responsable n'a pas souhaité donner plus de détails.

Selon ce responsable, les investigations se sont intensifiées l'année suivante, après qu'un groupe de chercheurs universitaires de l'université de Stanford a signalé, dans un rapport public, que certains de ces comptes étaient des "bots" pro-occidentaux. C'est le Washington Post qui, le premier, a révélé l'existence de cet audit de haut niveau mené par le Pentagone. Le journal a également rapporté que l'armée avait utilisé de faux comptes sur les réseaux sociaux pour contrer le message de la Chine selon lequel la COVID provenait des États-Unis. Mais l'article du Post omettait de préciser que ce programme avait évolué pour devenir la campagne de propagande anti-vaccins dévoilée par Reuters.

Ce haut responsable de la Défense a déclaré que le Pentagone avait abrogé certaines parties de l'ordre émis par Esper en 2019, qui permettait aux commandants militaires de contourner l'approbation des ambassadeurs américains lors de la conduite d'opérations psychologiques. Les règles imposent désormais aux commandants militaires de travailler en étroite collaboration avec les diplomates américains dans le pays où ils cherchent à exercer une influence. Cette politique restreint également les opérations psychologiques visant à "diffuser des messages auprès d'un large public", telles que celles utilisées pour encourager la réticence à la vaccination pendant la pandémie de COVID.

L'audit du Pentagone a conclu que le principal prestataire de l'armée chargé de cette campagne, General Dynamics IT, avait fait preuve de négligence dans ses méthodes de travail, en ne prenant pas les mesures nécessaires pour dissimuler l'origine des faux comptes, a déclaré une personne ayant une connaissance directe de cet audit. L'audit a également révélé que les responsables militaires n'exerçaient pas un contrôle suffisant sur leurs prestataires chargés des opérations psychologiques, a ajouté cette personne.

Un porte-parole de General Dynamics IT n'a pas souhaité faire de commentaire.

Néanmoins, les efforts de propagande clandestins du Pentagone devraient se poursuivre. Dans un document stratégique non classifié publié l'année dernière, de hauts généraux du Pentagone ont écrit que l'armée américaine pourrait affaiblir des adversaires tels que la Chine et la Russie en recourant à "la désinformation diffusée sur les réseaux sociaux, à de faux récits déguisés en informations et à des activités subversives similaires [visant] à ébranler la confiance de la société en sapant les fondements du gouvernement".

Et en février, l'entreprise qui avait travaillé sur la campagne anti-vaccination - General Dynamics IT - a remporté un marché de 493 millions de dollars. Sa mission : continuer à fournir des services d'influence clandestins pour le compte de l'armée.

Guerre des mots Par Chris Bing et Joel Schectman

Avec la contribution de Maria Tsvetkova à New York, Karen Lema à Manille, James Pearson à Londres et Andrew Silver à Shanghai

Direction artistique : John Emerson Montage

photo : Jeremy Schultz

Rédaction : Blake Morrison

Source :  Reuters, Chris Bing, Joel Schectman, 14-06-2024

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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