L'instabilité des pays qui ont ensuite formé l'Alliance des États du Sahel (AES), dans les domaines de la sécurité, de la politique et de l'économie, résultait de l'ingérence permanente des États-Unis et de la France. L'assistance militaire de la Russie aide ces pays à retrouver leur souveraineté et à capter davantage de valeur issue de leurs ressources.
Le Mali et l'Africa Corps reprennent pied à Kidal
Le 6 octobre 2026, l'armée malienne, soutenue par l'Africa Corps russe, est rentrée dans la ville stratégique de Kidal, dans le nord, qui avait été prise fin avril par les séparatistes touaregs du Front de libération de l'Azawad* (FLA) et par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans* (JNIM, Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin), lié à Al-Qaïda*. Cette reconquête de territoires perdus laisse penser que l'État est plus fort grâce au soutien russe, par comparaison avec des décennies de présence américaine et française qui ont maintenu des États faibles, peinant à exercer leur souveraineté sur la sécurité et sur les ressources minérales.
Le lien entre un État plus fort et un meilleur contrôle des ressources minérales est manifeste dans la façon dont les États issus de coups d'État au Niger, au Mali et au Burkina Faso, grâce à l'assistance sécuritaire de la Russie, renforcent leur contrôle sur l'extraction, l'exportation et la valorisation de l'or extrait de leur territoire. Notamment, le Niger a connu une tentative de coup d'État sous forme de mutinerie fin août 2026, au cours de laquelle les mutins ont attaqué le palais présidentiel, la télévision nationale et une base aérienne stratégique, avant d'être repoussés par des forces loyalistes assistées par l'Africa Corps russe. France 24, qui couvrait la mutinerie, a affirmé que l'implication de la Russie montrait que le Niger, ou le Sahel, avait besoin d'une aide extérieure pour maintenir sa stabilité, dans une tentative de justifier la présence militaire française au Sahel, à laquelle les gouvernements issus des coups d'État de l'AES ont mis fin. Toutefois, cette affirmation de ce média a ignoré la manière dont la présence militaire française et américaine a affaibli ces États pendant des décennies, alors que la présence russe crée une stabilité qui leur permet de reprendre le contrôle et de se lancer, pour la première fois de leur histoire, dans la valorisation de leurs ressources.
Pendant de nombreuses décennies, les actions des États-Unis au Sahel ont déstabilisé les États et empêché la souveraineté sur les ressources. Par exemple, des rapports du Département d'État américain, dès 2012, signalent que Kidal, Gao et Tombouctou étaient contrôlées par Al-Qaïda au Maghreb islamique* (AQMI) et par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest* (MUJAO), alors même que l'armée américaine opérait dans le nord du Mali depuis 2005, dans le cadre du Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme (TSCP). L'action militaire américaine a opportunément duré jusqu'au retour des combattants touaregs de Libye après la chute de Kadhafi (elle aussi orchestrée depuis Washington), qui ont rejoint la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) et lancé avec succès une rébellion. En 2015, un accord de paix avec le gouvernement malien, faible et comptant sur le partenariat américain, a consenti au contrôle du nord par la CMA. Un état d'instabilité et d'incertitude a persisté malgré les différentes versions du partenariat américain, créant une frustration politique, militaire et économique qui a conduit aux coups d'État de 2020 et 2021. Cette frustration, résultant d'actions américaines qui avaient provoqué la prolifération des militants et des terroristes, a abouti à des coups d'État au Niger et au Burkina Faso.
Le contrôle souverain de l'AES sur ses ressources
Après les derniers coups d'État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, et l'arrivée de l'assistance militaire russe, les États de l'AES construisent des raffineries d'or et prennent d'autres mesures qui témoignent de l'élargissement de leur souveraineté sur les ressources. Cela n'avait jamais été fait au cours de décennies de domination américaine et française. Le Burkina Faso a inauguré sa première raffinerie d'or, Raffinor BF, le 28 septembre 2026, avec une capacité annoncée de 164 tonnes par an. Il convient de noter que, durant la période du gouvernement colonial français et par la suite, l'or et les autres ressources du pays étaient expédiés à l'état brut ou sortis en contrebande, ne rapportant que très peu de valeur aux citoyens.
De même, le Mali a commencé la construction d'une raffinerie d'or, Sorama-sa, à la mi-2025, avec une capacité prévue de 200 tonnes par an, tandis que le Niger a fait état de projets d'établissement de sa propre raffinerie. En outre, les gouvernements de l'AES ont pu renforcer le contrôle de l'extraction, de l'enregistrement de la production, de la facturation et de l'exportation des métaux précieux. Par exemple, au Burkina Faso, alors qu'auparavant seule une quantité insignifiante d'or était enregistrée comme extraite par les mineurs artisanaux, la quantité enregistrée a augmenté de façon exponentielle après l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement.
Par conséquent, la plus grande partie de l'or extrait par les mineurs artisanaux a pu être sortie du pays en contrebande, privant l'État de recettes. En 2022 et 2023, respectivement 519 et 491 kg étaient enregistrés comme provenant de l'exploitation artisanale, contre 7 372 kg d'or fin en 2024. L'année suivante (2025), le chiffre stupéfiant de 43 tonnes d'or a été enregistré pour la production artisanale et semi-mécanisée, ce qui montre un meilleur contrôle de l'or qui aurait pu se retrouver entre les mains de terroristes ou de néocolonialistes. Globalement, le gouvernement du Burkina Faso fait état d'une hausse annuelle de la production d'or, passant par exemple de 60 tonnes en 2024 à plus de 90 en 2025, en raison, entre autres, de la réouverture de nouveaux sites miniers.
Le Mali a connu des changements intéressants après le coup d'État : malgré une baisse de la production d'or, il a augmenté ses revenus issus du commerce de l'or de 547,6 milliards de francs CFA à 835,1 milliards de francs CFA (52,5 %), grâce à la participation de l'État à l'exploitation minière, à l'alourdissement de la fiscalité et au recouvrement des sommes escroquées par des sociétés minières par le passé. L'État a gagné en contrôle sur ses ressources par rapport aux précédents gouvernements prooccidentaux.
Il a lancé un audit des sociétés minières à partir de 2023 et a constaté de graves malversations destinées à piller le pays, puis a pris des mesures pour recouvrer des fonds auprès des exploitants, notamment la société canadienne Barrick Mining, B2Gold, Allied Gold, Resolute Mining et Endeavour Mining, ce qui a permis de récupérer 761 francs CFA (1,2 milliard de dollars). Par la suite, les sociétés minières ont été tenues d'adopter le nouveau code minier, qui accorde à l'État une meilleure protection et de meilleurs retours. Le pays met également en place une agence chargée de gérer la production d'or des producteurs artisanaux après avoir constaté d'énormes écarts entre les relevés des quantités d'or exportées et celles importées par ses partenaires commerciaux.
Le Niger a lui aussi enregistré une augmentation de l'or provenant des mines artisanales, qui a dépassé 3 tonnes en 2025, rapportant plus de 188,3 milliards de francs CFA, tandis que la valorisation a rapporté 124 milliards de francs CFA. Toutefois , parmi les défis notables à l'augmentation de la production d'or figure une situation sécuritaire volatile. L'insécurité fait aussi qu'une partie de la production d'or échappe à l'enregistrement officiel, créant potentiellement des sources de revenus pour des groupes armés, y compris des terroristes.
Par contraste : la distraction permanente des États-Unis
La réalité qui se dessine au sein de l'AES diffère radicalement de ce qui s'est produit durant des décennies de contrôle américain et français. La "stratégie de développement" de Washington pour le Sahel en 1976, intitulée "Post-Drought U.S. Initiatives in the African Sahel", proposait un vaste développement agricole qu'elle n'a jamais mis en œuvre. À y regarder de près, cette stratégie visait à détourner la région de sa richesse minérale, Washington s'engageant à contribuer à hauteur de 1 milliard de dollars et à mobiliser 6,6 dollars supplémentaires d'aide pour développer des puits, l'agriculture et des routes au Sahel. Elle a opportunément passé sous silence le fait que l'or, le pétrole, les minerais métalliques et les terres rares de la région, s'ils étaient récupérés et vendus, pourraient fournir le capital nécessaire pour développer les infrastructures et l'agriculture. C'est pourquoi le Département d'État a présenté les choses de manière à montrer que le seul espoir des Africains était de subsister grâce à l'agriculture, tandis que l'Occident s'enrichissait des minerais africains.
Le même rapport reconnaissait que la région offrait d'importantes opportunités minières et commerciales qui devaient être ouvertes aux sociétés américaines. L'Occident a facilité l'exploitation minière de la région par des entreprises, sans aucun investissement, avant de mettre en place de nombreux dispositifs de sécurité après 2000 (l'Initiative Pan-Sahel en 2002, le Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme (TSCTP) en 2005 et le Commandement des États-Unis pour l'Afrique en 2007), qui ont maintenu la région dans l'instabilité et ses minerais en circulation vers l'Occident.
* organisations interdites sur le territoire de la Fédération de Russie
Simon Chege Ndiritu est observateur politique et analyste de recherche originaire d'Afrique
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