Ramona Wadi, 13 octobre 2026. - Rien n'illustre mieux l'hypocrisie que l'ONU commémorant ses propres échecs. Dans un communiqué de presse intitulé "Un an après l'annonce du cessez-le-feu, les tueries se poursuivent à travers Gaza", le Bureau du Coordonnateur spécial adjoint, Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire de l'ONU exprime sa prétendue inquiétude "face à la persistance de crimes au regard du droit international, y compris des crimes de guerre".
C'est ce à quoi il fallait s'attendre lorsque, au lieu de mettre fin au génocide, un cessez-le-feu est annoncé si tardivement qu'il n'a aucune valeur, si ce n'est dans la rhétorique internationale. Depuis ce soi-disant cessez-le-feu qui n'a servi qu'à offrir à la communauté internationale un répit face à l'indignation mondiale suscitée par le génocide en cours perpétré par Israël à Gaza, plus de 1.400 Palestiniens ont été tués, dont 1.076 ont été identifiés par le personnel de l'ONU. Le communiqué note également qu'Israël a tué plus de 20.000 enfants palestiniens à Gaza depuis le 7 octobre 2023.
"Cette tendance suscite de vives inquiétudes quant au fait qu'Israël dirige des attaques contre des civils ne participant pas directement aux hostilités, ce qui constitue un crime de guerre", indique notamment le communiqué. Cette tendance suscite-t-elle vraiment des inquiétudes aujourd'hui ? Les diplomates et le personnel de l'ONU n'ont-ils pas vu des enfants déchiquetés, décapités par des bombes ou brûlés vifs avant de commémorer ce premier cessez-le-feu purement rhétorique ? Ou bien l'ONU tente-t-elle de faire paraître les crimes de guerre israéliens commis depuis le cessez-le-feu plus graves que ceux perpétrés durant le génocide ?
Tous les crimes de guerre sont des crimes de guerre. Seule l'ONU se plaît à faire des distinctions fondées sur des périodes temporelles, car ces dernières servent des objectifs bureaucratiques.
Depuis ce cessez-le-feu largement salué par la communauté internationale, alors même que les Palestiniens continuent de souffrir sous les bombes israéliennes, la forme de génocide plus lente choisie par Israël ne fait plus constamment la une de l'actualité. Les informations se sont transformées en simples mises à jour. Les Palestiniens ont été déplacés de force à maintes reprises. Au lieu de contraindre Israël à mettre fin à son occupation militaire de Gaza, on assiste passivement à l'empiètement progressif d'Israël, qui atteint la zone visée représentant 70 % du territoire de Gaza, comme l'avait déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. L'ONU poursuivra sans aucun doute son observation passive alors qu'Israël occupe 80 % de Gaza, étant donné que les responsables israéliens ont déjà déclaré qu'il n'y aurait pas de retrait.
L'issue effroyable que redoutent les Palestiniens est peu évoquée par l'ONU : où vivront-ils ? L'ONU finira-t-elle par céder au prétendu plan de "libre circulation" d'Israël ? Que fera l'ONU lorsqu'elle réalisera qu'en ne stoppant pas le génocide perpétré par Israël, elle a laissé les Palestiniens sans aucun endroit où aller ?
Mais c'était là le plan depuis le début, depuis 1947. Ce qui donne lieu à une autre commémoration empreinte d'hypocrisie : en novembre, l'ONU célèbre la solidarité avec les Palestiniens le jour même où elle a permis au mouvement colonial sioniste de s'implanter en Palestine, sur des terres volées. Des décennies après le début des premières luttes anticoloniales pour la libération, l'ONU continue de protéger ses racines coloniales tout en invoquant le droit international, les droits humains, les Objectifs de développement durable, les résolutions non contraignantes et l'illusion de l'espoir. Un an après le cessez-le-feu, l'ONU ne devrait pas se contenter d'observer la poursuite des crimes de guerre israéliens ; elle devrait s'interroger sur sa propre existence et sur sa complicité avec le colonialisme.
Ceux qui se trouvent du bon côté de l'histoire n'ont pas besoin d'anniversaires pour voir le colonialisme tel qu'il est réellement.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR
