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Les médias devraient boycotter Israël. Voici pourquoi

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par Philip Weiss

Israël tente de dissimuler ses crimes en interdisant aux journalistes internationaux d'entrer à Gaza. Nous devons rejeter ce système d'accès fondé sur l'apartheid.

Il a été inspirant de voir les cinq chaînes qui assurent à tour de rôle la couverture télévisée de la Maison Blanche (ABC, CBS, CNN, Fox et NBC) boycotter l'institution après que Trump a interdit à CNN, MSNBC et Politico d'accéder à la présidence. Ces chaînes ont toutes affirmé que le principe de la liberté d'expression primait sur la nécessité de couvrir la moindre déclaration de Trump. Par solidarité, elles ont donc décidé de priver le président de son "oxygène" : l'accès aux caméras. De toute façon, elles ne perdaient pas grand-chose, car d'autres continuaient de filmer le président et elles pouvaient diffuser ces images si l'actualité le justifiait.

La presse doit faire preuve de la même fermeté concernant Gaza. Depuis trois ans, Israël empêche la presse internationale d'entrer à Gaza, alors que cette puissance régionale inflige génocide, famine et nettoyage ethnique à un territoire de la taille de Philadelphie.

Les grands médias doivent boycotter Israël tant que le pays n'autorisera pas une couverture internationale de la bande de Gaza martyrisée. Ils devraient rappeler leurs reporters basés en Israël jusqu'à ce que l'accès soit équitable.

De nombreux médias de premier plan ont des reporters en poste à Jérusalem ou à Tel-Aviv, où ils mènent une vie confortable et sans entraves. La BBC, le New York Times, le Washington Post et NPR diffusent régulièrement des reportages de ces correspondants. Pas plus tard qu'hier, Raf Sanchez, de NBC,  a couvert les attaques contre l'aéroport de Riyad depuis Tel-Aviv.

Il en résulte un parti pris inconscient : des reportages qui présentent Israël comme une démocratie solide, certes imparfaite. Par exemple, le  New York Times couvre régulièrement les prochaines élections israéliennes sans jamais - ou presque - mentionner l'interdiction raciste imposée par les partis juifs de former des coalitions gouvernementales avec des partis arabes.  NPR fait de même. Tous ces médias publient des reportages à caractère humain depuis Israël, y compris sur des avancées scientifiques.

En revanche, les deux millions d'habitants de Gaza sont totalement inaccessibles. Certes, les journalistes gazaouis ont informé le monde entier du génocide au cours des trois dernières années. Certes, ils ont fait preuve d'un professionnalisme et d'un courage incroyables, alors même qu'Israël a tué des centaines de  journalistes à Gaza.

Mais pour tout sujet important, il est nécessaire de recueillir divers points de vue. On ne peut qu'imaginer l'impact qu'aurait l'autorisation d'accès à Gaza pour les journalistes internationaux sur la couverture médiatique. Chaque journaliste gazaoui est traumatisé et a été confronté à la mort et au déplacement au sein de sa propre famille. La plupart d'entre eux n'ont jamais quitté cette minuscule bande de terre de toute leur vie. Comment notre perspective évoluerait-elle si des journalistes privilégiés, non exposés aux menaces, étaient autorisés à couvrir la situation à Gaza ? Cela changerait la donne. Ces reporters verraient l'horreur de leurs propres yeux, à travers leur propre prisme (celui d'une vie confortable). Ils relayeraient leur choc tout en exposant le contexte international des actions d'Israël. Leur présence contribuerait également à protéger les journalistes gazaouis.

Pour ma part, je n'oublierai jamais mon entrée à Gaza en 2009, après l'opération "Plomb durci", et la vision de la destruction totale des laboratoires et des salles de classe de l'Université islamique : un crime contre la civilisation.

En l'état actuel des choses, Israël tente de dissimuler ses crimes. Or, les médias ont accepté le système d'accès instauré par Israël, qui s'apparente à un régime d'apartheid. S'ils boycottaient Israël - comme Fox, CBS, ABC et NBC boycottent la Maison Blanche en réaction au décret haineux de Trump -, l'effet serait immédiat. La politique raciste d'Israël serait mise en pleine lumière et vouée aux gémonies sur la scène internationale. Les dirigeants israéliens crieraient à l'isolement et subiraient une pression réelle pour changer de cap.

Un accès à Gaza inciterait davantage les responsables politiques et les journalistes américains à reconnaître qu'Israël est un État d'apartheid ayant commis un génocide, comme l'ont affirmé la lauréate du prix Nobel de la paix Navi Pillay et d'innombrables autres experts des droits humains. Récemment, j'ai entendu deux figures intellectuelles - David Remnick, du New Yorker, et Brian Lehrer, de WNYC - affirmer que l'accusation de "génocide" relevait de la rhétorique de l'aile gauche du Parti démocrate. Si les reporters américains entraient et sortaient régulièrement de Gaza pour interroger, sous des tentes, des personnes dont les familles ont été décimées par Israël, le qualificatif de génocide deviendrait indéniable ; il s'imposerait aux États-Unis avec la même évidence que lors d'autres épisodes historiques de massacres de masse, tels que le traitement des Rohingyas par le Myanmar ou celui des musulmans par les Serbes de Bosnie.

Dans la situation actuelle, les Palestiniens sont déshumanisés, tandis que les Israéliens - au sein desquels les reporters sont intégrés - sont humanisés. Ainsi, notre presse banalise le système ségrégationniste de Jim Crow.

Cette interdiction sert également un objectif politique en Israël : elle évite aux Israéliens de devoir reconnaître l'ampleur de leurs actes à Gaza (selon un intervenant de  l'organisation J Street).

On pourrait objecter que les Américains ont besoin de la presse internationale en Israël pour mettre en lumière la persécution des Palestiniens et les violences commises par les colons en Cisjordanie. C'est exact : nous avons besoin de cette visibilité. Pour autant, nous ne manquerions pas d'informations. De nombreuses vidéos en provenance de Cisjordanie sont diffusées, réalisées aussi bien par des Palestiniens que par certains Israéliens. Par ailleurs, de nombreux journalistes israéliens couvrent les prochaines élections. Israël devrait toutefois être soumis aux mêmes règles que celles qu'il impose à Gaza. L'interdiction faite aux journalistes est grotesque, odieuse et discriminatoire ; elle est caractéristique d'une gouvernance autoritaire. La presse internationale devrait rejeter cette discrimination avec la même vigueur que celle avec laquelle elle rejette l'interdiction imposée par Trump.

source :  Mondoweiss via  Marie Claire Tellier

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