
L'avenir est-il nexialiste?
La science-fiction a toujours laissé des indices nous permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Duarte Branquinho
Source: breviario.substack.com
J'ai récemment découvert, sur Internet, que certaines personnes se qualifient de nexialistes, qu'elles se forment à cette discipline et qu'elles y voient la réponse qui nous permettra d'affronter le meilleur des mondes que nous annonce le progrès technique.

Le terme a été forgé par l'auteur de science-fiction A. E. van Vogt dans son œuvre The Voyage of the Space Beagle, publiée en 1950. Dans l'édition portugaise, l'inspiration darwinienne manifeste du titre s'est perdue. La traduction de la collection Argonauta, publiée en 1954, s'intitulait Missão Interplanetária ("Mission interplanétaire"), car elle avait été réalisée à partir de l'édition américaine de 1952, rebaptisée Mission: Interplanetary, et le vaisseau y reçut le nom de Galgo do Espaço ("Lévrier de l'espace").
Le livre raconte le voyage du Space Beagle, dont la mission consiste à explorer les confins de l'espace et à entrer en contact avec des formes de vie extraterrestres. À son bord se trouvent des centaines de scientifiques représentant les spécialités les plus diverses, ainsi que des militaires. Mais, au sein de cet équipage, Elliott Grosvenor se distingue: il est l'unique nexialiste, chargé d'établir des liens entre différents domaines afin de parvenir à résoudre des problèmes complexes, notamment lorsqu'il s'agit de traiter avec des êtres extraterrestres.
Dans cet univers imaginaire, le nexialisme est la science qui a pour objectif de coordonner les éléments d'un domaine de la connaissance avec ceux d'autres domaines, en offrant des moyens d'accélérer le processus d'assimilation des connaissances et d'utiliser efficacement ce qui a été appris.
Au début, Elliott était regardé avec mépris par les spécialistes, "soit parce qu'ils ne comprenaient pas ce qu'était le nexialisme, soit parce qu'ils ne tenaient même pas à le savoir". Mais il était décidé à remédier à cette situation lorsque le moment opportun se présenterait...

Le livre, qui a inspiré aussi bien la série télévisée Star Trek que le film Alien, fait l'éloge de ce savoir holistique appliqué, nécessaire pour relier des connaissances fragmentées en spécialités, ainsi que de la coopération au sein de la société, par opposition à l'individualisme.
La première fois que j'ai entendu le terme "nexialiste" appliqué à quelqu'un, ce fut de la bouche d'António Marques Bessa, maître et ami qui me manque profondément, et qui connaissait la science-fiction comme personne d'autre, l'intégrant à ses recherches et à ses cours. Selon lui, les derniers grands nexialistes européens étaient Raymond Aron, Georges Dumézil, Ernst Jünger, Carl Gustav Jung, Karl Popper, Konrad Lorenz et André Malraux. Il estimait qu'il s'agissait là d'"une génération qui s'est éteinte, qui a fait tout ce qu'elle a pu avec une polyvalence et une intelligence que nous ne pouvons qu'admirer". Je retrouve dans cette liste nombre de mes auteurs de prédilection, et il est irrésistible de lui donner raison.
Mais le nexialisme constitue-t-il réellement une solution pour relever les défis de l'avenir ? Afin d'éviter les réinterprétations et les récupérations commerciales, je m'en tiendrai à l'œuvre de van Vogt. Ainsi, ce concept peut et doit servir de source d'inspiration, tout en constituant également une critique d'un savoir trop spécialisé et coupé du monde dans lequel il s'inscrit naturellement.
Cependant, face à l'immédiateté ignorante à laquelle nous assistons aujourd'hui, le nexialisme est important en ce qu'il nous rappelle que l'intelligence est précisément la capacité à relier entre eux des concepts, des idées et des informations qui semblent sans rapport. Le nexialisme n'est donc rien d'autre que la mise en pratique de l'intelligence.
Publié dans Sol.