📚 16/10/2026 ismfrance.org  11min ⁑️ 5 #330117

Promesses non tenues des États-Unis, détermination de l'Iran et jeu dangereux autour du détroit d'Ormuz

Ranjan Solomon, 14 octobre 2026. - La récente impasse diplomatique concernant le détroit d'Ormuz met en lumière le problème central de la confrontation entre les États-Unis et l'Iran : Washington souhaite obtenir des concessions de la part de l'Iran, tandis que Téhéran exige des engagements clairs, des garanties crédibles et la fin de ce qu'il perçoit comme une dynamique de pressions, d'exigences changeantes et de confiance rompue.

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15 octobre 2026.- L'Iran quitte la salle lors de l'intervention du président israélien à un sommet sur la sécurité en Azerbaïdjan. La Turquie, le Pakistan, le Koweït et la Palestine se sont joints à cette protestation, tandis que le Qatar, Bahreïn et les Émirats arabes unis sont restés sur place, selon  Ynet. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a exigé l'expulsion d'Israël de l'OCS, qualifiant le pays de "plus grande source d'instabilité" en Asie occidentale. (capture d'écran de la vidéo pubié sur le  compte X de Ryan Rozbiani)

Le 11 octobre 2026, le responsable iranien de la sécurité, Mohsen Rezaei, a qualifié d'insuffisante la réponse américaine aux sept conditions posées par l'Iran pour la réouverture du détroit d'Ormuz. Téhéran affirme que Washington a accepté certaines conditions tout en laissant d'autres dans le flou. Les deux parties sont également en désaccord sur l'ordre de mise en œuvre : faut-il traiter la question du programme nucléaire iranien dès le départ, ou la priorité immédiate doit-elle être le rétablissement de la sécurité maritime et la résolution du conflit ? Le Qatar a joué le rôle d'intermédiaire dans ces négociations. Il ne s'agit pas de désaccords techniques mineurs ; ils touchent au cœur même de la question de savoir si chaque camp croit que l'autre respectera un éventuel accord.

C'est précisément pour cette raison que les assurances de Washington ne suffisent plus à Téhéran.

Du point de vue de l'Iran, quelle valeur accorder à une nouvelle promesse diplomatique si les termes restent ambigus, si les exigences ne cessent d'évoluer ou si la pression militaire se poursuit alors même que des négociations sont censées être en cours ? On ne peut attendre d'un pays qu'il consente à des concessions stratégiques majeures simplement parce qu'un adversaire puissant affirme qu'un accord est possible.

La crédibilité doit se démontrer par des engagements précis, une mise en œuvre vérifiable et des garanties qui ne peuvent être écartées à la légère au gré des changements de conjoncture politique.

L'enjeu fondamental ne se résume pas à la réouverture du détroit. Il s'agit de savoir si les États-Unis attendent de l'Iran qu'il négocie d'égal à égal, en tant que partie ayant des préoccupations légitimes en matière de sécurité, ou qu'il négocie sous la contrainte jusqu'à accepter les conditions privilégiées par Washington.

Depuis des années, Washington mise sur les sanctions, les déploiements militaires, le levier diplomatique et la menace d'une escalade pour influencer les décisions de l'Iran. Si les États-Unis considèrent ces mesures comme des instruments de sécurité nationale, Téhéran y voit la preuve que les négociations peuvent se transformer en un nouveau terrain de coercition. Cette perception ne peut être ignorée si Washington souhaite véritablement parvenir à un règlement durable.

On ne peut exiger la confiance tout en refusant d'aborder les raisons pour lesquelles celle-ci s'est effondrée. On ne peut prôner la diplomatie tout en laissant craindre à l'autre partie que les concessions d'aujourd'hui ne se transforment en vulnérabilités demain.

Le refus de l'Iran d'accepter une réponse insuffisante signifie donc que les négociations doivent une réelle substance.

Téhéran fait savoir qu'il ne troquera pas automatiquement ses leviers stratégiques contre de vagues assurances. Que l'on approuve ou non la politique de l'Iran, le principe fondamental est clair : un accord doit comporter des obligations pour les deux parties, et non se traduire par des concessions pour l'une et une liberté d'action pour l'autre.

L'Iran fait également preuve d'une certaine assurance stratégique. Il rejette l'idée selon laquelle la puissance militaire et économique américaine conférerait automatiquement à Washington le droit d'en dicter l'issue. Sa position est que sa sécurité, sa souveraineté et ses intérêts nationaux doivent être pris en compte pour qu'un règlement puisse être jugé crédible. Cette assurance ne garantit pas que l'Iran sortira vainqueur de chaque confrontation, pas plus qu'elle n'élimine les risques économiques et militaires considérables auxquels il est exposé. Elle démontre toutefois que la pression, à elle seule, n'a pas permis d'obtenir l'issue diplomatique recherchée par Washington.

Le détroit d'Ormuz : là où réside le véritable levier d'action

Le détroit d'Ormuz n'est pas une voie maritime ordinaire. Avant le conflit actuel, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transitait par ce point de passage stratégique. Une perturbation prolongée peut affecter les cours du brut, les assurances maritimes, les coûts de transport, l'inflation ainsi que les économies de pays très éloignés du théâtre des opérations.

Cette réalité confère à cette confrontation des conséquences qui dépassent largement le cadre de Washington et de Téhéran. Les nations importatrices d'énergie, en particulier celles déjà vulnérables à la hausse des prix des carburants, ont toutes les raisons d'exiger une solution diplomatique sérieuse.

Toutefois, une distinction importante s'impose : disposer d'un levier d'action ne signifie pas pour autant remporter la victoire. Les restrictions imposées au trafic maritime peuvent engendrer des coûts pour les États-Unis et leurs partenaires, mais elles peuvent aussi nuire à l'Iran, aux pays voisins, au transport maritime commercial et aux populations du monde entier. L'issue diplomatique la plus solide consisterait à transformer ce levier dangereux en dispositifs de sécurité contraignants, plutôt que de laisser l'économie mondiale otage d'une escalade des tensions.

Washington doit donc déterminer si son objectif est de parvenir à un accord durable ou de donner l'impression d'avoir contraint l'Iran à la soumission. Il s'agit là de deux issues bien différentes.

Le rôle d'Israël : pression stratégique ou jeu d'enfant ?

Israël est indissociable de cette crise. Selon Reuters, le conflit a débuté le 28 février 2026 par des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran. L'affrontement qui en a résulté a placé la question des garanties de sécurité au cœur des calculs de Téhéran.

Du point de vue de Téhéran, il y a peu de raisons de faire confiance à un processus diplomatique si l'escalade militaire reste une possibilité alors même que les négociations se poursuivent. L'Iran est en droit de se demander si un accord conclu avec Washington survivrait à un changement de stratégie, à de nouvelles attaques ou aux pressions exercées par des alliés régionaux.

C'est précisément là que l'approche d'Israël mérite un examen attentif.

Si les dirigeants israéliens pensent que des frappes militaires répétées, des menaces et des pressions peuvent résoudre durablement un conflit stratégique avec un adversaire régional majeur, cette hypothèse risque de se transformer en une dangereuse illusion politique. Les opérations militaires tactiques ne sauraient se substituer à un règlement politique pérenne. La destruction d'infrastructures n'élimine pas automatiquement la résistance politique, et la démonstration de capacités militaires ne garantit pas que l'adversaire acceptera les conditions imposées par le vainqueur.

Qualifier une telle stratégie de "jeu d'enfant" constitue une critique politique virulente d'une approche qui confond coercition et résolution de conflit. Une véritable action politique d'État exige davantage que de simples menaces, une posture militaire et l'espoir qu'un adversaire finira par renoncer à ses intérêts.

Israël a ses propres préoccupations en matière de sécurité, notamment concernant le programme nucléaire iranien et les capacités militaires régionales de l'Iran. Ces préoccupations ne peuvent être balayées d'un revers de main. Toutefois, elles ne sauraient justifier un cycle sans fin où l'escalade militaire engendre de nouveaux griefs, de nouvelles menaces et de nouveaux obstacles à la diplomatie.

Si Washington et Israël aspirent à un Moyen-Orient plus sûr, ils doivent reconnaître que la sécurité ne peut reposer indéfiniment sur l'hypothèse que l'Iran finira par céder sous la pression.

Les États-Unis doivent faire face à une crise de crédibilité

Le problème de fond est celui de la crédibilité. Les critiques de la politique étrangère américaine invoquent les différends passés concernant les accords internationaux, les sanctions et le recours à la force militaire pour mettre en doute la pérennité des engagements des États-Unis. Ces critiques doivent être examinées au cas par cas, plutôt que de considérer toute allégation de trahison comme étant d'emblée avérée. Néanmoins, l'impasse actuelle démontre que les simples assurances ne suffisent pas lorsque les parties sont en désaccord sur les obligations, le calendrier de mise en œuvre et le risque de reprise du conflit.

Washington ne peut s'attendre à ce que l'Iran accepte un accord dont les dispositions clés restent floues. Il ne peut pas non plus espérer que Téhéran considère les négociations comme étant déconnectées des menaces militaires, alors même que le conflit a, à maintes reprises, compromis les avancées diplomatiques.

Si les États-Unis souhaitent réellement démontrer que leur parole a du poids, ils doivent formuler des engagements explicites, établir un calendrier vérifiable, clarifier les obligations réciproques des deux parties et définir des mécanismes pour résoudre les cas de violations présumées. Ces mesures n'imposeraient pas à Washington de renoncer à ses intérêts en matière de sécurité. Elles exigeraient toutefois de démontrer que la diplomatie est bien plus qu'un instrument temporaire destiné à obtenir des concessions.

La même exigence doit s'appliquer à l'Iran. Téhéran doit également clarifier ses obligations, répondre aux préoccupations légitimes en matière de sécurité maritime et reconnaître qu'un règlement durable nécessite de garantir la sécurité de la navigation commerciale ainsi que la stabilité régionale. Un accord ne peut perdurer si l'une ou l'autre des parties considère le respect de ses engagements comme facultatif.

Le message ultime

L'Iran fait savoir à Washington que l'époque où l'on pouvait escompter des concessions automatiques en échange de promesses ambiguës est révolue. La question de savoir si Téhéran pourra maintenir sa position face à une pression économique et militaire constante reste entière. Toutefois, l'impasse actuelle met en lumière une réalité incontestable : aucune des deux puissances n'a encore instauré la confiance nécessaire à un règlement durable.

Les États-Unis disposent d'immenses ressources militaires, financières et diplomatiques. Mais la puissance a ses limites. Les sanctions ne peuvent susciter la confiance. Les menaces ne peuvent garantir une soumission politique. La supériorité militaire ne saurait, à elle seule, engendrer une paix légitime et pérenne.

De son côté, l'Iran doit comprendre que la force d'une nation ne se mesure pas uniquement à sa capacité de résistance, mais aussi à son aptitude à transformer son pouvoir de négociation en acquis concrets et durables. Sa confiance sera d'autant plus justifiée qu'il parviendra à obtenir des engagements contraignants, tout en évitant un conflit de plus grande ampleur qui nuirait à sa propre population ainsi qu'à l'ensemble de la région.

Israël doit, lui aussi, prendre la mesure des limites d'une stratégie fondée essentiellement sur la pression militaire. Aucun pays ne peut espérer instaurer une stabilité régionale durable par la seule voie des bombardements, tout en ignorant les facteurs politiques qui alimentent le conflit.

Le monde n'a pas besoin d'une nouvelle série de déclarations, de menaces et de diplomatie de façade. Il a besoin d'engagements vérifiables, d'obligations s'appliquant à tous et d'un règlement qui ne puisse être balayé au gré des changements de calculs politiques.

Si Washington souhaite que l'Iran se fie à sa parole, il doit prouver que celle-ci mérite cette confiance. Si Israël aspire à une sécurité durable, il doit reconnaître que l'escalade perpétuelle ne saurait se substituer à une solution politique. Enfin, si l'Iran veut que sa puissance stratégique se traduise par un succès durable, il doit user de son levier d'action pour rechercher un règlement qui préserve sa souveraineté sans compromettre la stabilité régionale.

Le détroit d'Ormuz constitue le point de tension immédiat. La crise de confiance en est le fondement. Tant que cette crise ne sera pas traitée avec franchise, chaque nouvelle proposition risquera de se transformer en un simple échange d'exigences, en une occasion manquée de plus, et en un nouvel avertissement : des millions de personnes qui n'ont jamais choisi cette confrontation paieront le prix d'une diplomatie infructueuse.

Article original en anglais sur  Middle East Monitor / Traduction MR



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Au sujet de l'auteur

Le Dr Ranjan Solomon est engagé dans les mouvements pour la justice sociale depuis l'âge de 19 ans. Après 58 années consacrées à travailler auprès de groupes opprimés et marginalisés à l'échelle locale, nationale et internationale, il exerce désormais en tant que chercheur et rédacteur indépendant, se concentrant sur les enjeux de justice, tant à l'échelle mondiale que locale ou nationale. Depuis la Première Intifada en 1987, Ranjan Solomon témoigne d'une solidarité constante envers la lutte palestinienne pour s'affranchir de l'occupation israélienne et du cruel système d'apartheid. Il a pris l'initiative de créer des groupes de solidarité en Inde, au sein de l'alliance afro-asiatique-pacifique, ainsi qu'à l'échelle mondiale. Ranjan Solomon peut être contacté à l'adresse suivante : ranjan.solomon@gmail.com

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