
par Jean-Noël Thimonier
En 1905 à la demande de l'État français, messieurs Binet et Simon conçoivent l'un des premiers tests d'intelligence, ce que l'on désigne aujourd'hui par Q.I. : le quotient intellectuel.
Alors que celui-ci évaluait aussi bien la logique que la créativité, cette dernière composante a rapidement disparu, car l'école cherchait surtout à prédire la capacité des élèves à résoudre des problèmes bien définis dans un temps limité.
Il est bon ici de se remettre dans le contexte de l'époque. Historiquement les débuts 1900 furent sujets à moult tribulations, entre l'arrivée de la TSF (la radio), de l'aéroplane, de l'automobile... tout cela sur fond de tensions politiques internationales non résolues, un réarmement compulsif, pour en arriver tragiquement à 1914. En somme, une ambiance nettement favorable à la performance plutôt qu'à la qualité, qui elle demande du temps pour évaluer et comprendre, sachant que le temps, c'est de l'argent, n'est-il pas ! Héritage sans doute également, d'une certaine façon de penser de l'époque, celle qui a accouchée de l'école gratuite et obligatoire de Jules Ferry (1881) ayant pour objectif d'enrôler la jeunesse dans ses conquêtes tant coloniales qu'industrielles. Qu'on ne s'y trompe pas, les puissances de l'argent y virent là tout l'intérêt que l'on peut tirer de la sélection par la performance intellectuelle au service de la croissance économique, celle des industries, des sciences et au-dessus, de la haute "phinance" au service du profit maximum. N'oublions pas que c'est en 1913 que la mafia bancaire anglo-saxonne - la FED - a officiellement commencé à prendre possession du patrimoine mondial grâce à la création du dollar. Pendant ce temps-là en France, l'État lui-même y voit là des fonctionnaires et des soldats qui agissent plus vite qu'ils ne phosphorent sur les conséquences.
Ainsi fait au XXe siècle, l'intelligence mesurée s'est réduite aux seules composantes de la performance logique. Pour les ceusses qui pensent argent, ils en sont même arrivés à évaluer l'intelligence d'un sujet, par sa capacité à l'enrichissement personnel. Effectivement, aveuglement libéral oblige, il est facile de gagner beaucoup d'argent quand on est pas trop bête !
Rappelons ce qu'est le Q.I. : un test psychométrique qui fait consensus (... ?) autour des travaux du psychologue US David Wechsler (1939), établissant une moyenne obtenue à partir de différents sous-tests évaluant des compétences cognitives. On y trouve : compréhension verbale, raisonnement logique, calcul, mémoire de travail, vitesse de traitement ou encore capacités visuo-spatiales.
Bigre ! est-ce que l'on n'y verrait pas là toutes les composantes essentielles : cognition, écoute, calcul, mémoire, vitesse... constituant une machine qui calcule et met en ordre ?... que l'on nomme aujourd'hui ordinateur. Et de là à en déduire une suite logique surnommée : IA ?
Exit donc la part du sensible : intuition, inspiration, idéation, créativité, empathie... La science elle-même, n'est-elle pas née de l'intuition, de l'expérience vivante au moins autant que du raisonnement. La science fait du sens, de la conscience, de la compréhension des phénomènes, c'est-à-dire : les origines, les causes y compris les conséquences. La science n'est-elle pas le mariage de ces deux pans de l'intelligence - qui en l'occurrence - permettent de remettre en question le savoir en permanence ?
On peut comprendre aisément que vu sous cet angle, les créatifs ont cette capacité intuitive de prendre le recul nécessaire, car le temps ce n'est pas de l'argent mais du temps de vie, or la Vie c'est l'intelligence à l'état ultime dans toutes ses dimensions et notamment empathique. Le temps en substance, c'est la capacité d'étudier, c'est-à-dire comparer évaluer analyser en conscience, or les "étudiants" ont-ils réellement le temps d'étudier ? Oyez braves gens, il faut apprendre vite, "vous comprendrez plus tard, il y a urgence, la concurrence, la guerre et les impératifs de production n'attendent pas"... La dictature de l'immédiateté, le panurgisme et ses moutons du même nom ont fait le reste : une seconde GM plus tard, des dizaines millions de victimes et on trouve une entreprise new-yorkaise appelée IBM, à l'origine en 1933 du fichage politique de masse, un chimiste, un certain Alan Turing et la pensée calculable, puis vers 1977, cette arme d'écoute mondiale Darpanet - l'Internet aujourd'hui - la toile neuronale du génie globaliste, destinée au néo-savoir populaire, infusé par le mode de pensée sauce IA.
Toutefois on est en droit de se poser la question de fond, les "étudiants" peuvent-ils réellement étudier ? À voir, peut-être que oui en fin de cursus lorsqu'ils travaillent sur leur mémoire ou leur thèse. Il est quand même nécessaire de relativiser, leur directeur de thèse a-t-il lui-même toute liberté... d'autant sur les sujets sensibles qui pourraient nuire au système. Un vieil universitaire retraité m'avait confié un jour : "on commence par consacrer vingt ans de sa vie au savoir et les quarante derniers à tenter de s'en débarrasser sans jamais vraiment y parvenir". Était-ce une façon de dire que faire des études a nettement plus à voir avec une forme avérée de conditionnement. (?)
Aujourd'hui on pourrait évoquer un lien entre intelligence et prospérité, meilleure alimentation, confort matériel... ainsi au cours du XXe siècle, les populations occidentales ont vu une tendance du Q.I. à la hausse dans la plupart des pays industrialisés, les scores progressaient d'environ 3 points par décennie, soit près de 30 points en un siècle. Un nom a été donné à cette amélioration continue des performances cognitives : "l'effet Flynn", du nom du chercheur anglo-américain qui observa ce phénomène. Cependant en 2015, deux chercheurs britanniques R. Lynn et E. Dutton publient une méta-analyse qui fait grand bruit dans plusieurs pays développés - Norvège, Danemark, Royaume-Uni, Pays-Bas, Australie, Suède et même France - le quotient intellectuel serait en recul constant. La France aurait notamment perdu près de 4 points entre 1999 et 2009. 1
C'est un choc pour certains, une conséquence attendue pour d'autres... de l'effondrement civilisationnel occidental. Le sarcasme fait rage, le normalien Jean-Paul Brighelli publie en 2005 un bouquin au titre-choc : LA FABRIQUE DU CRÉTIN vers l'apocalypse scolaire. Outre-Atlantique la même : "L'école est un système d'ignorance imposé !" dixit le célèbre linguiste Noam Chomsky.
Certains s'en défendent, comme Todd Lubart, chercheur à l'université Paris Cité, pour qui il en serait autrement aujourd'hui car : "la pensée créative figure désormais parmi les compétences du XXIe siècle systématiquement citées, quels que soient les pays".[1]
Cependant n'est-il pas trop tard ?... ce que révèlent diverses publications, ainsi que l'enquête internationale "Pisa 2022" 2, sachant qu'elle intègre enfin pour la première fois des tests dédiés à la créativité. D'ailleurs ces derniers semblent montrer qu'il n'existe pas de lien absolu entre ces deux pans de l'intelligence. Cette décorrélation pourrait démontrer qu'on a délibérément "discriminé" une part non négligeable de la population, ce que dénoncent nombre de médecins qui ramassent les morceaux. On pense à la Dre Maria Montessori début 1900 auprès d'enfants dits "anormaux", elle leur a rendu l'autonomie en leur (ré)apprenant à se servir de leurs fonctions sensorielles. D'autres, comme le Dr Alfred Tomatis qui l'écrit en 1988 dans Les troubles scolaires 3 pour qui : "paradoxalement, un élève en difficulté est un enfant brillant [...] l'échec scolaire c'est l'échec de la pédagogie, pas de l'élève".
Par contre culturellement, il y a bien une interaction entre la langue et le Q.I., en particulier dans les pays où l'apprentissage de la lecture/écriture est le plus difficile dans son aspect cognitif de par la mémorisation nécessaire de milliers d'idéogrammes. Ce sont les pays où le QI moyen des populations est le plus élevé au monde :
- Chine : 113
- Singapour : 113
- Hong Kong : 110
- Macao : 110
- Taïwan : 110
- Japon : 109
- Corée du Sud : 109
- Canada : 106
- Finlande : 106
- Estonie : 106 donneesmondiales.com/qi-par-pays
Dorénavant il est difficile de ne pas y voir un parallélisme avec l'accélération actuelle des tensions de la géopolitique mondiale.
Ainsi à ce jour on ne peut plus parler d'accident, le PISA 2025 qui vient de paraitre persiste. Le résultat est pire que les prévisions, le score PISA de la France a baissé dans toutes les matières depuis 2018.
En conclusion, si depuis un bon siècle nos élites ont été sélectionnées selon un mode dégradé, on ne peut s'empêcher d'y voir une relation de cause à effet dans l'effondrement occidental face à la montée en puissance de cultures multimillénaires. Il est également légitime de se demander en quelle proportion lesdits "hauts QI" sont-ils réellement intelligents du fait d'être doté peu ou prou de la part sensible ?
Est-ce que l'acculturation nécessaire à la politisation, à l'État profond ou au système en général... n'a-t-il pas mis dos à dos le savoir et le comprendre... tout le propos de l'intelligence artificielle en regard de l'intelligence naturelle. Sans doute parce que savoir égal pouvoir... de confondre prospérité et ébriété, devenue pour une grande part d'occidentaux un droit inaliénable.
De l'hubris à la némésis, tous les ingrédients y sont : immaturité, aveuglement et... déchéance.
"Une vie difficile mène à la prospérité, la prospérité mène à la décadence" - Proverbe perse
- Source S&V août 2026
- PISA: programme international pour le suivi des acquis des élèves. C'est une évaluation créée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui vise à tester les compétences des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques. Cette évaluation se déroule tous les 3 ans depuis 2000 puis tous les 4 ans à partir de 2025. L'objectif est de comparer les performances des élèves issus de différents environnements d'apprentissage pour comprendre ce qui les prépare le mieux à leur vie d'adulte.
- education.gouv.fr
- Les troubles scolaires, du Dr Alfred Tomatis, publié chez Ergo-presse, 1988