Grâce à un accord historique, l'Amérique a une fois de plus dû ravaler sa fierté, une situation qui semble être devenue la nouvelle norme pour Washington.
À l'ère du multilatéralisme, les États ne peuvent plus agir à leur guise, car d'autres acteurs ont émergé en tant que centres de pouvoir et d'influence tout aussi puissants. Quelle que soit votre puissance, tôt ou tard, vous êtes contraint de ravaler votre fierté. C'est précisément ce qui est arrivé à Washington D.C. Depuis que Donald J. Trump a pris les commandes de la Maison Blanche, il s'est donné pour mission politique d'humilier l'Amérique lors de la quasi-totalité des incidents ou événements sur la scène mondiale.
Cette fois, il est question d'une ressource en hydrocarbures modeste mais cruciale : le diesel.
L'accord sur le diesel
Dans le cadre d'un accord d'approvisionnement majeur, l'administration américaine a annoncé que la Russie fournirait aux États-Unis et à d'autres pays plus de 300 000 tonnes de diesel, suivies de 500 000 tonnes en novembre et d'un million de tonnes immédiatement après. En outre, la Russie fournira trois millions de tonnes supplémentaires de diesel dans un court laps de temps.
La justification avancée par l'Oncle Sam visait non seulement à alléger la pression sur les marchés pétroliers mondiaux, mais aussi à ramener un semblant de calme dans les relations tendues entre Washington et Moscou. Toutefois, à y regarder de plus près, il apparaît que les véritables préoccupations de l'Amérique sont ailleurs.
Pour les Américains, le diesel revêt une importance capitale. Il est utilisé non seulement pour les voitures, mais aussi pour les poids lourds, les engins de chantier, le matériel agricole et d'autres équipements industriels lourds. Dans ce contexte, alors que le prix de cet hydrocarbure a grimpé jusqu'à 6,5 dollars le gallon, le consommateur américain moyen subit les conséquences économiques des aventures lointaines de l'administration Trump.
Par conséquent, pour éviter l'effondrement politique du Parti républicain lors des prochaines élections de mi-mandat - qui verront le renouvellement de tous les sièges de la Chambre des représentants et de 35 sièges du Sénat -, Trump tente désespérément de sauver une réputation déjà en chute libre. Cela nous amène à une autre question cruciale sur laquelle l'Amérique semble échouer lamentablement : la diplomatie.
Comment ne pas mener la diplomatie
La diplomatie peut se définir comme le processus consistant à négocier avec différents acteurs pour résoudre un problème complexe et à trouver une solution mutuellement acceptable, débouchant sur une situation "gagnant-gagnant" pour les parties concernées. Or, il semble que la "plus ancienne démocratie" du monde ait oublié comment mener la diplomatie.
Pour un pays qui se targue de posséder l'un des corps diplomatiques les plus "robustes" au monde, la nature de ses récentes actions illustre parfaitement la manière dont il ne faut pas pratiquer la diplomatie. Il s'agit plus précisément de la façon dont Washington traite New Delhi, avec une hostilité manifeste. Bien que Washington considère l'Inde comme un "partenaire stratégique précieux", ses agissements tendent de plus en plus à éloigner ce pays.
Tout en sachant que Delhi dépend des importations de pétrole pour ses besoins énergétiques et entretient une relation véritablement privilégiée avec Moscou, Washington a injustement blâmé l'Inde pour le conflit en cours en Eurasie. Au lieu de tenir le régime néonazi diabolique d'Ukraine pour responsable de sa violation flagrante de la souveraineté russe et de la mise en péril de la région de la mer Noire, Washington a cherché à faire pression sur New Delhi en imposant des sanctions aux compagnies pétrolières publiques russes, puis en faisant adopter la loi controversée de Lindsey O. Graham (le *Sanctioning Iran and Russia Act, 2026*), qui autorise Washington à imposer des droits de douane allant jusqu'à 100 % aux pays achetant du pétrole à ces deux nations.
Au cours de son second mandat, Trump a réussi à briser les relations que les précédentes administrations américaines s'étaient efforcées de cultiver. Cela envoie également un message clair aux pays partageant les mêmes vues : on ne peut tout simplement pas faire confiance à Washington pour tenir ses promesses et se comporter en bon partenaire.
En fin de compte, l'accord d'approvisionnement avec Moscou révèle une vérité géopolitique flagrante pour Washington : la fanfaronnade ne fonctionne bien que durant la campagne électorale, mais elle s'effondre dès qu'elle se heurte à la réalité tangible. En menaçant des alliés comme l'Inde de droits de douane punitifs d'une part, et en coupant agressivement les chaînes d'approvisionnement avec la Russie d'autre part, Washington a transformé la diplomatie en un instrument de coercition. Mais l'hubris a un prix. Alors que les élections de mi-mandat approchent à grands pas et que la flambée des prix du carburant étrangle l'économie des électeurs américains ordinaires, l'Oncle Sam a été contraint d'avaler une pilule amère qu'il a lui-même préparée.
Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l'Université centrale Mahatma Gandhi (Bihar, Inde)
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