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 Blocages lycéens : la mobilisation s'étend avec le soutien de Lfi

Mouvement des lycéens de France. Un formidable pas en avant historique

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par Pr Djamel Labidi

Avec le mouvement des lycéens de France, et puis, désormais celui aussi des étudiants, l'Internet, le Web, et les réseaux sociaux confirment leur importance dans le mouvement social moderne. Jusqu'à présent, les medias mainstream et les gouvernants avaient le monopole de l'information, comme de l'image. Ce n'est plus le cas.

Gaza avait déjà été un tournant. Un peuple montrait en live, aux yeux de tous, son martyre, le génocide qu'il subissait. Israël, qui avait pris l'habitude de tuer en vase clos, ne s'en est jamais remis et ce n'est que le commencement de son jugement par le tribunal des peuples et du temps.

Le mouvement des lycéens est un tournant qui s'inscrit dans la même direction historique, même si, bien sûr, il ne s'agit pas du même degré de souffrance et d'horreur. Nous vivons une révolution du récit et de l'image, et donc de l'information de l'opinion : les brutalités, disons même la férocité policière actuelle en France, sont saisies en direct par des millions de smartphones, témoins implacables de l'histoire vivante. Les faits sont là, racontés, vus pourrait-on dire et en direct, partout, par des millions d'yeux en France et dans le monde. Ce n'est pas seulement une dénonciation c'est aussi une arme de défense, de protection des jeunes en lutte pour leur avenir. Les mauvais policiers et leurs chefs savent désormais qu'il y a en face d'eux, une arme bien plus efficace que leurs grenades de "désencerclement" remplies de TNT et leur fusils LBD40, un smartphone, un simple smartphone, qui les met en joue pacifiquement.

Le moindre éditorialiste, chroniqueur, commentateur de plateau TV a, en fait, dans la démocratie régnante mille fois plus droit à la parole, mille fois plus de pouvoir que n'importe quel élu sans qu'il ne l'ait, lui, jamais été. Brusquement, il est désormais pris en flagrant délit de mensonge : comme lorsqu'il prétend que "la violence de la police s'applique aux casseurs, à la racaille", comme ils aiment à dire alors que tous ceux qui sont mutilés, les images en apportent la preuve concrète, sont des lycéens.

Échec et mat

Du coup le rapport de force avec les medias mainstream s'inverse : si ces medias ne montrent pas les images, la désinformation est évidente et ils perdent toute crédibilité. S'ils les montrent, ils participent eux-mêmes, en dehors de leur volonté, à dénoncer les violences. Échec et mat. La propagande habituelle, celle faite depuis des décennies, voire des siècles, depuis celle sur les pétroleuses de la Commune de Paris jusqu'à celle sur les méchants indiens d'Amérique, prend du plomb dans l'aile. Et cela d'autant plus que les jeunes ne regardent plus la télé mais sont sur les réseaux sociaux.

Ils ne restent alors, autour de la télé, que les personnes âgées ou ces "jeunes- vieux" qui regardent vers le passé et le Rassemblement national (RN), qui ont la nostalgie de l'autorité sévère des maitres d'antan et des punitions corporelles, les mêmes qu'ils préconisent d'appliquer, bien plus dures encore, aux manifestants.

C'est d'ailleurs surtout les personnes âgées qui votent pour les Le Pen. Un autre facteur de ce tournant a surgit : les jeunes, la partie dynamique de la population, celle qui représente l'avenir est, elle, dans la rue démocratique, dans un foisonnement à la fois d'idées, de projets et d'espoir, dans une foi incroyable en la vie. Les grandes rencontres populaires, les manifestations de masse, les grands mouvements sociaux sont toujours une fête, malgré les risques, le danger et les souffrances. C'est là que prend corps, comme jamais, la solidarité humaine.

Les droites celles du centre comme celles des extrêmes, s'en trouvent expulsées, le RN tout particulièrement, à force d'avoir voulu voir dans le mouvement lycéen seulement des manipulations de LFI, et s'être précipité pour jouer le rôle du parti de l'ordre. Il comptait en retirer des dividendes électoraux et la complaisance des possédants. Au final, il a montré qu'il était un faux ami du peuple et de la nation. Il est d'évidence atteint, c'est sûr et cela se verra de plus en plus. Il a montré son hostilité à la jeunesse qui la lui rend bien. Du même coup, il a perdu le contact avec la réalité, avec la vie, avec l'avenir. Il n'avait plus, comme seul programme, que la répression du mouvement des lycéens. Il ne s'en était pas rendu compte, croyant gagner l'opinion comme d'habitude en exploitant jusqu'à écœurement le thème de la violence, et en agitant tous les épouvantails habituels de la peur. Quand il a commencé à s'en apercevoir devant la profondeur du mouvement, il a voulu rétropédaler mais ce sera difficile.

"Si vous êtes contre nous, disent les lycéens à leurs détracteurs, si vous dites que nous sommes une minorité, eh bien faites comme nous, manifestez". Leslycéensont en effet raison, qu'on puisse enfin voir leurs adversaires, les compter, non pas en tant que peurs électorales agrégées mais en tant que force sociale. Et même lorsque Marine Le Pen annonce, hors sujet, le 15 octobre, au milieu de cette crise que dès qu'elle sera élue, elle arrêtera tout soutien à l'Ukraine, ceci n'apparait même pas comme une vision de paix, mais comme une vision comptable, mesquine, pauvrette, étriquée, égoïste : "la France n'en a plus les moyens", explique-t-elle.

La dynamique du mouvement social est tellement grande qu'elle entraine les hésitants, et même ceux qui l'avaient un moment dénoncé voulant avoir un pied ici et là, cherchant un équilibre entre "des revendications légitimes" et la "violence inacceptable", socialistes, écologistes frileux ou de circonstance, démocrates de la parole.

Les "Gilets jaunes"

Et soudain, le mouvement des "Gilets jaunes" apparait aux yeux de tous comme un précurseur. L'Histoire n'avait rien oublié. Elle accumulait. Elle attendait son heure. Tout ce qui est dit contre le mouvement des lycéens avait déjà été dit contre le mouvement des "Gilets jaunes", mot pour mot, dans les mêmes medias mainstream, où officient toujours les mêmes, la même médiacratie, huit ans après. Ils avaient ironisé, éructé contre eux, plateau après plateau, journée après journée jusqu'à ce qu' un ancien ministre (tiens de l'éducation, comme le monde est petit.). Luc Ferry aille jusqu'à souhaiter, le 8 janvier 2019, que les policiers utilisent leurs armes contre les "Gilets jaunes" et que l'armée intervienne.

Tout avait été fait aussi contre les "Gilets jaunes", armes quasi de guerre, mêmes grenades de "désencerclement", mêmes Fusils LBD 40, yeux crevés, mains arrachés, traumatismes crâniens, une férocité incroyable, mêmes arrestations de masse 1. Puis les hommes politiques et autres responsables de la répression avaient continué de vivre comme si de rien n'était, l'orage passé, sûrs d'avoir éteint l'incendie, circonscrit la révolte et contents de leur habilité politique.

Aujourd'hui, tout cela réapparait et l'histoire est reprise là où elle s'était arrêtée, Le peuple des jeunes réussit déjà là où ses ainés n'avaient pu parvenir, réclamant et obtenant la proscription des armes les plus cruelles.

Et du même coup ressurgit aussi une vieille revendication que les "Gilets jaunes" avaient laissé en chantier, celle du référendum citoyen, du référendum révocatoire de tout élu y compris le premier, en cas d'incompétence, bref la démocratie directe. Dix ans d'une interminable patience, et d'une crise démocratique chronique, ont peut-être permis de prendre conscience des limites de la vieille démocratie représentative face aux nouvelles exigences dont celle de la participation directe. Un vieux rêve de l'humanité qui est peut-être désormais possible grâce à l'Internet et aux réseaux sociaux. Tout ceci prouve bien que toutes les analyses théoriques, même les plus brillantes ne peuvent rien tant que les conditions requises n'apparaissent pas pour qu'elles s'emparent, alors, de la conscience des masses, suivant une célèbre formule. Soudain ces idées, si compliquées auparavant, deviennent simples, évidentes.

En France la jeunesse semble s'être mise en mouvement. Bien sûr, ce n'est encore qu'un pas en avant. Il reste tout le chemin. Mais quel pas ! Elle a fait l'essentiel, elle a ouvert une brèche dans le mur de la résignation. Elle a ouvert la porte à l'espoir, à l'imagination de tous les possibles. Tout cela ne profite pas seulement à la France mais au monde.

 Professeur Djamel Labidi

  1. " La France, une démocratie qui crève les yeux", Djamel Labidi, 7 février 2019

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