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Pourquoi l'Iran n'a pas rompu l'accord

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Par  Larry C. Johnson, le 16 octobre 2026

Je gardais cet article en réserve, en attendant le bon moment pour le publier. Ce soir, Mario Nawfal a animé un débat sur l'Iran auquel ont participé Robert Barnes et Matt Tardio. Matt a diffusé tant de désinformation et de faussetés que j'estime qu'il est temps de rétablir la vérité sur ce qui est arrivé au JCPOA. J'ai été tenté d'ajouter le préfixe "RE" au nom de famille de Matt, mais j'ai décidé de ne pas m'engager dans la voie des attaques ad hominem. Concentrons-nous plutôt sur les faits.

Le 8 mai 2018, Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis du Plan d'action global conjoint (JCPOA), l'accord sur le nucléaire que l'Iran avait signé trois ans plus tôt avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine. Il a réimposé toutes les sanctions levées par l'accord, puis en a ajouté d'autres dans le cadre d'une politique qu'il a qualifiée de "pression maximale". L'Iran n'a pas violé l'accord. L'Agence internationale de l'énergie atomique, qui disposait d'inspecteurs sur tous les sites nucléaires iraniens, a certifié à maintes reprises que l'Iran a respecté tous ses engagements.

La plupart des observateurs à Washington s'attendaient à ce que Téhéran réagisse de la même manière : expulser les inspecteurs, remettre en route les centrifugeuses et se lancer dans la course à la bombe. Certains membres de l'administration espéraient même qu'il le ferait, car cela aurait justifié la prochaine étape. Mais l'Iran a fait le contraire. Pendant une année entière, il a continué à respecter toutes les limites prévues par l'accord, en maintenant son taux d'enrichissement à 3,67 %, son stock en dessous de 300 kilogrammes et ses portes ouvertes à l'AIEA. Le pourquoi en dit long sur la façon dont raisonnent réellement les dirigeants iraniens, et remet en cause la caricature du gouvernement irresponsable qui domine le discours américain.

Les États-Unis sont dans une position délicate

Le premier motif porte sur la légitimité. En restant dans l'accord, l'Iran a transformé le conflit "l'Iran contre le monde" en "les États-Unis contre le reste du monde". C'est Washington, et non Téhéran, qui a rompu un accord entériné par le Conseil de sécurité de l'ONU dans sa résolution 2231. L'Europe, la Russie et la Chine l'ont toutes reconnu. Pour la première fois depuis des décennies, l'Iran disposait d'un avantage diplomatique, et ses dirigeants ont parfaitement compris que le sacrifier aurait pour effet de rassembler la coalition qui l'a sanctionné avant 2015.

Ce calcul s'est avéré payant d'une manière que peu de gens pouvaient prévoir. En août 2020, l'administration Trump a tenté d'invoquer la clause de "retour automatique" de l'accord pour rétablir l'ensemble des sanctions de l'ONU contre l'Iran. Treize des quinze membres du Conseil de sécurité ont rejeté cette initiative, arguant que les États-Unis s'étant retirés de l'accord, ils ne pouvaient pas en invoquer les dispositions. Si l'Iran s'était retiré en 2018, le rétablissement automatique des sanctions aurait été à la fois immédiat et unanime. La patience a permis à l'Iran de bénéficier d'une protection aux Nations unies.

Une chance pour l'Europe de tenir ses engagements

La deuxième raison tient à une perspective économique. L'intérêt de l'accord pour l'Iran portait sur l'allègement des sanctions, et les Européens avaient promis d'en préserver une partie. Ils ont créé un circuit commercial spécial, l'INSTEX, destiné à permettre aux entreprises européennes de faire des affaires avec l'Iran sans s'exposer aux sanctions américaines. Téhéran a laissé à l'Europe le temps de le faire fonctionner. Sans succès. L'INSTEX n'a réalisé sa première transaction, une livraison de matériel médical, qu'en mars 2020, et les entreprises européennes ont fui l'Iran plutôt que de risquer d'être coupées du marché américain et du dollar. Les exportations de pétrole iraniennes se sont effondrées, passant d'environ 2,5 millions de barils par jour à quelques centaines de milliers. Mais les dirigeants iraniens se devaient de tester la promesse européenne avant de pouvoir la déclarer caduque, ce qu'ils ont fait.

Fin des prétextes pour Washington et Israël

La troisième raison était d'ordre sécuritaire. Les dirigeants iraniens savaient que toute progression visible vers la bombe serait utilisée pour justifier des frappes militaires. Les faucons de Washington et de Jérusalem soutenaient depuis des années que l'accord ne faisait que retarder l'inévitable. Un retrait iranien aurait conforté leur thèse. En restant dans le cadre de l'accord, avec des inspecteurs sur le terrain, l'Iran a grandement compliqué la justification d'une guerre. Les rapports de l'AIEA ont été la meilleure défense de l'Iran.

Cette position était cohérente avec celle que les dirigeants iraniens défendaient publiquement depuis deux décennies. Le Guide suprême Ali Khamenei a émis une fatwa interdisant l'arme nucléaire, et l'Iran est resté partie au Traité de non-prolifération pendant toute cette période. Quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir sur la sincérité de cette position, les actions de l'Iran après mai 2018 s'y sont conformées.

Tenir plus longtemps que Trump

La quatrième raison tient au temps. Les dirigeants iraniens suivent de près la politique américaine et savent que les présidents vont et viennent. L'accord a été négocié par une administration et abandonné par la suivante. Il aurait pu être rétabli par une troisième. Rester dans l'accord permettait de garder cette porte ouverte. Le président Hassan Rohani et le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif ont misé leur carrière politique sur cet accord, et ils ont fait valoir que l'Iran devait attendre la fin du mandat de Trump plutôt que brûler ses cartouches. Khamenei, qui s'est toujours montré sceptique face aux promesses américaines, leur a permis de défendre cette position. C'était un pari sur la bonne foi des États-Unis.

Pourquoi la patience a-t-elle pris fin ?

La patience de l'Iran n'était pas illimitée, et n'a jamais été inconditionnelle. Le 8 mai 2019, exactement un an après l'annonce de Trump, Rouhani a déclaré que l'Iran allait commencer à réduire ses engagements par étapes. L'Iran a invoqué le paragraphe 36 de l'accord lui-même, qui autorise une partie à cesser d'honorer ses obligations si l'autre partie fait preuve d'un manquement significatif. Chaque mesure a été annoncée à l'avance, mise en œuvre sous la surveillance de l'AIEA et présentée comme réversible dès que les États-Unis reviendraient et lèveraient les sanctions. En juillet 2019, l'Iran a dépassé la limite de ses stocks et a enrichi de l'uranium à 4,5 %. En novembre, il a repris l'enrichissement à Fordow.

Puis sont survenus les événements qui ont durci la position de Téhéran. Les États-Unis ont assassiné le général Qassem Soleimani en janvier 2020. Le plus éminent scientifique nucléaire iranien, Mohsen Fakhrizadeh, a été assassiné en novembre 2020. L'usine d'enrichissement de Natanz a été sabotée en avril 2021. Chaque attaque a entraîné une nouvelle mesure : un enrichissement à 20 %, la fin des inspections supplémentaires, puis enfin à 60 %.

L'administration Biden a eu l'occasion de rétablir l'accord à Vienne en 2021 et 2022, mais ces négociations ont elles aussi échoué.

Les 60 % comme moyen de pression

La mesure la plus alarmante prise par l'Iran, à savoir la décision d'avril 2021 d'enrichir l'uranium à 60 %, est généralement citée comme la preuve que Téhéran se lance dans une course à la bombe. Or, si l'on examine le calendrier et les conditions, la situation prend une tout autre tournure. Les négociations visant à rétablir l'accord ont débuté à Vienne le 6 avril 2021. Cinq jours plus tard, la salle d'enrichissement de Natanz a été sabotée lors d'une attaque largement attribuée à Israël. L'Iran a annoncé l'enrichissement à 60 % deux jours après cette attaque.

Cette mesure constituait un message destiné à la table des négociations. L'Iran a fait savoir aux autres parties, ainsi qu'aux États-Unis, que chaque retard dans le respect de leurs engagements leur coûterait cher, et que ce coût ne ferait qu'augmenter. Le porte-parole du gouvernement iranien, Ali Rabiei, a déclaré publiquement le 20 avril que cette mesure "peut être immédiatement annulée" si les autres parties respectent à nouveau leurs obligations, et que l'enrichissement reviendrait alors au niveau fixé dans l'accord de 2015. La loi votée par le Parlement en décembre 2020, qui ordonnait un enrichissement plus élevé et une réduction des inspections, était rédigée de la même manière : elle liait chaque escalade à l'absence d'allègement des sanctions.

C'est un moyen de pression, pas une "rupture" de l'accord. L'Iran a vu l'Europe manquer à ses engagements pendant trois ans et les États-Unis refuser de faire marche arrière sans nouvelles concessions. Se maintenir à 3,67 % ne lui a valu que des éloges, rien de plus. Augmenter les enjeux était le seul moyen restant pour amener les autres signataires à prendre leurs propres engagements au sérieux. L'Iran a enrichi son uranium à 60 % pour avoir quelque chose à offrir en retour.

Les arguments des détracteurs

Les détracteurs avancent trois arguments pour contester ma thèse. Le premier est que l'Iran n'a cessé de provoquer les États-Unis par le biais de son programme de missiles et de son soutien à ses alliés dans toute la région. Or, aucun de ces deux points ne relevait du JCPOA. L'accord se limitait délibérément au programme nucléaire, car c'était le seul sur lequel un accord était possible. Tenir l'Iran pour responsable d'avoir enfreint des clauses qui ne figuraient pas dans l'accord n'est pas un critère particulièrement objectif.

Le deuxième argument est que l'enrichissement à 60 % n'a aucune utilité civile. C'est en grande partie vrai, et c'est justement le but. Un atout de négociation doit présenter un intérêt pour la partie adverse, et un taux d'enrichissement de 60 % intéressait précisément parce qu'il inquiétait Washington, l'Europe et Israël. L'Iran n'a jamais enrichi d'uranium à 90 %, n'a jamais quitté le Traité de non-prolifération, et n'a jamais expulsé d'inspecteurs pendant cette période.

Le troisième argument est qu'au début de l'année 2023, l'AIEA a découvert à Fordow des particules d'uranium enrichi à 83,7 %. L'Iran a déclaré qu'elles résultaient de fluctuations involontaires du processus d'enrichissement, et l'agence n'a signalé aucun stock à ce niveau. Des particules ne constituent pas un stock, et un stock n'est pas une arme. Les quantités de matière enrichie à 60 % accumulées par l'Iran ont effectivement augmenté pour atteindre environ 87,5 kilogrammes selon ce rapport, puis bien plus par la suite, et cette augmentation était dangereuse. Mais c'était le prix prévisible d'une politique de pression qui avait privé l'Iran de tout motif d'arrêter.

Les enseignements

Les faits montrent un gouvernement qui a réagi à la violation d'un accord international avec retenue, puis par une pression mesurée et réversible, et n'a intensifié ses mesures qu'après que son économie a été asphyxiée étranglée et que ses responsables et scientifiques ont été assassinés. Ce n'est pas là le comportement d'un régime déterminé à fabriquer une bombe à la première occasion. C'est celui d'un gouvernement qui a souhaité que l'accord survive et a conclu, peu à peu, que les États-Unis ne le permettraient pas.

Il y a là un enseignement à tirer pour Washington. Lorsque les États-Unis se sont retirés d'un accord efficace, cette décision ne leur a pas permis d'obtenir de meilleur accord. Elle leur a plutôt valu un Iran disposant d'uranium de qualité quasi militaire, d'un nombre réduit d'inspecteurs et de toutes les raisons de douter des promesses américaines. L'Iran a maintenu le JCPOA en vigueur pendant un an après que Trump l'ait abandonné. La question que nous devrions nous poser n'est pas de savoir pourquoi l'Iran a fini par faire marche arrière, mais pourquoi les États-Unis se sont retirés d'un accord qui empêchait l'Iran de se doter rapidement de la bombe.

Traduit par  Spirit of Free Speech

Le colonel Wilkerson et moi-même avons évoqué avec Danny Haiphong les derniers développements en Asie occidentale :

Garland Nixon et moi-même avons abordé les deux poids deux mesures de l'OTAN :

Voici ma déclaration devant le Conseil de sécurité de l'ONU :

Merci au producteur de Danny d'avoir récupéré l'extrait de l'ONU :

Nima et moi abordons l'offensive d'Ansar Allah contre l'Arabie saoudite :

Brandon Weichart et moi sur les indices laissant penser que les États-Unis et Israël se préparent à attaquer à nouveau l'Iran :

Ma première apparition avec les Winers, sans Ryan Milton, actuellement en route pour la Chine :

J'ai clôturé cette journée de podcasts avec Sulaiman :

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