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D'après Juan Branco, le « dissident » de Sciences Po, « Alain Soral est un escroc et un guignol qui fait croire qu'il est en Russie »

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D'après Juan Branco, le "dissident" de Sciences Po, "Alain Soral est un escroc & un guignol qui fait croire qu'il est en Russie"

Par  Le Média en 4-4-2, le 16 octobre 2026

Juan Branco prétend ne jamais attaquer sans sources. Pourtant, après Thierry Mariani, il accuse Alain Soral de faire croire à son exil en Russie alors qu'il profiterait des plages tunisiennes. Une affirmation qui tombe au moment même où le ministère de l'Intérieur engage une procédure de dissolution contre Égalité et Réconciliation. Entre les grandes déclarations de principe et leur mise en pratique, l'avocat semble avoir égaré quelques pièces au dossier.

Il fallait y penser. Après les contrôleurs fiscaux, les agents immobiliers et les services préfectoraux, voici une nouvelle profession qui semble avoir le vent en poupe : contrôleur de domicile dans la dissidence française. On y entre avec de grands discours sur la liberté, on en ressort avec une demande de quittance de loyer.

Juan Branco paraît avoir découvert une passion pour les lieux de villégiature d'Alain Soral, au point de reprendre publiquement l'idée que ce dernier ne serait plus en Russie, mais profiterait du soleil tunisien.

L'affaire commence avec Thierry Mariani. Le 12 octobre, l'eurodéputé affirme sur Radio Courtoisie que Soral aurait quitté la Russie dès la fin avril, après y être arrivé en février. Il évoque un passage en Tunisie et met en doute la sincérité de l'appel aux dons destiné à soutenir son exil. Des affirmations qu'il présente avec assurance, mais sans produire publiquement les éléments permettant de reconstituer ces déplacements.

L'intéressé reconnaît d'ailleurs ne pas savoir où se trouve actuellement Alain Soral. Voilà qui n'empêche pas les conclusions définitives. On ignore où se trouve le bonhomme, mais on sait qu'il ment. Une méthode qui ferait gagner un temps considérable aux enquêteurs si la justice décidait de l'adopter.

Il faut aussi s'intéresser à la circulation de cette accusation. Sur X, ce sont les comptes militants pro-israéliens qui ont lancé les premières insinuations concernant la Tunisie. Une chose est déjà observable : la même affirmation passe d'une rumeur sioniste sur les réseaux sociaux à la déclaration d'un responsable  politique, puis à la charge publique d'un avocat, sans que leurs interventions respectives permettent de consulter les éléments sur lesquels ils s'appuient.

La rumeur voyage en première classe. Les justificatifs, eux, semblent être restés au comptoir d'enregistrement.

Juan Branco : le moulin à paroles qui ne veut surtout pas en être un

Juan Branco entre alors dans la danse. Sur X, l'avocat publie une longue charge contre Soral, dans laquelle il l'accuse notamment de faire croire qu'il vit en Russie alors qu'il profiterait des plages tunisiennes. Mais ce qui rend cette intervention particulièrement savoureuse, ce n'est pas seulement l'accusation. C'est le magnifique certificat de bonne conduite que Branco s'attribue quelques lignes auparavant.

Dans sa publication, il présente sa méthode en ces termes :

"Ne pas être un moulin à paroles, ne pas attaquer sans sources, articuler pensée et action".

Faudra-t-il bientôt présenter trois quittances de loyer pour obtenir son certificat officiel de dissident ?

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L'admirable profession de foi mériterait presque d'être encadrée dans une salle d'audience. On y entend le sérieux du juriste, la rigueur de l'enquêteur et la modestie de celui qui s'estime manifestement assez bien placé pour donner des leçons aux autres.

Et comme si cela ne suffisait pas, Branco en rajoute :

"Pour ma part, j'affirme et je source".

Formidable. Voilà au moins une procédure qui ne devrait souffrir aucune discussion. Sauf qu'immédiatement après avoir exposé ces nobles principes, l'avocat présente Soral comme un homme qui ferait semblant de s'être exilé en Russie tout en passant du bon temps sur les plages tunisiennes.

Et les sources permettant de vérifier cette affirmation ? Dans cette longue publication, Branco ne présente ni document de voyage, ni témoignage identifié, ni pièce permettant d'établir la résidence actuelle de Soral. Pour un homme qui vient d'expliquer qu'il n'attaque pas sans sources, l'exercice est pour le moins acrobatique.

Un avocat sait pourtant faire la différence entre une affirmation, un indice et une preuve. C'est même, normalement, une partie assez importante du métier. Dans une salle d'audience, il ne suffit pas de déclarer que l'accusé bronze quelque part pour produire automatiquement le billet d'avion, le tampon du passeport et la réservation de l'hôtel.

Le paradoxe est d'autant plus remarquable que Branco consacre une bonne partie de son texte à reprocher à Soral ses approximations, ses attaques personnelles et son rapport supposément défaillant à la vérité.

Il aurait pourtant suffi de respecter sa propre devise : présenter les éléments, expliquer leur provenance, puis laisser les lecteurs juger. Mais à quoi bon s'embarrasser d'une démonstration quand on dispose d'une si belle formule ?

La dissidence sortie des grandes écoles

Pour apprécier toute la saveur de cette querelle, il faut revenir sur le parcours du procureur improvisé.

Juan Branco aime se présenter comme un homme en rupture avec les puissants. Il s'est fait connaître par ses critiques des élites, ses dénonciations des réseaux d'influence et son opposition à Emmanuel Macron.

Soit. Mais son propre itinéraire mérite aussi d'être rappelé.

Branco a fréquenté l'École alsacienne, établissement privé parisien réputé pour accueillir des enfants de milieux privilégiés, avant de poursuivre ses études à Sciences Po. Il y a côtoyé Richard Descoings, directeur de l'institution de 1996 à 2012, conseiller d'État et ancien collaborateur de cabinets ministériels.

Nous sommes loin de la cabane clandestine où quelques révolutionnaires impriment des tracts à la bougie.

Le lien entre Branco et Descoings ne relève d'ailleurs pas de la simple présence dans les mêmes couloirs. Le 11 avril 2012, lors des obsèques du directeur de Sciences Po à Saint-Sulpice, c'est Juan Branco qui prononce un hommage au nom de la communauté étudiante. La cérémonie rassemble plusieurs personnalités  politiques, hauts responsables et représentants des institutions françaises.

Lorsqu'on entreprend de distribuer des brevets de dissidence, un minimum de modestie s'impose.

Il est tout de même amusant de voir un ancien élève des établissements les plus prestigieux de Paris expliquer à ses adversaires ce que serait une opposition véritable. À ce compte-là, on finira par organiser des examens d'authenticité révolutionnaire, avec jury, classement et remise des diplômes dans le grand amphithéâtre de Sciences Po.

La dissidence homologuée par les institutions qu'elle prétend combattre : voilà une idée qui aurait de quoi faire sourire quelques générations de contestataires.

La Russie, la Tunisie et le grand mystère de la facture d'électricité

Revenons à la question centrale : où se trouve Alain Soral ?

Soral affirme s'être exilé en Russie. Mariani conteste la permanence de sa présence sur le territoire russe. Branco reprend cette accusation et s'en sert pour attaquer sa crédibilité.

Mais depuis quand une personne ayant quitté son pays devrait-elle publier ses déplacements pour satisfaire la curiosité de ses adversaires ?

L'exil ne signifie pas nécessairement l'immobilité. Et même dans l'hypothèse où Soral aurait effectué un déplacement hors de Russie, celui-ci ne démontrerait pas, à lui seul, qu'il aurait menti sur son départ de France ou sur les raisons qui l'ont conduit à quitter la Suisse.

Il y a également un détail technique que cette querelle semble parfois oublier : les VPN.

Sur X, les indications concernant le pays associé à un compte sont des estimations déduites notamment de données de connexion. Elles peuvent être affectées par certains usages d'un VPN, par des déplacements ou par d'autres paramètres techniques. Elles ne constituent pas un système fiable de géolocalisation physique d'une personne.

Autrement dit, voir apparaître la Tunisie, l'Afrique du Sud ou un autre pays dans les informations d'un compte ne suffit pas à déterminer où se trouve son titulaire.

Un VPN n'est pas un billet d'avion. Une adresse IP n'est pas une photographie prise devant la mairie. Et une indication affichée par un réseau social ne fait pas office de tampon officiel sur un passeport.

Pour établir qu'une personne réside quelque part, il faudrait des éléments d'une autre nature. Mais lesquels ? Et surtout, pourquoi faudrait-il les communiquer publiquement ?

À ce rythme, il faudra bientôt qu'Alain Soral transmette une facture d'électricité, trois quittances de loyer, une attestation d'hébergement et une photographie du compteur d'eau.

On attend maintenant le formulaire Cerfa de la dissidence, avec une case réservée aux réfugiés qui ont l'outrecuidance de ne pas prévenir leurs adversaires lorsqu'ils changent de connexion Internet.

Pendant ce temps, Laurent Nuñez s'occupe d'Égalité et Réconciliation

La plaisanterie serait simplement drôle si elle ne se déroulait pas dans un contexte beaucoup plus sérieux. Le 11 octobre, le ministère de l'Intérieur confirme avoir engagé une  procédure pouvant conduire à la dissolution d'Égalité et Réconciliation, l'association présidée par Alain Soral.

C'est dans ce contexte que Mariani, puis Branco, remettent publiquement en cause le récit d'exil de Soral. Une coïncidence de calendrier qui permet de s'interroger sur les priorités de ceux qui affirment combattre le pouvoir.

Lorsqu'un homme fait déjà l'objet de procédures judiciaires et que l'organisation qu'il préside risque la dissolution, est-il indispensable de transformer sa résidence supposée en sujet de divertissement public ?

Il existe une différence fondamentale entre demander des comptes sur l'utilisation d'une collecte financière et chercher à déterminer où habite celui qui en bénéficie. La première démarche peut être légitime. La seconde touche à des questions de sécurité et de vie privée. Et cela reste vrai que l'on partage ou non les opinions de Soral, que l'on approuve ou non ses écrits, et quelles que soient les condamnations prononcées à son encontre. Les droits d'une personne ne devraient pas dépendre de l'affection qu'on lui porte. C'est d'ailleurs un principe qu'un avocat revendiquant la défense des libertés devrait comprendre sans qu'il soit nécessaire de lui faire un dessin.

À force de chercher où habite Soral, Juan Branco ferait peut-être mieux de se demander où sont passées les sources qu'il promet si généreusement.

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