
Par Glen Diesen, le 16 octobre 2026
Nécrologie politique de la présidence de Zelensky.
Ces derniers jours, le président Trump s'en est pris au président Zelensky, appelant à la tenue d'élections en Ukraine et affirmant que ce dernier aurait dû accepter un accord il y a deux ans, lorsque les conditions lui étaient plus favorables. Les médias ont également rapporté que les États-Unis pourraient mettre fin à leurs accords de partage de renseignements, une mesure significative dans la mesure où il s'agit d'une guerre par procuration et où l'Ukraine ne peut lutter contre la Russie sans le soutien américain. Comment analyser ce changement de rhétorique de la part du président américain ? Il est encore trop tôt pour en déterminer la portée immédiate, compte tenu des revirements habituels de Trump. Cependant, avec un peu de recul, les reproches adressés à Zelensky s'inscrivent dans une tendance plus générale, celle de l'effondrement d'une icône politique fabriquée de toutes pièces.
Quel est l'objectif de Trump ?
La portée et les conséquences de cette nouvelle diatribe contre Zelensky ne peuvent être établies pour l'instant, car Trump s'est déjà livré à un exercice similaire lors de la célèbre confrontation Trump-Zelensky dans le Bureau ovale, le 28 février 2025.
Selon une première hypothèse, les propos de Trump pourraient refléter un changement stratégique plus large, consistant à prendre ses distances avec Zelensky pour externaliser la guerre vers les Européens. Washington semble croire qu'une escalade pourrait mettre fin à la guerre en exerçant une pression sur Moscou, et Marco Rubio s'est déjà montré optimiste à cette perspective, évoquant notamment la campagne de 40 jours de frappes en profondeur contre les infrastructures civiles en Russie destinée à toucher directement la société civile. Mais c'est le contraire qui s'est produit, l'opinion publique russe percevant désormais la menace existentielle que représente ce qui est à juste titre considéré comme une guerre par procuration menée par l'OTAN. La Russie ayant riposté par une escalade massive, avec notamment un blocus naval et de puissantes attaques contre les infrastructures logistiques et énergétiques ukrainiennes, Trump pourrait simplement reconnaître que sa stratégie a échoué et que la guerre en Ukraine entre dans sa phase finale. C'est peut-être la raison pour laquelle il est temps pour les États-Unis de se désengager de ce conflit, soit en y mettant fin, soit en le déléguant aux Européens.
La deuxième hypothèse voudrait que les propos de Trump ne soient qu'une réaction impulsive aux propos inconsidérés de Zelensky sur l'accord entre les États-Unis et la Russie à propos du diesel. L'échec de la guerre contre l'Iran a exercé une pression immense sur Trump qui doit stabiliser les prix de l'énergie et donner l'impression de maîtriser la situation à l'approche des élections de mi-mandat aux États-Unis. Son mandat présidentiel repose entièrement sur deux prémisses : d'une part une faiblesse du leadership américain au fil des ans aurait entraîné le déclin relatif des États-Unis et, d'autre part, sa posture de leader charismatique lui permettrait d'incarner la solution pour "rendre sa grandeur à l'Amérique". Ce qu'une grande partie du monde interprète comme un comportement grossier et unilatéral, en violation des normes et accords existants, n'est pour Trump que la marque de son pouvoir, c'est-à-dire sa capacité à agir de manière indépendante au service de l'intérêt national. Un mandataire comme Zelensky ne peut rester au pouvoir et lutter contre la Russie qu'avec le soutien des États-Unis. Qu'il s'en prenne à Trump exigeait donc une réponse forte pour servir également d'avertissement à quiconque songerait à contester l'autorité de Trump.
En troisième hypothèse, il ne pourrait s'agir que d'une stratégie destinée à maintenir l'incertitude pour toutes les parties pour donner plus de poids aux États-Unis dans les négociations. On fait comprendre à Zelensky et aux dirigeants européens que le soutien militaire et financier américain peut disparaître du jour au lendemain, pendant que la Russie est incitée à faire des concessions avant que les États-Unis ne changent à nouveau d'avis.
Pour que toutes les parties redoutent l'alternative, elles doivent penser les États-Unis figés dans une posture, et non à même de manœuvrer entre les différents camps. La volonté de Washington de faire pression sur tous les camps renforce également son rôle de médiateur, une position délicate puisque les États-Unis sont les principaux instigateurs de cette guerre et responsables de sa prolongation depuis 2014.
La fabrique d'une icône "démocratique"
Avec un peu de recul pour évaluer cette évolution dans un contexte plus large, on constate une tendance à l'effondrement progressif de l'image du président Zelensky en tant que projet de relations publiques. Zelensky a débuté sa carrière politique sur un programme en faveur de la paix. Il prônait le respect des droits linguistiques dans l'est de l'Ukraine et la paix avec la Russie. En 2019, c'est sur ce programme de paix qu'il a remporté l'élection présidentielle avec 73 % des voix, promettant de mettre en œuvre les accords de Minsk, d'ouvrir le dialogue avec le Donbass et de faire la paix avec la Russie. Des ONG occidentales ont fixé des lignes rouges à la plupart des points du programme électoral de Zelensky, et des milices d'extrême droite financées par les États-Unis ont très ouvertement menacé la vie de Zelensky s'il tenait ses promesses électorales. Finalement, Zelensky s'est soumis et a trahi son propre mandat démocratique.
Lorsque la Russie a envahi l'Ukraine en février 2022, la couverture médiatique de l'Ukraine et de Zelensky s'est transformée du jour au lendemain. À travers leurs mots et leurs images, le magazine Vogue et d'autres publications ont présenté Zelensky comme l'outsider assiégé défendant démocratie et liberté.
Zelensky est passé du statut de dirigeant d'un pays gangrené par la corruption à celui de leader du monde libre et de phare de la démocratie. Les groupes d'extrême droite arborant des insignes fascistes et adhérant aux idées des mouvements fascistes de la Seconde Guerre mondiale ont été présentés sous un jour favorable, comme des combattants de la liberté repentis. La répression des droits linguistiques, de l'opposition politique, des médias et de l'Église orthodoxe a été justifiée comme une mesure nécessaire pour protéger la démocratie ukrainienne d'une guerre hybride menée par la Russie. Les récits selon lesquels l'Ukraine gagnerait la guerre et subirait peu de pertes ont été défendus en Occident afin de maintenir le soutien de l'opinion publique à la guerre. Les pratiques brutales de conscription et la "mobilisation" des Ukrainiens ont été ignorées, voire rejetées comme une tentative de délégitimer Zelensky sur incitation russe. Zelensky incarnait le nouveau Churchill combattant Poutine, nouvel Hitler, et dans cette lutte entre le bien et le mal, toute couverture critique à l'égard de Zelensky a été rapidement qualifiée de propagande.
La chute progressive de Zelensky
Peu à peu, l'image de Zelensky a commencé à s'effriter. L'autoritarisme, la corruption, les groupes fascistes, les "déportations en bus", les pertes humaines élevées et autres facteurs ont commencé à ébranler l'image artificielle du leader démocratique tant aimé. Lorsque l'opposition interne s'est manifestée par la voix de l'ancien ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Federov, l'Italie a pu protéger la position de Zelensky en engageant Federov comme conseiller en Italie. L'Occident a également besoin de Zelensky pour promouvoir son discours de "soutien à l'Ukraine".
Alors que les sondages montrent que la plupart des Ukrainiens souhaitent un règlement négocié, comment les Européens peuvent-ils justifier leur rejet de la diplomatie et faire pression pour expulser les réfugiés ukrainiens, abaisser l'âge de la conscription, enrôler les femmes ou prendre d'autres mesures visant à prolonger la guerre ? Zelensky reprenant les arguments de ses manipulateurs occidentaux, la guerre par procuration jusqu'au dernier Ukrainien peut être vendue au public occidental comme un "soutien à l'Ukraine".
Trump lui-même porte une part de responsabilité. Lorsqu'il a initialement critiqué l'élargissement de l'OTAN comme étant à l'origine de la guerre et qu'il a critiqué Zelensky, il s'agissait peut-être d'une tactique de négociation.
Il a cependant pris ses distances avec le discours de l'OTAN sur une invasion russe "non provoquée", comme avec le culte churchillien voué à Zelensky. Si le succès de ses tactiques de négociation demeure incertain, on constate qu'en brisant le consensus autour de ce discours, il a ouvert une brèche permettant à d'autres de critiquer Zelensky. Dans une guerre opposant le bien au mal, la paix s'obtient par la puissance militaire, tandis que la diplomatie est synonyme d'apaisement. Plus l'icône fabriquée de Zelensky s'effrite, plus le discours de guerre par procuration s'effondre. Nous pourrions même bientôt assister à la valorisation de la diplomatie.
L'analyse rétrospective de la présidence de Zelensky et de la manipulation de son image est catastrophique. Zelensky s'est présenté sur un programme de paix et a été piégé par ceux qui ont cherché à utiliser l'Ukraine comme appât pour affaiblir la Russie. Le 27 mars 2022, avant que le Royaume-Uni et les États-Unis ne sabotent l'accord de paix d'Istanbul, Zelensky déclarait dans une interview accordée à The Economist :
"Certains, en Occident, ne sont pas opposés à une guerre de longue durée puisqu'elle permettrait d'épuiser la Russie, même si cela implique la disparition de l'Ukraine et le sacrifice des vies ukrainiennes".
Avec la chute de Zelensky, une nouvelle chance de paix pourrait voir le jour.
Traduit par Spirit of Free Speech