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Baptiser des armes meurtrières du nom de tribus amérindiennes, quelle dégénérescence !

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Par  Nate Bear, le 16 octobre 2026

L'autre jour, j'ai posté un tweet plutôt spontané qui n'a pas plu aux crétins du mouvement MAGA ni aux libéraux impérialistes. Ce qui confirme qu'il était bien vu. Le voici, avec un million de vues à son actif.

Les réactions sont allées de "eurofag" (drôle) à "attardé" (basique) en passant par des explications selon lesquelles les chefs de tribus eux-mêmes approuvent, voire cautionnent cette pratique du baptême d'équipements militaires à leur nom. [eurofag : mot d'argot internet pour désigner de manière péjorative ou provocatrice une personne originaire d'Europe ou un utilisateur européen].

Ce qui n'est pas faux. Mais cela ne change en rien mon opinion. La pratique n'en reste pas moins odieuse. Grandement.

La pratique consistant à donner aux machines de guerre et aux munitions impériales des noms inspirés des tribus amérindiennes et de leurs propres armes aurait apparemment débuté dans les années 1940 et a été officieusement codifiée par un règlement de l'armée dans les années 1960, exigeant que tout équipement nouvellement fourni soit baptisé de manière à "rappeler un tempérament agressif". Après consultation des chefs de tribu, ces nouveaux équipements - principalement des hélicoptères - ont ainsi été baptisés du nom de tribus. Dans certains cas, des cérémonies sont organisées au cours desquelles les chefs de tribu bénissent ces monstruosités d'acier et de plastique. Cette pratique, toujours en cours aujourd'hui, signifie qu'une part importante du matériel de l'armée américaine porte le nom de tribus autochtones, des hélicoptères Apache Longbow à l'avion à voilure fixe C-12 Huron, en passant par les navires sauveteurs de la "classe Navajo". En 2024, un nouveau navire de cette classe a été baptisé le Narragansett. Et puis, bien sûr, il y a le missile Tomahawk et le Longbow Hellfire. Au total, près de trente équipements militaires américains portent les noms de tribus autochtones.

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Les motifs de cette pratique odieuse sont assez évidents : les noms de peuples victimes de génocide et de meurtres de masse ont été détournés par leurs bourreaux pour commettre le génocide et le meurtre de masse d'autres peuples.

Que certains chefs de tribus accordent leur bénédiction à cette pratique est particulièrement déprimant, et certainement ni réjouissant ni disculpatoire.

Le missile qui s'est abattu sur une école de filles le premier jour de l'attaque contre l'Iran, tuant 156 personnes, dont 120 enfants, répondait au nom de "Tomahawk".

Les peuples autochtones des États-Unis veulent-ils vraiment être associés à des armes d'infanticide ? Est-ce vraiment un honneur pour les Amérindiens qu'une arme portant leur nom, utilisée par ceux-là mêmes qui les ont génocidés et dépossédés, tombe du ciel pour tuer 156 personnes ? Un missile lancé à des centaines de kilomètres d'une cible civile rend-il vraiment hommage à l'esprit combatif des Algonquins qui ont à l'origine créé le tomahawk ? Bien sûr que non. Le missile Tomahawk est une arme lâche à longue portée utilisée pour commettre des meurtres de masse de sang-froid.

Rien ne prouve que le missile Tomahawk ait jamais été béni par des chefs tribaux, ni que la marine américaine ait consulté les tribus. Mais force est de constater que du matériel a bien été béni par des chefs tribaux, et que les tribus semblent soutenir ces pratiques de baptême (ou du moins ne s'y opposent pas de manière significative). En effet, en avril dernier, après que le "Tomahawk" a massacré des enfants iraniens, le nouvel avion d'attaque de l'armée américaine, le Cheyenne,  a été béni lors d'une cérémonie à laquelle ont participé la tribu des Cheyennes du Nord ainsi que les tribus des Cheyennes et des Arapahos.

Cette pratique témoigne d'une facette particulièrement décourageante de l'assimilation des autochtones dans la société de leurs oppresseurs. Et bien sûr, les chefs restent des chefs, quelle que soit la hiérarchie. Elle ne reflète peut-être pas grand-chose du ressenti global d'un groupe. De plus, elle fait abstraction de la relation encore profondément inégalitaire entre les deux groupes. Les chefs de tribu ont peut-être le sentiment de ne pas avoir le choix. Mais que cette pratique se poursuive avec le consentement, même partiel, des autochtones est consternant, ne serait-ce qu'en raison de l'énorme inégalité aux États-Unis entre les communautés tribales et les communautés non tribales.

Les Amérindiens affichent le taux de pauvreté le plus élevé de tous les groupes ethniques aux États-Unis, entre 25 % et 30 %. Le Dakota du Sud, terre de la nation sioux, qui regroupe les peuples Nakota, Lakota et Dakota, est l'État présentant le  taux de pauvreté le plus élevé (45 %) de tous les groupes aux États-Unis. L'hélicoptère d'attaque "Sioux" et l'hélicoptère utilitaire léger "Lakota" ont ainsi été baptisés en leur honneur, et en 2012, les anciens Lakota les ont béni  lors d'une cérémonie organisée dans la réserve de Standing Rock. Dans ce cas précis, les chefs tribaux se sont contentés de gestes symboliques plutôt que de réclamer une justice véritable. La société coloniale a imposé l'assimilation aux tribus amérindiennes en attribuant leurs noms à des machines de guerre plutôt que de leur offrir progrès, justice ou égalité. Les taux de pauvreté dans les réserves peuvent atteindre 50 %, avec des taux de chômage frôlant les 90 %.

Bien sûr, certaines nations autochtones, et en particulier certains chefs de tribu, n'ont guère de raisons de se plaindre, ayant très bien tiré leur épingle du jeu grâce à leurs accords avec divers gouvernements d'État via  l'exploitation de casinos et de complexes de jeux.

Et si certains semblent accepter cette appropriation, leur adhésion n'est pas totale. Le militant des Premières Nations Vernon Bellecourt a mené une campagne contre les équipes sportives américaines utilisant des surnoms inspirés des terres tribales, et s'est également opposé au nom "Black Hawk" choisi pour un hélicoptère. En 2011, le nom de code "Geronimo" donné à l'opération qui a tué Oussama Ben Laden a également été  largement condamné par les chefs de tribus. De plus, la résistance des groupes autochtones à la société coloniale américaine est loin d'être éteinte, comme en témoignent les manifestations de Standing Rock en 2017 contre l'oléoduc DAPL qui ont vu 200 tribus se mobiliser pour protéger une source d'eau sacrée.

La survie elle-même est aussi une forme de résistance.

Mais en réalité, entre l'épuisement, la cooptation et la brutalité de la société dominante, un système profondément inéquitable persiste.

Cette pratique de dénomination n'est donc pas tant une condamnation des opprimés qu'une condamnation des oppresseurs.

Et franchement, elle relève tout à fait de la mentalité yankee.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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