📚 17/10/2026 ssofidelis.substack.com  9min ⁑️ 6 #330269

Des promesses de sécurité illusoires

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Par  Larry C. Johnson, le 17 octobre 2026

Le nouveau rapport de Karl Miller révèle que les pays du Golfe ont payé pour une protection qu'ils n'ont jamais obtenue, et qu'il est grand temps de tourner la page.

Depuis des années, on répète aux monarchies du Golfe que la voie vers la sécurité passe par Washington et Tel-Aviv. Signez les Accords d'Abraham, achetez des technologies israéliennes de défense et de surveillance, investissez dans les bons fonds américains, et vous serez protégés. Puis cette guerre a éclaté. Des raffineries en Arabie saoudite, des trains de GNL au Qatar et des installations énergétiques à travers toute la région ont été touchées, et aucun de ces partenariats n'a empêché les missiles et les drones de tomber.

Karl Miller, dont j'ai suivi les analyses sur la crise énergétique du Golfe tout au long de cette guerre, s'intéresse désormais à l'argent et à la politique qui se cachent derrière ce pacte de sécurité. Son nouveau rapport porte un titre provocateur : "Comment les pays du Golfe ont été contraints de financer un génocide économique et collectif en Palestine". Le titre résume son allégation. Ce qui fait l'intérêt de ce rapport, c'est que Miller prend soin de distinguer ses allégations des preuves issues des documents, et les éléments documentés sont déjà suffisamment accablants en eux-mêmes.

Suivez l'argent : Affinity Partners

Au cœur de ce rapport figure Affinity Partners, la société d'investissement fondée par Jared Kushner après avoir quitté son poste de conseiller principal au sein de la première administration de son beau-père, où il a été l'un des principaux artisans des Accords d'Abraham. Les fonds souverains du Golfe ont afflué presque immédiatement. Miller reconstitue les engagements rendus publics :
Source : Karl W. Miller, "The Promise of False Security" (16 octobre 2026), compilé à partir d'informations publiques. Les engagements ne correspondent pas aux versements effectifs.

Les commissions ont suivi. En septembre 2024, Affinity avait perçu environ 157,5 millions de dollars de commissions de gestion auprès d'investisseurs étrangers, dont 87 millions provenant du Fonds public d'investissement saoudien. Une lettre du Congrès datée de mars 2026 estime que plus de 60 millions de dollars supplémentaires devaient être versés en 2025. Cela représente plus de 217 millions de dollars sur ces deux périodes. Pourtant, en juillet 2024, le fonds n'avait investi qu'environ 1,1 milliard de dollars, soit à peu près 37 % des montants engagés par les investisseurs. Le verdict de M. Miller : une rémunération trop élevée pour des résultats concrets trop médiocres.

Affinity a bel et bien réalisé des investissements, note-t-il, mais le gestionnaire a été grassement rémunéré avant même que ses bailleurs de fonds du Golfe n'aient constaté de rendements avérés.

Où l'argent a-t-il été investi ?

La partie la plus explosive du rapport concerne la destination finale d'une partie de ces capitaux. Affinity a acquis une participation dans Phoenix, l'un des plus grands groupes israéliens d'assurance et d'investissement en vertu d'une autorisation permettant des participations indirectes allant jusqu'à 10 %. Après avoir cédé un quart de ses actions en juillet 2026, elle détient toujours environ 7,4 %. Phoenix, pour sa part, détient des participations dans une longue liste d'entreprises israéliennes du secteur de la défense, notamment une participation estimée à au moins 265 millions de dollars dans Elbit Systems, le plus grand fabricant d'armes du pays, ainsi que des participations dans des fabricants de caméras pour drones, de fusées d'artillerie et de composants pour véhicules blindés. Une analyse de son portefeuille révèle également que Phoenix finance des logements dans les colonies d'Emmanuel et d'Efrat, en Cisjordanie, et détient une participation de 80 % dans un centre commercial situé à Jérusalem-Est occupée.

La Cour internationale de justice a estimé, dans son avis consultatif de juillet 2024, que la politique de colonisation d'Israël dans les territoires occupés est illégale, tout comme l'a constaté la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies. En d'autres termes, l'argent du Golfe, levé en partie grâce à la promesse d'une paix arabo-israélienne, se retrouve aujourd'hui, par le biais d'une participation minoritaire, dans une société liée à l'industrie de l'armement israélienne et à des activités liées aux colonies.

Miller définit clairement les limites, et je me dois d'en faire de même. L'implication est indirecte. Une participation de 7,4 % dans Phoenix ne signifie pas qu'Affinity détient ou contrôle l'intégralité du portefeuille de Phoenix, et les prêts destinés aux colonies qu'il cite ont été accordés avant l'investissement d'Affinity. Mais pour les gouvernements du Golfe qui défendent publiquement la création d'un État palestinien, toute implication de leur fonds souverain dans cette chaîne est inacceptable.

Les Émirats arabes unis : une dépendance présentée comme une protection

Le deuxième volet du rapport concerne la sécurité. Depuis les Accords d'Abraham, les Émirats arabes unis ont noué des liens étroits avec l'industrie de défense israélienne. En mars 2021, le conglomérat de défense émirati EDGE et Israel Aerospace Industries ont convenu d'élaborer ensemble un système de protection contre les drones, en liant explicitement ce projet aux Accords. En novembre 2021, ces mêmes partenaires ont annoncé le lancement de navires de surface sans pilote destinés notamment à la sécurité maritime et aux opérations pétrolières et gazières. Par ailleurs, la société Mubadala d'Abou Dhabi a déboursé 1,025 milliard de dollars pour acquérir 22 % du gisement de gaz israélien de Tamar en 2021.

Selon l'analyse de Miller, cette intégration a compromis l'autonomie sécuritaire des Émirats arabes unis, en implantant des fournisseurs étrangers au sein d'institutions critiques et en restreignant la liberté d'action du gouvernement. Il ne prétend pas, et rien ne le prouve, qu'Israël contrôle le gouvernement émirati. Son argument est plus subtil et, à mon sens, plus pertinent : un pays qui ne peut pas exploiter, réparer ou remplacer ses propres systèmes critiques sans l'aide d'un fournisseur étranger n'est pas souverain sur ces systèmes.

La pseudo-sécurité

C'est là le cœur du rapport. L'accès aux cercles politiques et les armes de pointe ne garantissent pas la protection. Les États du Golfe ont acheté des systèmes anti-drones, des outils de surveillance et un accès privilégié à Washington. Ce dont ils avaient besoin, soutient Miller, c'était la capacité à maintenir l'approvisionnement en pétrole et en gaz depuis la tête de puits jusqu'au client payant : production, traitement, électricité, pipelines, ports, transport maritime et systèmes d'encaissement. Un système anti-drones peut neutraliser une menace bien définie, mais ne peut garantir qu'une raffinerie reste opérationnelle, qu'un oléoduc continue de pomper ou qu'un pétrolier puisse atteindre son acheteur. Les événements de cette année l'ont démontré. Les partenariats ont été annoncés en grande pompe. Les infrastructures ont quand même été touchées.

Se retirer, se rétablir, reprendre le contrôle

La recommandation de Miller est sans appel. Les gouvernements du Golfe et leurs fonds souverains doivent mettre fin à leurs relations financières avec Trump et Kushner et ne plus dépendre des fournisseurs israéliens de matériel de défense et de surveillance. Concrètement, ils devraient :

Riyad / Quartier financier du roi Abdullah

Premièrement, mettre un terme à tout nouvel engagement, renouvellement ou extension. Deuxièmement, faire usage de tous les droits contractuels à leur disposition pour se retirer, transférer ou vendre leurs participations dans les fonds et récupérer leur capital, tout en exigeant un décompte complet des commissions, des intérêts de participation et autres avantages perçus par le gestionnaire. Troisièmement, reprendre le contrôle des données, des clés logicielles et des accès administratifs détenus par des fournisseurs étrangers, mais selon des modalités prudentes qui n'entraînent pas l'arrêt des systèmes essentiels. Quatrièmement, acquérir des dispositifs de sécurité de remplacement en se fondant sur des performances éprouvées et un contrôle souverain, et non sur des promesses politiques. Et cinquièmement, protéger l'ensemble de la chaîne des recettes pétrolières et gazières.

Miller est tout aussi explicite sur ce que son rapport ne prouve pas. Il n'établit pas l'existence d'une extorsion au sens juridique du terme, d'une structure de commandement unique reliant Washington, Tel-Aviv et Affinity, ni la responsabilité pénale personnelle de quiconque. Ces questions exigent des enquêteurs qu'ils établissent des liens entre promesses, menaces, décisions et transactions financières spécifiques. L'argument de Miller est que les pays du Golfe n'ont pas besoin de ces preuves pour agir. Les commissions sont documentées. L'exposition au risque l'est aussi. L'échec de la protection promise est manifeste dans la fumée qui s'élève au-dessus des raffineries du Golfe.

Mon point de vue

On a vendu aux États du Golfe une pseudo-affaire en or : normalisez vos relations avec Israël, achetez sa technologie, investissez auprès du gendre du président, et les États-Unis et Israël assureront votre sécurité. Ils ont respecté leur part du marché. La protection n'est jamais arrivée. Leur argent a servi à payer des honoraires à un gestionnaire doté de connexions politiques et a indirectement alimenté l'industrie de l'armement et l'économie des colonies israéliennes, tandis que leurs propres infrastructures pétrolières et gazières partent en fumée.

Le conseil de Miller est le bon. Se retirer, récupérer l'argent et prendre le contrôle de sa propre sécurité. Les dirigeants de Riyad, d'Abou Dhabi et de Doha devraient se poser cette simple question : qu'ont-ils réellement acheté ?

Traduit par  Spirit of Free Speech

Le colonel Wilkerson et moi-même débutons cette journée avec Nima :

La table ronde INTEL d'aujourd'hui a réuni Scott Ritter, Joe Kent et Larry Johnson :

Sulaiman et moi avons débattu de la question de savoir si Trump utilisera une MOAB [La bombe américaine GBU-43/B MOAB (Massive Ordnance Air Blast), surnmommée la "mère de toutes les bombes", possède une puissance équivalente à environ 11 tonnes de TNT (selon certaines estimations, environ 11 à 44 tonnes d'équivalent TNT selon la composition mesurée)] :

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