Ouverture libre
La GrandeCrise se fiche de "leur" Raison
• Partout s'étend l'incendie que les chroniqueurs courants détaillent selon l'air du temps local. • Voyez donc plus grand et plus haut, on vous explique sans sans nécessité de charge policière.
Ce texte court, incisif et tranchant du philosophe et anthropologue italien Andrea Zhok, déjà rencontré à plusieurs reprises sur notre site, est aussi décisif en ce qu'il nous tout ce qu'il y a d'essentiel) dire sur les troubles actuels qui secouent la France en même temps que les pays limitrophes qui s'enflamment à leur tour. "Irrationnel" s'exclament certains en voyant ces destructions, ces pillages et cette violence.
Notre avis est assez simple, à peu près comme notre titre : la GrandeCrise se fiche bien de nos émois locaux et nationaux et de nos leçons de morale, venues des impotents et des professeurs de vertus des deux côté de l'échiquier, comme des enthousiastes et des terrorisés qui croient d'un regard curieusement semblable, bonheur et terreur à la fois, au Grand Soir multiple par les lendemains qui chantent.
La vérité est ailleurs, écrasante et d'une puissance d'au-delà les conceptions de notre Raison-Subvertie, - lorsque, pour faire court et très journalistique, l'histoire fait-diversière des brouhahas locaux et sans but très compréhensible se fait métahistoire, avec ses hauteurs insondables et ses causes grandiuoses :
"Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens - Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie - est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu'à l'échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l'on prend suffisamment de hauteur".
Le texte de Andrea Zhok, sur Facebook, traduit par ' euro-synergie.hautetfort.com' ce 18 octobre 2026... Attachez vos ceintures car, désolé, l'atterrissage dans la réalitéc reste d'être assez brutal
dde.org
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France, Europe: attachez vos ceintures !
Les images des flammes qui enveloppaient l'hôtel de ville de Limoges, en France, et de l'effondrement de son clocher font le tour du monde. Des épisodes comme celui-ci ne peuvent qu'être condamnés, tout comme les actes de pillage qui ont accompagné les manifestations dans de nombreuses régions de France.
Toutefois, si nous nous limitions à ce niveau de réflexion, nous ne ferions que nous livrer à un exercice classique de conservatisme petit-bourgeois, qui a ses raisons, mais qui est aussi tragiquement myope. Faire la morale à propos des voitures brûlées et des vitrines brisées, sans aller au-delà, est simplement le signe que l'on n'a pas encore compris la gravité des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.
Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens - Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie - est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu'à l'échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l'on prend suffisamment de hauteur.
Rationnel ne signifie pas indolore, ni exempt d'injustices.
Il faut exercer son regard à tenir ensemble deux niveaux d'analyse : celui où l'on peut juger certains actes et certains individus barbares, inciviques, vandales, et celui où l'on peut - et où l'on doit - comprendre que l'histoire est toujours un fleuve qui charrie des débris et des cadavres, mais c'est un fleuve que les sermons n'arrêtent pas.
Ce qui se produit obéit à une implacable rationalité collective, même si ceux qui y prennent part n'en ont souvent qu'une compréhension limitée, voire aucune.
Depuis de nombreuses années, les populations européennes font l'expérience de classes dirigeantes qui se présentent comme un organisme technocratique anonyme, une muraille de caoutchouc qui se déplace d'elle-même et avance en "pilotage automatique", dans une indifférence totale aux besoins de la population. Le pari de ces couches technocratiques liées à la finance a été de parvenir à endormir les consciences avec l'actuel opium des peuples que constituent les médias - divertissement et information-spectacle - et de dompter les récalcitrants par des mesures restrictives: un coup de matraque par-ci, une fermeture de comptes par-là, une petite loi électorale ici, une annulation d'élections là, etc.
Le postulat général, tacite et incontesté des dirigeants européens est qu'on ne raisonne pas avec la plèbe: on se contente d'alterner la carotte et le bâton.
Tout ce qui est dit publiquement est toujours un mensonge intéressé, sans exception, hormis les cas fortuits où une vérité peut, à son tour, être instrumentalisée. Le discours public est devenu une interminable comédie qui se soucie de moins en moins de préserver un semblant de crédibilité.
Ainsi, personne de sain d'esprit ne pense réellement que la Russie s'apprête à nous envahir, mais cela n'empêche pas des cohortes de petits guignols institutionnels de répéter chaque jour ces conneries avec le plus grand sérieux. Et, naturellement, tout le monde sait que, dans ce jeu de fables montées en épingle par une presse stipendiée, le seul élément qui compte, le pivot qui demeure au gré des circonstances, est la volonté de disposer arbitrairement des ressources publiques pour les orienter vers des intérêts privés.
En substance, les classes dirigeantes ont depuis longtemps pris l'habitude de traiter la population comme un animal idiot, avec lequel toute argumentation rationnelle est exclue et qu'il faut traiter, d'un côté, par des flatteries sélectives et des privilèges ciblés, et, de l'autre, en la réduisant à l'impuissance.
Et ce mécanisme peut fonctionner, et fonctionne longtemps.
Jusqu'au jour où il ne fonctionne plus.
Et il ne fonctionne plus le jour où trop de personnes perdent trop de choses pour pouvoir se permettre de rester dans la torpeur.
Il ne faut pas comprendre ici "perdre trop" comme quelque chose qui irait jusqu'à "mourir d'inanition".
Dans une société moderne, les gens se retrouvent dans des situations de privation insupportable bien avant de "mourir de faim".
Aujourd'hui, par exemple, ne pas avoir les moyens d'utiliser une voiture ou d'accéder à Internet signifie, pour la majorité de la population, être coupé du monde, du travail, de la vie sociale, de la vie tout court. Et le fait que les voitures et les téléphones portables aient autrefois été des biens de luxe ne change rien: c'est désormais le nouveau seuil de "participation à la vie commune", ce qui distingue la vie de la non-vie.
Des populations entretenues comme des bêtes de somme auxquelles on distribue occasionnellement du pain et des jeux, des petits boulots de merde et du baratin télévisuel ne sont pas et ne seront pas, le jour où cette mécanique s'enraye, sensibles aux arguments du respect de l'espace public, de la propriété, des monuments, etc.
Ceux qui brûlent des voitures, des bâtiments historiques et des magasins sont des individus privés de repères culturels et moraux. Mais les véritables coupables, ceux qui devraient être amenés à payer, sont ces couches dirigeantes qui ont cultivé et voulu cette privation, pensant qu'elle leur serait utile.
Aujourd'hui, la cocotte-minute est sur le point d'exploser. Même si cette vague devait retomber, ce n'est que le début, car les classes dirigeantes européennes ne sont en mesure, ni matériellement ni culturellement, de rectifier le cap. Alors, attachez vos ceintures, car nous allons droit dans le mur.