
Par Andrew P. Napolitano, le 15 octobre 2026
"Il est défendu de tuer; tout meurtrier est puni, à moins qu'il n'ait tué en grande compagnie, et au son des trompettes.." - Voltaire (1694-1778)
Un gouvernement qui revendique le pouvoir de tuer après avoir maîtrisé, désarmé, jugé, condamné et incarcéré une personne fait une affirmation saisissante sur la nature du pouvoir politique. Il revendique non seulement le pouvoir de protéger les innocents contre la violence, mais aussi celui d'infliger la violence en l'absence de toute menace immédiate.
Il prétend qu'ôter la vie à un être humain, ce qu'il condamne à juste titre lorsque des particuliers s'en rendent coupables, devient en quelque sorte moralement acceptable lorsque les agents de l'État s'en rendent coupables. Voilà la contradiction fondamentale de la peine de mort : l'État tue les plus démunis pour protéger les plus forts.
La Déclaration d'indépendance propose une conception radicalement différente de l'État. Tous les êtres humains possèdent des droits naturels, et les gouvernements sont établis pour protéger ces droits. Les pouvoirs légitimes de l'État découlent exclusivement du consentement des gouvernés. L'État n'est pas maître de nos vies. Il est notre création, établie pour protéger des droits qui précèdent son existence. Son autorité est limitée, et il ne peut légitimement revendiquer des pouvoirs que le peuple qu'il gouverne ne possède pas lui-même.
Les individus possèdent un droit naturel de se défendre contre une attaque illégale. Ils peuvent recourir à la force nécessaire et proportionnée pour repousser un agresseur. Comme le peuple dispose de ce droit, il peut le déléguer au gouvernement, y compris à une armée à des fins défensives. L'autorité légitime du gouvernement à mener une guerre défensive découle, sur le plan moral et juridique, du droit préexistant du peuple à l'autodéfense.
Mais de quel droit un individu dispose-t-il pour tuer un ennemi vaincu qui s'est rendu, a été désarmé et est détenu dans une cellule de prison ? De quel droit un simple citoyen dispose-t-il pour exécuter un prisonnier qui ne représente plus une menace immédiate ? Aucun. Le droit de légitime défense n'inclut pas le droit de tuer un captif sans défense en représailles d'une offense passée.
Et si le peuple ne possède pas ce droit, comment peut-il le déléguer au gouvernement ? Le principe est simple : le gouvernement ne peut légitimement acquérir, par le consentement des gouvernés, un pouvoir que les gouvernés eux-mêmes ne possèdent pas.
L'incarcération protège la société. L'exécution révèle la prétention de l'État à la toute-puissance.
Le projet du ministre de la Défense Pete Hegseth d'exécuter publiquement un accusé condamné et de diffuser l'exécution en direct témoigne d'une vision particulièrement répugnante du pouvoir d'État. Si ce projet venait à être mis en œuvre, un tel spectacle ne démontrerait pas la grandeur de la civilisation américaine. Il exposerait au grand jour sa dépravation morale. Il ferait de la destruction délibérée d'un être humain un divertissement politique, l'appareil d'État jouant les producteurs et les promoteurs.
Quelque chose de profondément troublant se dégage de ces autorités qui voudraient faire de la mort d'un être humain un spectacle public. Quelle leçon un tel direct enseignerait-il ? Que l'État a le droit de tuer, que sa violence mérite un public, et que adultes et enfants devraient apprécier le spectacle de la vie d'un prisonnier impuissant, cloué dans un fauteuil roulant, anéantie par des snipers militaires ? Que la réponse appropriée à un acte répréhensible serait non pas la modération du pouvoir, mais la célébration de son expression la plus meurtrière ?
Il s'agit là d'une plongée cruelle et inhabituelle vers la barbarie, d'une glorification des meurtres d'État et d'une incitation à cultiver une culture de la peur et de la mort. La civilisation progresse quand elle restreint la violence, même en réponse à des crimes terribles. La barbarie gagne du terrain quand la violence devient l'instrument d'un spectacle public et d'une gratification collective.
L'implication de l'armée rend cette proposition encore plus grotesque. Le ministère de la Défense a pour mission de défendre le pays contre les menaces extérieures, et non de transformer l'exécution de prisonniers en une production propagandiste. Les forces armées ne doivent pas être réduites au rôle de machinistes dans un spectacle politique moralisateur où le gouvernement célèbre son pouvoir sur la vie d'un détenu.
Une société libre devrait se montrer particulièrement méfiante lorsque le gouvernement cherche à faire étalage de sa capacité à tuer. Les Pères fondateurs avaient compris que tout pouvoir gouvernemental doit être encadré et limité, et non célébré. Des exécutions publiques encourageraient l'attitude inverse, soit la vénération du pouvoir de destruction de l'État plutôt que le respect de son devoir de protection.
Un gouvernement soucieux d'afficher son sérieux moral doit protéger les innocents, poursuivre les crimes de manière équitable, garantir une procédure régulière et enfermer les délinquants dangereux sous bonne garde. La réclusion à perpétuité neutralise un meurtrier sans imposer à la société de prétendre que tuer serait un acte de rédemption. Elle offre également la possibilité de rectifier une condamnation erronée.
Rien de tout cela n'atténue la souffrance des victimes de meurtre ni celle de leurs familles. Leurs deuils sont profondément douloureux, et leur chagrin sans limite mérite de la compassion plutôt qu'une exploitation politique. Mais l'État n'honore pas les victimes en imitant la violence qui les a anéanties. Il les honore en instaurant un système judiciaire qui interdit de confondre vengeance et vertu.
Les valeurs qui sous-tendent tant la Déclaration d'indépendance que la Constitution rejettent un gouvernement doté d'une autorité illimitée. Les Pères fondateurs ont créé un gouvernement limité dont la légitimité dépend du consentement effectif des gouvernés. Le consentement n'est pas un chèque en blanc, et une majorité démocratique ne peut faire de chaque exercice du pouvoir gouvernemental un acte moralement légitime par son simple financement.
La peine de mort détourne le gouvernement de son rôle de protecteur de la vie pour en faire un destructeur délibéré, puis invite le public à faire passer cette destruction pour de la justice. Une exécution diffusée en direct à la télévision pousserait cette contradiction à son extrême obscène, transformant la mort en spectacle et la violence d'État en divertissement pornographique.
Un peuple libre doit rejeter ce culte de la mort.
La valeur d'un gouvernement civilisé ne se mesure pas à l'efficacité avec laquelle il exécute un prisonnier sans défense, ni au nombre de spectateurs réunis pour assister à l'exécution. Elle se mesure à sa capacité à restreindre fidèlement son propre pouvoir, même lorsque la colère, la peur et la soif de vengeance font de cette retenue un obstacle politique.
Le gouvernement existe pour protéger nos droits naturels, et non pour devenir l'arbitre ultime et incontestable de ceux qui méritent de vivre. Lorsque l'État prétend que son droit de tuer est inhérent et légitime, il exige une soumission qu'aucun peuple libre ne doit lui accorder.
Traduit par Spirit of Free Speech
Pour en savoir plus sur le juge Andrew Napolitano, rendez-vous sur JudgeNap.com