
Andrea Marcigliano
Source: electomagazine.it
Dmitri Medvedev parle sans mâcher ses mots. Sans faux-semblants diplomatiques, sans même une once de tolérance.
Il nous y a désormais habitués. Il semble s'être délibérément taillé le rôle du dur, de la voix féroce de l'entourage de Poutine.
Et je souligne "délibérément", car le parcours personnel et la carrière politique de Medvedev auraient laissé attendre tout autre chose.
C'était le plus occidental, voire le plus "américain", des hommes au sommet du Kremlin.
D'abord étudiant brillant, il a ensuite manifesté un vif intérêt pour le modèle économique et social des États-Unis.
Allant même, en des années diplomatiquement plus sereines qu'aujourd'hui, visiter les États-Unis et, surtout, des pôles comme la Silicon Valley.
Dont il aurait voulu importer le modèle en Russie.
Certes, il est devenu, au fil des ans, l'un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine.
Il a toutefois longtemps incarné l'âme, disons, "occidentale" de l'élite russe.
Celle qui regardait avec intérêt le modèle américain.
Qui voulait donner au pays une orientation résolument "démocratique".
Mais ensuite, les choses ont pris la tournure que l'on sait. Mauvaise, incontestablement.
Washington s'est révélé être un "ami" dangereux. Dévastateur.
Qui a systématiquement œuvré à détruire la Russie. À la démembrer. À la réduire à de petits États faciles à contrôler.
Et c'est ainsi que l'étoile de Medvedev a pâli.
Affecté, par la volonté de Poutine, à une fonction très prestigieuse, mais qui n'est plus opérationnelle.
De fait, il n'est plus en mesure de prendre des décisions stratégiques.
Pas une disgrâce. Plutôt le constat réaliste que la guerre exigeait, et exige encore, d'autres hommes. Dotés d'autres compétences.
Que cela ait plu à Medvedev est assurément douteux.
Ce qui est certain, toutefois, c'est que sa fidélité à Poutine n'a pas faibli.
Tandis que son attitude envers l'Occident, autrefois tant admiré, a radicalement, profondément changé.
Aujourd'hui, Medvedev ne ménage ni les invectives violentes ni les sarcasmes féroces envers l'OTAN et l'Union européenne. Et sa défiance totale à l'égard de la Maison-Blanche est tout aussi manifeste.
Il est devenu un partisan de la guerre à outrance. N'excluant même pas le recours tactique aux armes nucléaires.
Il est contestable que cela ne soit que le fruit de la déception et d'un tempérament porté aux extrêmes.
Medvedev regarde plutôt vers l'avenir.
Et l'avenir comporte une grande inconnue.
La succession de Poutine.
Car le tsar a désormais largement dépassé les soixante-dix ans et, même s'il jouit d'une excellente santé, les jeux de succession commencent à s'ouvrir autour de lui.
Medvedev vient de passer le cap des soixante ans. Et, comme Poutine, il est originaire de Saint-Pétersbourg.
Un Occidental, donc, au sein de la nomenklatura russe.
Il sait toutefois que cela ne saurait guère lui suffire pour prétendre à la succession.
Ses déclarations violentes, ses outrances, disons-le ainsi, doivent donc être envisagées dans cette perspective.
Medvedev cherche probablement aussi l'appui des militaires et, plus généralement, de ceux qui considèrent comme inévitable l'affrontement avec l'Occident. Et avec Washington même.
Y parviendra-t-il ?
Il est trop tôt pour évaluer la situation.
D'autant que le tsar Vlad semble en parfaite forme.
Et bien décidé à tenir fermement la barre.