📚 19/10/2026 investigaction.net  17min ⁑️ 6 #330409

« Extending Russia »: Succès, échecs Où en est la stratégie Us visant à affaiblir Moscou?

Conor Gallagher

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Alors qu'un nouveau rapprochement entre les États-Unis et la Russie semble une fois encore se profiler, le moment me paraît bien choisi pour faire le point sur les objectifs controversés énoncés dans le rapport de la RAND publié en 2019, " Extending Russia" : tirer parti de positions avantageuses.

Ces dernières semaines, les spéculations sur des accords entre Washington et Moscou se sont multipliées : les États-Unis chercheraient notamment à prendre position sur Nord Stream et sur les exportations de diesel. À cela s'ajoutent désormais les pressions sur Zelensky, qui pourraient aller jusqu'à de nouvelles restrictions du partage de renseignements.

On peut y voir une simple manœuvre pour gagner du temps, permettre à l'Ukraine et à ses soutiens occidentaux de reprendre leur souffle et de se réorganiser, ou une véritable tentative de certaines factions du "Blob" - l'establishment de la politique étrangère américaine - de prélever leur part sur les flux d'énergie russe vers l'Europe, tout en atténuant un peu la pénurie de pétrole et en maintenant une pression maximale sur l'Iran. Toutefois, il est très peu probable que l'objectif à long terme de provoquer l'effondrement de la Russie soit abandonné. Les États-Unis ont des vassaux pour s'en charger.

De fait, les publications récentes consacrées à la stratégie américaine vis-à-vis de la Russie développent précisément cette idée.

Il y a notamment le  rapport de l'U.S. Army War College, publié en juin de cette année, qui prolonge celui de la RAND en se concentrant exclusivement sur l'Europe. Selon ce schéma, les États-Unis doivent conserver le parapluie nucléaire ainsi que les fonctions de commandement et de contrôle, tandis que l'Europe doit fournir le sang, l'argent et le territoire, au seul service des intérêts du centre impérial américain. Il s'agit de préparer une guerre par procuration en tirant les leçons des erreurs du "projet Ukraine". Le rapport reconnaît ceci :

"Une stratégie délibérée et systématique de"porc-épic d'acier"en Ukraine aurait renforcé le pilier de la stratégie de dissuasion de l'OTAN."

Ce rôle reviendra désormais à l'Europe, puisque le rapport préconise un tournant vers un dispositif de défense de position.

Concrètement, il s'agit pour l'Europe d'encaisser des frappes russes massives tout en saignant la Russie à blanc dans une longue guerre aérienne d'usure. Cela semble insensé, non ? Pourtant, rien n'indique que les élites européennes soient de cet avis.

Il y a aussi la récente diatribe fasciste du secrétaire d'État Marco Rubio à Athènes, qui appelle au nationalisme européen - et au sacrifice - au service de l'empire. Nous l'avons analysée  ici.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore le rapport de la RAND, ou qui ont besoin de se rafraîchir la mémoire, nous allons passer rapidement en revue chacune de ses principales stratégies économiques et chacun des points de pression géographiques qu'il identifie, puis les comparer à la situation actuelle sur le terrain. Commençons par une vue d'ensemble. La RAND préconisait :

... un éventail de mesures non violentes susceptibles d'exploiter les vulnérabilités et les inquiétudes réelles de la Russie afin de mettre sous tension son armée et son économie, ainsi que la position politique du régime à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Les mesures que nous examinons n'auraient pour objectif premier ni la défense ni la dissuasion, même si elles pourraient contribuer à l'une et à l'autre. Elles sont plutôt conçues comme les éléments d'une campagne destinée à déséquilibrer l'adversaire, en amenant la Russie à rivaliser dans des domaines ou des régions où les États-Unis disposent d'un avantage concurrentiel, et à s'engager au-delà de ses capacités militaires ou économiques, ou encore en faisant perdre au régime du prestige et de l'influence sur le plan intérieur et/ou international.

C'est parti.

Les recettes pétrolières et gazières

L'objectif :

... accroître la production énergétique américaine et imposer à la Russie des sanctions commerciales et financières semblent être les moyens les plus susceptibles d'accentuer les tensions sur l'économie russe, le budget de l'État et les dépenses de défense. La Russie a besoin des recettes de ses exportations pétrolières pour financer le fonctionnement de l'État, notamment ses activités militaires à l'étranger ainsi que les services sociaux et les retraites dans le pays. Une réduction de ces recettes contraindrait la Russie à faire des choix difficiles, au-delà de ceux qu'elle a déjà dû effectuer. Aucun pays ne maîtrise entièrement les prix et la production mondiaux de pétrole, mais les États-Unis peuvent adopter des politiques qui augmentent l'offre mondiale et font ainsi baisser les prix, limitant par là même les recettes russes.

Cette stratégie ne fonctionnait déjà pas avant la désastreuse guerre américaine contre l'Iran, qui a provoqué des pénuries mondiales de pétrole, de gaz et de produits pétroliers ; depuis, elle fonctionne encore moins. La Russie a continué à trouver des acheteurs pour son pétrole, notamment les deux pays les plus peuplés du monde, l'Inde et la Chine. L'Europe a elle aussi continué à acheter du pétrole russe, mais par l'intermédiaire de revendeurs et à des prix majorés, ainsi que du gaz naturel, sous forme de GNL plutôt que par gazoduc, une solution pourtant moins chère et plus fiable.

Si les frappes de l'Ukraine et de l'OTAN contre les raffineries et les pétroliers russes ont fait des dégâts, Moscou est en mesure de rendre la pareille à l'Ukraine, et bien davantage encore. Dans cette guerre énergétique, le grand perdant est incontestablement l'UE.

Les États-Unis sont devenus l'un des leaders mondiaux de la production et des exportations d'énergie, même si l'on peut se demander combien de temps cette situation durera. Parallèlement, les goulets d'étranglement créés par Washington au Moyen-Orient font planer la menace d'une catastrophe économique mondiale : la hausse des prix alimente l'inflation, tandis que les pénuries s'aggravent et que les réserves s'amenuisent.

Ce désastre se retourne contre l'administration Trump, qui voit les perspectives du Parti républicain s'assombrir à l'approche des élections de mi-mandat. Trump a tenté de conclure un accord avec la Russie pour qu'elle augmente ses exportations de diesel. Mais cette idée se heurte à de fortes résistances, ne changerait probablement pas grand-chose et pourrait simplement viser à faire avancer le cessez-le-feu tant recherché en Ukraine, afin de retarder une victoire russe inévitable.

Autrement dit, c'est un désastre complet, et le pire reste à venir. La stratégie visant les exportations énergétiques russes n'a fait que contribuer aux pénuries, à la flambée des prix et à ce qui devrait devenir une crise alimentaire mondiale au printemps. Elle n'a eu aucun effet perceptible sur la stabilité du pouvoir à Moscou.

Dans l'ensemble, la Russie se porte très bien, même sans livraisons de gaz par gazoduc vers l'Europe, et les prévisions restent stables malgré le projet de l'UE de cesser tout achat de gaz russe à compter du 1er janvier 2027 :

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 Source

Le rapport de la RAND affirmait également que la Russie avait très peu d'alliés et pouvait facilement être isolée. Peut-être n'a-t-elle pas d'alliés, mais les autres pays ont des intérêts, au premier rang desquels l'énergie. Ses relations économiques avec ces pays se sont donc développées, tandis que celles avec l'Europe se sont dégradées.

Les mesures destinées à imposer des coûts

L'objectif :

Parmi les options les plus prometteuses pour une stratégie visant à imposer des coûts à la Russie figurent les investissements dans des missiles de croisière à longue portée, des missiles antiradar à longue portée et - s'ils sont suffisamment abordables pour être produits en grand nombre - des aéronefs autonomes ou télépilotés. Toutes ces mesures inciteraient Moscou à accroître la portée et les capacités des composantes terrestres et aériennes de ses systèmes intégrés de défense antiaérienne, ce qui serait coûteux. Des investissements dans des capacités de guerre électronique plus sophistiquées compléteraient ces options, mais ne susciteraient pas nécessairement d'investissements russes en réponse si les dirigeants russes ignoraient que les systèmes américains avaient été améliorés. Annoncer à grand renfort de publicité de possibles percées dans des technologies militaires essentielles pourrait également provoquer une réaction russe, même si ces percées ne se concrétisaient jamais. Les inquiétudes russes suscitées par ces options pourraient être encore accentuées par des déploiements périodiques de bombardiers sur des bases européennes et asiatiques, ainsi que par le déploiement d'armes nucléaires tactiques supplémentaires en Europe et en Asie.

Selon la plupart des analyses objectives, les Russes disposent désormais de l'armement le plus éprouvé au combat et le plus efficace au monde, tant sur le plan du coût que des performances, et leur capacité militaro-industrielle dépasse celle des États-Unis et de l'Europe. Un pays qui souhaitait auparavant développer ses relations économiques avec les États-Unis et l'Europe a ainsi été tiré de sa torpeur et transformé en colosse militaire. Cela a-t-il mis la Russie sous tension ? Bien sûr. Selon l' Institut international de recherche sur la paix de Stockholm :

Le financement de la guerre et des autres dépenses militaires par le budget fédéral russe a atteint environ 16 000 milliards de roubles en 2025, soit 7,5 % du produit intérieur brut (PIB). Toutefois, la croissance des dépenses militaires en termes réels a ralenti, passant de 38 % en 2024 à 6,1 % en 2025.

Pour tenter de rééquilibrer une économie en surchauffe sous l'effet de l'augmentation des dépenses de guerre, le gouvernement a mis en œuvre en 2025 une politique monétaire restrictive afin de réduire l'inflation. Les tensions budgétaires se sont néanmoins accentuées, avec un déficit de 2,6 % du PIB en fin d'année.

Mais ce n'est rien au regard des surcoûts auxquels l'Europe doit faire face.

Les pays de l'UE poursuivent leur réarmement alors que la contestation s'étend à travers l'Union. Les récents événements en France sont révélateurs. Tandis que la colère débordait dans les rues, où était le président Macron ?

À bord de la frégate multi-missions Auvergne, j'ai assisté au premier tir du nouveau missile balistique M51.3 depuis le sous-marin nucléaire lanceur d'engins Le Vigilant.

Très peu de nations disposent d'un tel savoir-faire.

Félicitations à tous les acteurs de cette réussite...  pic.twitter.com/bElCe99hMd

- Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron)  October 6, 2026

Les prochaines années risquent d'être explosives dans une Europe privée d'énergie, alors que la classe politique reste déterminée à faire imploser les sociétés du continent. Voici ce qu'écrit  Stop ReArm Europe :

"Des milliers de lycéens et d'étudiants à travers l'Europe se mobilisent pour refuser la militarisation et le retour de la conscription. Près de 20 millions d'enfants dans l'UE - soit un sur quatre - sont menacés de pauvreté ou d'exclusion sociale. Pendant ce temps, les gouvernements se sont engagés à consacrer à l'armée des sommes que le commissaire européen à la défense lui-même, Andrius Kubilius, évalue à 7 000 milliards d'euros d'ici à 2035."

Les États-Unis sont peut-être en meilleure posture que l'Europe, mais ça ne veut pas dire grand-chose.

Ils sont eux aussi confrontés à un effondrement de la confiance, à des inégalités de revenus abyssales, à l'incapacité d'approvisionner leurs aventures impériales, à une économie artificiellement dopée dont le prochain krach aurait déjà dû survenir, ainsi qu'à la répression intérieure. Leur PIB dépasse peut-être de loin celui de la Russie, mais celle-ci joue en défense et  semble disposer d'une société beaucoup plus soudée et plus favorable à son gouvernement.

Au total, l'Occident paraît bien plus déstabilisé que la Russie. Ce n'est pas bon signe, puisque même le rapport de la RAND affirme : "La plus grande vulnérabilité de la Russie dans toute compétition avec les États-Unis est son économie."

Les mesures géopolitiques

Les objectifs :

La manière la plus littérale de pousser la Russie au-delà de ses capacités serait peut-être d'augmenter le coût de ses engagements à l'étranger. Dès les années 1940, George Kennan - le père de la politique d'endiguement - avançait que l'Union soviétique était déjà engagée au-delà de ses moyens et que les coûts militaires, économiques et politiques du maintien de son empire finiraient par compter parmi les facteurs conduisant à la réforme ou à l'effondrement du système communiste.

La Russie actuelle est beaucoup moins engagée à l'extérieur que l'ancienne Union soviétique. Sa population est bien plus homogène, les Russes ethniques représentant plus de 77 % de ses habitants. Ses engagements extérieurs sont beaucoup plus limités : ils ne concernent que de petites portions de l'Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie, ainsi qu'une partie plus importante de la Syrie.

Le rapport énumère ensuite plusieurs initiatives américaines susceptibles d'accroître les engagements de la Russie à l'étranger :

1. Fournir des armes létales à l'Ukraine.

Des millions de morts et de blessés et des centaines de milliards de dollars plus tard, nous en sommes là. On pourrait, je suppose, soutenir que la Russie a été poussée à étendre ses engagements. L'issue du conflit reste à voir. Il est fort probable que le territoire qui constitue aujourd'hui l'Ukraine demeure, pendant de nombreuses décennies, un champ de ruines encore fumantes, traversé par la souffrance et la violence. Il faut s'attendre à la poursuite d'attaques ukrainiennes soutenues par l'Occident contre les forces d'occupation russes en Ukraine, mais aussi sur le territoire russe lui-même.

2. Reprendre le soutien aux rebelles syriens.

Les "rebelles" d'Al-Qaïda ont obtenu ce soutien, et ils ont pris la Syrie.

Moscou a refusé de mordre à l'hameçon et de se laisser entraîner dans un conflit sur place, alors que les forces armées syriennes avaient été payées pour ne pas combattre. La Russie a limité ses pertes et conserve une petite présence sur le littoral du nord-est de la Syrie, même si elle doit subir l'humiliation de  transférer des installations commerciales au groupe paramilitaire Hay'at Tahrir al-Cham et de transformer ses deux bases militaires en centres de formation conjoints. Les forces russes s'entraîneront donc aux côtés d'Al-Qaïda, qu'elles combattaient depuis leur entrée en guerre en 2015.

3. Favoriser un changement de régime en Biélorussie

Les États-Unis cherchent peut-être à le favoriser, mais, jusqu'à présent, rien de tel ne se produit. Et cela ne semble pas particulièrement imminent. L'administration Trump a récemment tenté de mettre un pied dans la porte grâce à un accord sur les engrais, mais la Biélorussie  n'en voulait pas sans la participation de la Russie.

4. Exploiter les tensions entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

Fait intéressant, les États-Unis ont pris ici la direction opposée : ils sont intervenus pour remplacer Moscou comme médiateur entre les deux pays du Caucase et ont repris à leur compte un projet russe de corridor de transit reliant l'Azerbaïdjan à la Turquie en passant par l'Arménie. La "Route Trump pour la paix et la prospérité internationales" (TRIPP) tarde à se concrétiser, mais risque de donner aux États-Unis un rôle disproportionné dans la logistique à ce carrefour du Caucase, tout en créant un corridor de l'OTAN de la Turquie jusqu'à la Caspienne - et potentiellement jusqu'en Asie centrale.

L'Arménie est devenue un avant-poste de l'OTAN, malgré le risque bien réel que cette orientation la détruise économiquement - voire pire. Erevan donne désormais davantage de voix pour réclamer le départ de la Russie de son unique base militaire dans le pays.

L'Azerbaïdjan, lui aussi, se lie rapidement à l'UE sur le plan économique grâce à ses exportations de gaz. À la fin de l'année dernière, le pays a annoncé que son armée était désormais aux normes de l'OTAN, et il s'est vanté de pouvoir menacer les navires russes en mer Caspienne à l'aide de drones navals.

Si une telle initiative serait suicidaire pour l'Azerbaïdjan, elle souligne néanmoins l'importance croissante de la Caspienne pour la Russie. Alors que les projets de liaisons terrestres à travers le Caucase se heurtent à des difficultés et que la mer Noire devient un théâtre de guerre, le volume des échanges entre la Russie et l'Iran par la Caspienne  monte en flèche.

Mais cette liaison rencontre elle aussi des difficultés. Des infrastructures iraniennes sur la Caspienne ont récemment été frappées dans le cadre du conflit avec les États-Unis et Israël, et ce que les bombes n'accompliront pas, le changement climatique s'en chargera. La Caspienne s'assèche rapidement.

5. Accorder une attention accrue à l'Asie centrale

La TRIPP et, plus largement, le "corridor médian" ont gagné en importance à mesure que les autres routes commerciales, terrestres comme maritimes, se désorganisent sous l'effet des guerres et des sanctions.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment souligné l'importance de ce corridor pour l'Occident en annonçant, dans son discours annuel, que l'UE consacrerait 12 milliards d'euros à des projets visant à tripler les flux commerciaux sur la route reliant l'Asie centrale à l'Europe d'ici à 2030.

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Alam et Blancas (2026), carte O.1, "Principaux corridors commerciaux reliant l'Asie et l'Europe". Banque mondiale. CC BY 3.0 IGO.

Malgré ces ambitions, la TRIPP a peu progressé depuis la signature de l'accord entre les États-Unis, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. On peut raisonnablement soupçonner que ces retards tiennent à des avertissements de Moscou et/ou de Téhéran, qui voient d'un mauvais œil un corridor de l'OTAN traversant leur arrière-cour commune. Du côté iranien, la TRIPP longe la frontière nord avec l'Arménie et n'en est éloignée, à certains endroits, que de quelques centaines de mètres.

Ainsi, si la TRIPP et les contrats gaziers avec l'UE ont réussi à réorienter l'Arménie et l'Azerbaïdjan vers l'Occident, les réalités du terrain limitent le développement possible de cette relation. Il en va de même, et plus encore, pour l'Asie centrale.

Pour ces pays, les conséquences économiques - voire pires - d'un soutien à la guerre de l'Occident contre la Russie seraient extrêmement lourdes. Il faudrait dès lors allonger des sommes considérables pour les amener à miser l'avenir de leur nation sur des alliances avec Washington et ses partenaires.

Toutefois, l'Europe l'a démontré : il ne faut pas sous-estimer la capacité d'un pays à agir contre ses propres intérêts économiques dans le but de faire souffrir la Russie.

Les options énumérées ci-dessus ne sont pas les seuls moyens d'exercer une pression sur la Russie. Comme le relève également la RAND :

D'autres initiatives géopolitiques possibles sont examinées dans d'autres travaux de la RAND, sans être directement évaluées ici : notamment renforcer les relations de l'OTAN avec la Suède et la Finlande, ou contester davantage les revendications russes dans l'Arctique...

Ces initiatives se sont également concrétisées. Quelle que soit l'issue de la dernière tentative de faire pression sur Zelensky pour obtenir un cessez-le-feu, les efforts visant à exercer une pression sur ces autres théâtres devraient se poursuivre - avec une réserve. Ce que montrent clairement d'autres documents, comme le rapport de l'Army War College, ainsi que le discours de Rubio à Athènes, c'est que ces projets reposent sur des "alliés" qui devront mourir et subir les répercussions économiques.

Pourtant, rien ou presque n'indique que le pouvoir russe soit proche d'une crise. Au contraire, les efforts destinés à pousser la Russie "au-delà de ses capacités" semblent l'avoir renforcée.

Mais il reste de l'espoir ! Foreign Affairs a récemment publié  un nouvel article dans une série de textes affirmant que le plan finira par fonctionner lorsque Poutine prendra sa retraite ou mourra.

Julian G. Waller, chercheur au sein du programme d'études russes du Center for Naval Analyses et chargé d'enseignement en science politique à l'université George Washington, écrit : "Un spectre hante la Russie : le spectre de la succession."

L'article manque entièrement de sérieux, mais il donne un aperçu des travaux produits par les programmes américains d'études russes. Waller omet évidemment de préciser que Poutine fait figure de colombe comparé à nombre de dirigeants russes qui souhaiteraient une posture bien plus offensive face aux pays ayant clairement affiché leur volonté de nuire aux intérêts de la Russie. Le président russe est fréquemment critiqué pour sa prudence. Le monde n'aura peut-être pas autant de chance avec son successeur, ce qui pourrait conduire à une guerre beaucoup plus étendue et meurtrière.

Je suppose toutefois que certains y verraient un succès, puisque cela pourrait pousser la Russie "au-delà de ses capacités".

Source originale:  Naked Capitalism
Traduit de l'anglais par  Investig'Action

 investigaction.net