
par Arnould
Je vous avoue que se lancer dans l'écriture de ce billet n'est pas chose aisée.
Pourquoi ?
Parce que le sujet est complexe, très complexe, en plus d'être extrêmement piégeux, avec ses multiples possibilités de distorsion, de manipulation et de discrédit.
Après cette petite mise en garde, je me jette dans le vif du débat, advienne que pourra.
Pour commencer, il est indéniable que les revendications lycéennes sont légitimes. Elles sont à la base des contestations, et je pense que nul ne peut les dénigrer.
Le constat est accablant : l'école publique sombre, le niveau scolaire français aussi.
On pourrait discuter des raisons, nombreuses et variées, mais ce n'est pas le but de cet article.
Notons juste que l'insatisfaction est générale. Elle est partagée par les élèves, le corps professoral, et le personnel non-enseignant.
Dès lors, rejeter en bloc les manifestations présentes, les réduire à de la manipulation politique ou à des pillages de hordes de voyous, est plus qu'excessif. C'est une erreur manifeste.
Attention, cela ne signifie aucunement que les débordements aveugles de violence ou de casse sont justifiés. Mais il faut remettre ces actes à leur place, chose que ne va pas faire de nombreux politiques ou commentateurs divers, car cela irait à l'encontre des intérêts qu'ils défendent.
Tous, nous avons vu des images choquantes, mais elles ne doivent pas occulter que les barbaries qui ont pu être commises sont périphériques : Elles ne sont pas du tout l'expression essentielle des revendications d'une foule disparate composée d'élèves, d'enseignants, d'agriculteurs, de professionnels de la santé, de travailleurs du secteur des transports, d'ouvriers du BTP, d'anciens Gilets jaunes, bref de la France qui souffre et en a marre de souffrir.
Tous ces gens puisent leur colère, leur ras le bol dans leur vécu. Ils considèrent que leur situation, déjà précaire avant Macron, s'est dégradée avec lui. Boucler les fins de mois est impossible. La vie est chère, et de plus en plus, aucune accalmie en vue.
Ils estiment, à juste titre, que les discours et les postures politiques actuels ne laissent aucun espoir d'amélioration future. Ils ont conscience du manque total d'empathie, de considération, des gouvernants technocratiques et élitistes de notre pays. Le foisonnement d'informations auxquels nous avons tous accès aujourd'hui, même s'il peut être source de confusion, a au moins un effet positif : les belles paroles politiciennes ne trompent plus, ou beaucoup moins qu'auparavant. Les gens ne sont plus dupes, pour la plupart, de l'hypocrisie de ceux qui les gouvernent. La fracture est béante, sanglante. Elle tend à empirer, vu la déconnection actuelle totale de ceux qui forment "l'élite".
Dans une démocratie saine, gouverner signifie servir son peuple, œuvrer pour le bien commun, accepter des responsabilités pesantes, dévouer son temps et son énergie pour rendre concrètes les promesses faites. Alors, bien sûr, les arrivistes imbus qui se délectent de leurs privilèges de caste, et croient impressionner par des discours creux pour masquer des résultats nuls, ne suscitent que dégoût et rejet massif.
Ce sont ces parasites qui tuent progressivement et le pays, et la beauté de la démocratie.
Aujourd'hui, une multitude de personnes sont dans la rue. Cette foule, unie par la lassitude, la rage, et le désespoir parfois, n'est pourtant pas du tout un corps homogène. Un groupe se distingue immédiatement : les casseurs "professionels", les "black blocs".
Certains d'entre eux revendiquent leur droit à tous casser car ils disent n'avoir aucun avenir. D'autres, issus de l'immigration, déclarent que les Français de souche ont volé les richesses de leurs pays par le passé, et que c'est leur tour, désormais. D'ailleurs, on les voit agiter, avec une fierté revancharde, le drapeau de leur pays d'origine. Les casses et les pillages seraient donc, soit l'expression de leur "désespoir", soit l'expression de leur aspiration à venger les méfaits de la colonisation.
Le souci que pose ces individus est évident : ils saccagent, détruisent, et pillent sans la moindre hésitation, sans le moindre discernement, sans la moindre préoccupation des dégâts qu'ils causent pour autrui. Ils sont capables, par exemple, de brutaliser une femme qui défend l'accès de son petit magasin, ou de caillasser un camion de pompiers dépêché sur les lieux.
Ils sont, par conséquent, parfaitement néfastes pour les autres manifestants qui tentent de les contenir, parfois, malgré le danger de se faire frapper en retour.
Par ailleurs, ils sont également problématiques de manière involontaire, car ils sont utilisés à des fins politiques pour discréditer, par amalgame, l'ensemble des gens qui manifestent. Technique un peu grossière, mais qui a prouvé son efficacité : la diffusion continue d'images choc de destruction ou de pillages a le pouvoir de marquer et d'obscurcir les esprits.
Enfin, la violence que les "black blocs" déchaînent face aux forces de l'ordre, sans pour autant légitimer les bavures, permet de dédouaner, au moins partiellement, les brutes en uniforme impliquées. De multiples bavures ont été signalées, mais de multiples membres des forces de l'ordre ont aussi été blessés. Association logique, mais caricaturale, qui a tendance à faire oublier les actes de violence gratuite commis sur des manifestants pacifiques.
Il est impératif que les différents courants qui alimentent les manifestations s'unissent et se mettent d'accord sur les revendications communes à exprimer. Ils doivent s'appliquer à constituer un groupe homogène et soudé, malgré toutes les difficultés à surmonter. Il leur faut dénoncer, d'une voix unique, les violences commises, celles des black blocs comme celles des agents du maintien de l'ordre. Il serait bon, en outre, qu'ils mettent en place des dispositifs pour se démarquer, puis s'éloigner de tout lieu pris pour cible par les black blocs. Personne, parmi les manifestants "légitimes", c'est-à-dire en dehors des black blocs, ne doit participer à un quelconque pillage. Le contraire serait catastrophique, évidemment.
Parvenir à exclure les black blocs, et leurs actes de vandalisme, des cortèges de manifestants est crucial. Il en va de la bonne continuation du mouvement social majeur qui secoue la France aujourd'hui.
Ces manifestations, inédites par leur ampleur, bénéficient d'un large soutien populaire à préserver absolument. Elles doivent réussir, au contraire des Gilets jaunes, d'abord réprimés au gré des violences policières, puis cloués chez eux par les privations de liberté dictatoriales liées au covid.
Leur résultat est conditionné par leur capacité à mobiliser de manière cohérente, solidaire et massive.
Nous devons tous soutenir cet élan naturel revendicatif, et tous participer dans la mesure du possible.
Le monde, que préparent nos "élites", est un monde froid et aliénant dans lequel le commun des mortels sera sous contrôle total.
Les peuples doivent réagir avant qu'il ne soit trop tard. Le moment est venu.