À Clermont-Ferrand, la mobilisation du 17 octobre a été marquée par des tirs de gaz lacrymogènes et des charges policières, suscitant de vives critiques de la part des organisations syndicales. Au lendemain des événements, celles-ci dénoncent un usage disproportionné de la force et accusent les autorités d'avoir cherché à empêcher les manifestants d'exercer pacifiquement leur droit de manifester.
Le samedi 17 octobre, la manifestation devait s'élancer de la place de Jaude à 14 heures. Pourtant, selon plusieurs responsables syndicaux présents sur place, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes avant même que le cortège ait pu véritablement se former.
Le bilan officiel faisait état de 2 800 personnes rassemblées, qui ont été violemment réprimées par les forces de l'ordre. Un manifestant a été grièvement touché au visage par un tir de lanceur de balles de défense (LBD), peu après 15 heures, près du pont de Jaude et de l'avenue Colonel-Gaspard. Selon ce récit, des personnes présentes lui ont porté secours.
"Dès notre arrivée, il y avait déjà des jets de grenades lacrymogènes"
Frédéric Bochard, ancien secrétaire départemental de FO, affirme être arrivé vers 13 h 30, avant le début prévu de la manifestation. Selon lui, les premiers tirs de grenades lacrymogènes ont eu lieu avant même que les participants puissent se réunir. Il dénonce une volonté d'"empêcher le déroulement pacifique de la manifestation".
L'ancien responsable syndical souligne la diversité des manifestants : familles, jeunes, lycéens, étudiants et retraités ont été accueillis par des grenades lacrymogènes. À ses yeux, rien ne justifiait une telle intervention à ce stade du rassemblement.
Frédéric Bochard dit avoir été particulièrement frappé par le caractère précoce des interventions policières, qu'il dit n'avoir jamais observée en début de manifestation. Il conteste la logique d'une réponse collective par les gaz lacrymogènes pour des incidents isolés, affirmant que les tirs ont commencé avant même que les participants aient pu se rassembler et exprimer leurs revendications.
Pour le syndicaliste, cette intervention s'inscrit dans un contexte plus large de colère sociale. Il dénonce une répression policière qui, selon lui, s'ajoute à la "violence des décisions gouvernementales" subie quotidiennement par les jeunes, les actifs et les retraités.
Une place de Jaude envahie par les gaz
Le témoignage de Nicolas Dumoulin, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires, rejoint celui de Frédéric Bochard sur les difficultés à se rassembler dans le centre de Clermont-Ferrand. Présents dès le matin, les militants de Solidaires sont revenus sur la place de Jaude dans l'après-midi, après une première mobilisation. "Il a effectivement été difficile de se rassembler au départ, sur la place, pour pouvoir partir en manifestation", raconte-t-il.
Nicolas Dumoulin se souvient d'une place difficilement accessible, entièrement envahie par les gaz lacrymogènes. Cette situation, qu'il dit n'avoir jamais connue auparavant, a créé un climat particulièrement surprenant.
Selon lui, les tirs avaient commencé bien avant le rassemblement de l'après-midi, dès 11 h 30 ou midi. Il estime qu'ils traduisaient une volonté d'empêcher les manifestants de défiler.
Le porte-parole de Solidaires décrit également une scène tendue avenue des États-Unis, le long du tramway, alors que des manifestants tentaient de rejoindre la place de Jaude. Il affirme avoir vu une grenade exploser contre le mur d'un immeuble, à hauteur du premier étage, tout près de la tête des personnes présentes. Il dit avoir eu le sentiment que les forces de l'ordre cherchaient à atteindre les manifestants jusque dans l'avenue.
Une charge policière au milieu d'une fanfare
Frédéric Bochard estime que les événements du 17 octobre dépassent la seule question du maintien de l'ordre. Il y voit une confrontation plus profonde entre une population en colère et un pouvoir politique qui, selon lui, répond à ses revendications par la répression. "Si on voulait intimider la population, si on voulait empêcher la colère populaire de s'exprimer, on ne s'y prendrait pas autrement", déclare-t-il, avant de s'interroger sur les conséquences possibles : "C'est quoi l'étape d'après ? Ils vont nous envoyer l'armée ? Ils vont décider l'interdiction de toutes les manifestations ? C'est extrêmement grave ce qu'il se passe dans ce pays."
Selon lui, cette réponse risque d'aggraver la défiance envers les institutions plutôt que d'ouvrir le dialogue sur les revendications sociales. Il cite notamment les jeunes, les retraités, les salariés, les fonctionnaires et les familles confrontés à l'inflation et au blocage des salaires. "Et on leur envoie quoi ? Des lacrymos", déplore-t-il.
Le porte-parole de Solidaires souligne également les gestes d'entraide observés durant la journée : de nombreux manifestants, mais aussi des passants, ont été incommodés par les gaz lacrymogènes. Des personnes se sont mobilisées pour soigner les blessés et venir en aide à ceux qui en avaient besoin.
Au lendemain de cette journée tendue, la perspective d'une reprise de la mobilisation reste ouverte. Selon Nicolas Dumoulin, les difficultés rencontrées n'ont pas découragé l'ensemble des manifestants. Si certains, effrayés, ont préféré rebrousser chemin, beaucoup sont restés sur place et ont cherché des moyens de reformer des cortèges.
Le porte-parole de Solidaires entend poursuivre la dynamique de convergence des luttes, dans l'attente de prochains appels à manifester. "Nous attendons de voir quels autres appels pourront être organisés au cours de la semaine prochaine", indique-t-il.
Frédéric Bochard partage cette analyse d'une population qui cherche à se faire entendre dans un contexte social qu'il juge particulièrement tendu. Il dénonce un pouvoir qu'il estime "complètement aux abois" et engagé dans une "dérive autoritaire et totalitaire". Certains évoquent déjà le jeudi 22 octobre comme prochaine échéance du mouvement.
