
Par Rami Abou Reida
Que la guerre détruise votre maison, c'est une tragédie. Mais devoir revenir ensuite pour enlever de vos propres mains ce qu'il en reste, c'est une douleur que seuls ceux qui l'ont vécue peuvent comprendre.
Ces hommes ne retirent pas seulement des pierres et du béton. Ils tentent de récupérer ce qui peut encore l'être d'une vie bouleversée par la guerre. Certains déblayent les ruines pour pouvoir réoccuper le terrain ou y installer un abri pour protéger leur famille de la dureté du déplacement. D'autres récupèrent le fer des armatures pour le vendre, dans l'espoir de gagner un peu d'argent, alors que la situation économique est devenue extrêmement difficile, que les possibilités de travail se font rares et que les sources de revenus ont disparu.
D'autres encore fouillent les décombres à la recherche d'un souvenir, d'un objet personnel ou de quelque chose qui pourrait leur être utile. Ils cherchent un vestige de la vie qu'ils avaient ici, ou un objet dont ils pourraient tirer quelque chose, après avoir presque tout perdu.
Pourtant, malgré la dureté de leur situation, ces hommes ont relativement de la chance : leurs maisons détruites se trouvent dans des zones éloignées de la ligne jaune. Ils peuvent encore accéder à ce qu'il en reste, déblayer les ruines, réutiliser le terrain ou vendre les matériaux qu'ils parviennent à récupérer.
Pour ceux dont les maisons et les terres ont été détruites dans les zones situées au-delà de la ligne jaune, la douleur ne se limite pas à la perte de leur maison et de leurs terres. Ils sont également privés du droit d'y accéder, ou même de s'approcher des ruines de leur maison. Ce qui reste de leurs souvenirs et de leurs biens demeure ainsi hors de leur portée.
Avec des outils rudimentaires et des corps épuisés par les déplacements successifs, ces hommes se tiennent devant ce qui reste de leurs maisons. Ils tentent de dégager un passage au milieu des décombres, comme s'ils essayaient d'arracher leur droit de vivre aux ruines elles-mêmes.
À Gaza, les gens ne se demandent plus seulement comment construire une nouvelle maison. Ils doivent d'abord enlever les décombres de l'ancienne pour trouver un endroit où s'abriter, récupérer un morceau de fer à vendre ou saisir la moindre occasion de subvenir aux besoins de leur famille.
Imaginez que les ruines de votre maison deviennent une source de revenus, et que vous soyez contraint de démonter de vos propres mains ce qui reste de ses murs. Non pas parce que vous avez oublié ce que cette maison représentait pour vous, mais parce que la dureté de la réalité ne vous laisse même plus le luxe d'attendre.
𝗔̀ 𝗚𝗮𝘇𝗮, 𝗺𝗲̂𝗺𝗲 𝗹𝗮 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗰𝗲 𝘀𝗲 𝗺𝗲𝘀𝘂𝗿𝗲 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗽𝗮𝗿 𝗱𝗲𝗴𝗿𝗲́𝘀 : certains peuvent accéder aux ruines de leur maison, tandis que d'autres sont privés jusqu'à la possibilité d'approcher leur propre perte.
Gaza n'est pas seulement un amas de ruines. C'est une population qui tente de survivre, des maisons qui furent autrefois des refuges sûrs et des rêves qui méritent d'être reconstruits.
𝗥𝗶𝗲𝗻 𝗻'𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗲𝘂𝘁-𝗲̂𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗱𝗼𝘂𝗹𝗼𝘂𝗿𝗲𝘂𝘅 𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗲 𝗽𝗲𝗿𝗱𝗿𝗲 𝘀𝗮 𝗺𝗮𝗶𝘀𝗼𝗻, si ce n'est d'être contraint de démonter ce qu'il en reste pour pouvoir continuer à vivre, ou d'être privé même de la possibilité d'y accéder.
𝗥𝗮𝗺𝗶 𝗔𝗯𝗼𝘂 𝗥𝗲𝗶𝗱𝗮
19 octobre 2026
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