Cedeao-Aes : à Dakar, le dialogue reprend, mais la réconciliation reste à construire

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Komla YAWO

La CEDEAO et la Confédération des États du Sahel (AES) ont engagé, le 17 octobre 2026 à Dakar, une nouvelle phase de dialogue destinée à définir les bases de leur coopération future. Sanctionnée par un communiqué conjoint, cette rencontre marque une reprise des échanges institutionnels entre les deux organisations, sans toutefois annoncer de rapprochement politique définitif. Derrière les déclarations de fraternité et de respect mutuel, les discussions portent désormais sur la construction d'un cadre de coopération adapté à leurs divergences.

L'actualité ouest-africaine du week-end a été marquée par une séquence diplomatique importante. Réunies dans la capitale sénégalaise, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ( CEDEAO) et la Confédération des États du Sahel (AES) ont ouvert des discussions sur les modalités de leurs relations futures.

Cette rencontre intervient après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO et la consolidation de leur organisation commune au sein de l'AES. Elle prolonge les consultations engagées à Bamako le 22 mai 2025, avec un objectif désormais affiché, celui de dépasser les incompréhensions institutionnelles pour identifier des intérêts communs.

Un dialogue politique sans retour annoncé dans la CEDEAO

Le premier enseignement du communiqué conjoint est la volonté des deux parties de maintenir un canal de dialogue. Les délégations, conduites respectivement par Cheikh Niang pour la CEDEAO et  Karamoko Jean-Marie Traoré pour l'AES, ont insisté sur les liens historiques, culturels et économiques qui unissent les populations ouest-africaines.

Les deux organisations affirment vouloir fonder leurs relations sur le bon voisinage, le respect de la souveraineté et la dignité des peuples. Ces principes traduisent une recherche de compromis entre deux réalités politiques; d'un côté, la CEDEAO, qui demeure un cadre majeur d'intégration régionale ; de l'autre, l'AES, qui entend préserver ses choix institutionnels et politiques.

Il importe toutefois de distinguer dialogue et réintégration. Le communiqué ne fait état ni d'un retour des trois pays sahéliens au sein de la CEDEAO, ni d'un accord politique global sur leurs différends. Il établit plutôt les bases d'une négociation progressive.

Des groupes de travail pour passer des intentions aux actes

Le principal résultat concret de la rencontre réside dans la décision de mettre en place des groupes de travail thématiques conjoints. Leur mission sera d'examiner les domaines d'intérêt commun et de préparer les éléments d'un futur accord-cadre de coopération.

Cette approche pragmatique pourrait permettre aux deux organisations d'aborder progressivement les questions sur lesquelles une coordination reste nécessaire. La circulation des personnes et des marchandises, les échanges commerciaux, la sécurité transfrontalière et les préoccupations humanitaires constituent notamment des enjeux régionaux qui méritent une attention particulière. Le communiqué ne précise cependant pas lesquels feront effectivement l'objet des premiers travaux.

Les résultats des groupes de travail devront être soumis aux ministres avant une prochaine session, dont la date et le lieu restent à déterminer par voie diplomatique. Le calendrier, le mandat précis des groupes et les mécanismes d'application seront donc déterminants pour apprécier la portée réelle de cette initiative.

Dakar, une étape symbolique dont la portée dépendra des résultats

Le choix de Dakar donne à cette rencontre une dimension symbolique. Le Sénégal, par l'intermédiaire du président Bassirou Diomaye Faye, est remercié pour son hospitalité et son engagement en faveur de l'intégration ouest-africaine. La capitale sénégalaise devient ainsi le cadre d'un dialogue qui concerne l'avenir des relations entre plusieurs États de la région.

Pour les populations, l'enjeu dépasse les rivalités institutionnelles. Les économies ouest-africaines restent étroitement liées par les échanges commerciaux, les déplacements, les réseaux économiques et les relations familiales. Toute évolution des rapports entre la CEDEAO et l'AES est donc susceptible d'avoir des répercussions concrètes sur ces interdépendances.

La réunion de Dakar ouvre une nouvelle séquence diplomatique, sans pour autant consacrer une réconciliation définitive. Les deux parties se sont engagées à poursuivre les discussions et à préparer un cadre de coopération équilibré, tout en préservant leurs positions institutionnelles respectives.

La portée de cette initiative dépendra désormais de la capacité des groupes de travail à transformer les principes annoncés en mécanismes concrets, assortis d'engagements précis et d'un calendrier. Pour l'heure, Dakar marque moins la fin des divergences que la volonté de les gérer par le dialogue. Les prochaines étapes permettront de mesurer si cette reprise de contact peut déboucher sur une coopération durable au bénéfice des États et des populations de la région.

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