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Le naufrage des Saoud

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Par  Scott Ritter, le 19 octobre 2026

Mohammed ben Salmane, prince héritier et Premier ministre d'Arabie saoudite, a mené des politiques désastreuses, tant sur le plan intérieur qu'à l'étranger, qui ont affaibli son emprise sur le pouvoir. Et c'est une bonne chose.

Nous vivons peut-être l'un des moments les plus marquants de l'histoire géopolitique de l'Asie occidentale et du monde entier. En 1977, le monde pouvait difficilement imaginer le golfe Persique sans tenir compte de la réalité du "Trône du Paon". En 1979, la chute de Reza Shah Pahlavi a pris le monde par surprise.

L'année dernière, personne n'aurait pu imaginer l'Asie occidentale dépourvue de l'influence de la maison des Saoud et de la main de fer (et des moyens financiers considérables) de Mohammed ben Salmane (MbS).

Aujourd'hui, l'avenir de la maison des Saoud et de MbS est plus qu'incertain, principalement en raison des répercussions de plusieurs décennies de la guerre choisie et ratée de MbS contre le mouvement Ansarullah au Yémen.

L'Occident ne doit pas déplorer la chute des Saoud.

Avant tout, la maison des Saoud a donné du pouvoir au wahhabisme, une perversion de l'islam qui s'est métastasée en un fléau mondial semant mort et destruction aux quatre coins du globe. Le pacte de Diriyah de 1744, qui a instauré la relation entre le pouvoir laïc et le pouvoir religieux entre Muhammad ben Saoud et Muhammad ben Abdul-Wahhab, a été confirmé après la prise de La Mecque et de Médine aux Hachémites en 1925, renouvelant cet accord grâce à un nouveau pacte avec le diable qui a vu Ibn Al Saoud, le fondateur du Royaume d'Arabie saoudite, céder le contrôle religieux des deux lieux les plus sacrés de l'islam au clergé wahhabite en échange d'un soutien politique permanent.

Ce pacte avec le diable pourrait bien causer la perte du royaume des Saoud. L'ascension au pouvoir d'Ibn Al Saoud a été possible grâce aux Ikhwan, une armée tribale wahhabite-bédouine qui a joué un rôle crucial dans ce processus de consolidation du contrôle des Al Saoud sur la péninsule arabique au début du XXe siècle. Les dirigeants de l'Ikhwan se sont toutefois révoltés contre Ibn Al Saoud en 1929 et leurs chefs ont par la suite été éliminés à la suite de cette révolte. Les soldats de l'Ikhwan ont été intégrés à l'organisation militaire saoudienne naissante.

Aujourd'hui, les descendants des Ikhwan servent principalement au sein de la Garde nationale saoudienne (SANG), une force de sécurité intérieure distincte du ministère de la Défense, forte d'environ 125 000 soldats issus de tribus considérées comme fidèles à la maison des Saoud. La Garde nationale saoudienne est commandée par le prince Khalid bin Abdul Aziz bin Ayyaf Al-Muqrin, nommé en 2017 dans le cadre de la consolidation du pouvoir menée par Mohammad bin Salman.

Le prince Khalid Ayyaf a supervisé l'arrestation et la détention de 11 princes saoudiens et 38 autres dignitaires et dirigeants saoudiens de premier plan dans le cadre de ce qui a été présenté comme une campagne anti-corruption, mais n'était en réalité qu'une sombre manœuvre de prise de pouvoir orchestrée par Mohammad bin Salman. Parmi les personnes arrêtées figuraient le prince Miteb bin Abdullah qui avait précédemment commandé la SANG avant la nomination du prince Khalid Ayyaf et considéré à une époque comme un candidat sérieux au trône saoudien, ainsi que son frère, le prince Turki bin Abdullah, ancien gouverneur de Riyad. Tous deux sont les fils du défunt roi Abdallah qui a régné avant son demi-frère, le roi Salmane.

La SANG est le pilier sécuritaire de la maison des Saoud. Elle est fortement imprégnée de l'idéologie religieuse wahhabite, et ses unités sont responsables de la sécurité à La Mecque, à Médine et leurs environs, ainsi que de la protection personnelle de la famille royale saoudienne.

Toutefois, au-delà de la terreur qu'elle inspire aux chefs tribaux et de l'oppression qu'elle exerce sur les princes saoudiens, la SANG n'est pas particulièrement douée pour le combat. Elle est mal entraînée et mal dirigée, et lorsqu'elle est confrontée aux réalités de la guerre moderne, ses unités et ses officiers échouent dans leur mission militaire fondamentale. Ce point a été clairement souligné en 2019 lors des opérations offensives menées par les Houthis dans la région au sud de Najran : la SANG et ses alliés yéménites par procuration ont subi des milliers de pertes, et des centaines de véhicules ont été détruits, saisis ou gravement endommagés.

En fin de compte, la SANG ne constitue pas le socle sécuritaire sur lequel une maison royale devrait miser son avenir. C'est un système défaillant, incapable de faire face à un quelconque défi sécuritaire sérieux pesant sur le régime, une entité népotiste où les postes de direction s'apparentent à des emplois "fantômes" de sociétés mafieuses, des sinécures réservées à une noblesse mineure corpulente ou à des chefs tribaux simplement chargés d'occuper un siège et d'encaisser un salaire. Lorsque l'argent cessera d'affluer, la loyauté fera défaut. Et le régime saoudien, victime de ses guerres malavisées contre l'Iran et Ansarullah, est en train de se retrouver rapidement à court d'argent.

Ne regrettons pas la chute de la maison des Saoud. Le royaume wahhabite d'Arabie saoudite n'est ni un ami ni un allié des États-Unis ou de l'Occident dans son ensemble. En effet, la culture et le mode de vie mêmes de l'Occident sont considérés comme un anathème par les puristes wahhabites. La rencontre secrète entre Franklin Roosevelt et Abdul Aziz ibn Saoud, le 14 février 1945 à bord d'un destroyer de la marine américaine dans le canal de Suez, portait davantage sur des relations personnelles que sur des alliances stratégiques. Il y eut certes une entente autour d'une relation "sécurité contre pétrole", mais celle-ci n'a pas été officialisée. Et l'objectif premier de Roosevelt à l'origine de cette rencontre - obtenir le soutien saoudien pour un foyer national juif en Palestine - n'a pas été atteint.

Si l'"accord pétrodollar" de 1974, qui a indexé les ventes de pétrole saoudien sur le dollar américain, a contribué à consolider la stabilité énergétique mondiale selon les diktats de Washington, le compromis a consisté pour les États-Unis à fermer les yeux sur l'exportation de l'idéologie wahhabite hors des frontières de l'Arabie saoudite. L'Afghanistan n'était qu'un début : au cours des décennies suivantes, l'exportation du wahhabisme a entraîné la propagation de l'islam radical non seulement à travers l'Asie occidentale, mais aussi en Europe, en Afrique et en Asie proprement dite.

L'Arabie saoudite telle qu'elle se présente aujourd'hui est un ennemi de la société civilisée moderne.

Ne regrettons pas la chute de la maison des Saoud.

Si les conséquences à court terme de l'effondrement de MbS et de sa famille se répercuteront lourdement sur la géopolitique régionale et les marchés énergétiques mondiaux, le monde s'y adaptera, et plus tôt que ne le pensent la plupart des analystes.

De plus, la secte wahhabite qui contrôle l'Arabie saoudite et les villes jumelles de La Mecque et de Médine, une fois privée de son pouvoir, entraînera une sorte de purification de l'islam radical mondial.

Sans MbS et sa famille corrompue et criminelle, le monde ne peut qu'être meilleur.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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