📚 20/10/2026 reseauinternational.net  5min ⁑️ 6 #330574

Une diplomatie énergétique créative pourrait amener les États-Unis à convaincre l'Ue de débloquer les avoirs russes

800px/467px - 59.79 Koreduce by 50%del

par Andrew Korybko

La Russie pourrait transférer légalement la propriété de ses actifs gelés aux États-Unis ; ces fonds seraient ensuite restitués à la Russie en échange de participations américaines dans son secteur énergétique - ce qui pourrait, par ailleurs, dissuader l'Ukraine de mener des attaques contre ces infrastructures. Toutefois, Trump devra d'abord obtenir, auprès des Européens, le transfert de ces actifs russes gelés vers les États-Unis.

Lors du Forum sur la sécurité de Varsovie, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski,  a déclaré de manière spectaculaire que les actifs russes gelés en Europe ne seraient restitués "que sur nos cadavres". Cette prise de position a coïncidé avec un article du  Financial Times affirmant que "les États-Unis envisagent de débloquer certains actifs russes pour relancer les pourparlers de paix en Ukraine". La semaine précédente, les envoyés spéciaux de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, auraient suggéré de "transférer ces actifs vers une nouvelle structure financière dédiée, placée sous la supervision de Washington".

Malgré l'opposition des Européens, une telle opération pourrait être rendue possible grâce à une diplomatie énergétique inventive. Comme l'expliquait une analyse d'avril 2025, " comment les gazoducs et les actifs russes saisis pourraient offrir aux États-Unis un levier considérable sur l'Union européenne". La Russie pourrait transférer la propriété légale de ses actifs gelés en Europe aux États-Unis - en tout ou en partie - soit en paiement d'achats massifs d'avions Boeing (une  hypothèse évoquée à l'époque), soit en échange de la restitution, par les États-Unis, de fonds russes contre des participations dans les gazoducs et/ou les entreprises énergétiques russes.

Ces différentes formes de contreparties présentent un intérêt pour l'administration Trump 2.0 - en particulier les deux dernières -, alors que les États-Unis avancent dans la mise en œuvre d'un partenariat stratégique avec la Russie, axé sur les ressources et négocié de longue date. En témoigne l'accord sur le diesel, dont l'importance dans ce contexte a été détaillée  ici. Les récentes informations selon lesquelles les États-Unis chercheraient à acquérir une participation dans le gazoduc Nord Stream - avec, potentiellement, des parts dans les gazoducs Yamal et/ou "Fraternité" (Brotherhood) - rejoignent d'autres rapports évoquant un vaste accord énergétique, conçu comme un compromis pour mettre fin au conflit ukrainien.

L'idée centrale est que les exportations de gaz russe vers l'Europe pourraient reprendre afin de stimuler l'économie européenne - actuellement en déclin, ce qui limite la capacité du marché européen à absorber les biens et services américains -, à condition que les États-Unis détiennent des participations dans ces projets, leur assurant ainsi une influence durable sur les relations russo-européennes de l'après-guerre. Ces objectifs pourraient être atteints grâce à la restitution des fonds russes gelés en Europe, à condition que la Russie en transfère la propriété juridique - en tout ou en partie - aux États-Unis, qui les lui rendraient ensuite en contrepartie.

De même, les attaques persistantes de Zelensky contre les infrastructures énergétiques russes - menées  au mépris des exigences de Trump - pourraient être dissuadées si les États-Unis détenaient des participations dans les grandes entreprises énergétiques russes ; Washington pourrait alors justifier l'arrêt des livraisons d'armes et du partage de renseignements avec l'Ukraine, au motif que celle-ci s'en prend à ce qui constituerait, concrètement, des investissements américains. Dans un cas comme dans l'autre, le conflit prendrait probablement fin peu après. Pour parvenir à ce dénouement, toutefois, les États-Unis doivent faire preuve de la volonté politique nécessaire pour contraindre l'Union européenne à débloquer les fonds russes ayant fait l'objet d'un tel transfert.

Par exemple, la menace d'imposer des droits de douane paralysants et/ou de retirer une part significative des forces américaines présentes en Europe suffirait à pousser l'UE à libérer ces fonds - qui seraient alors juridiquement considérés comme appartenant aux États-Unis. Ces sommes pourraient ensuite servir à financer des achats russes à grande échelle auprès des États-Unis, ou à acquérir des participations américaines dans le secteur énergétique russe. L'UE se trouve dans une situation économique précaire et ses élites nourrissent une peur pathologique de la Russie ; la combinaison des menaces susmentionnées devrait donc suffire à amener le bloc européen à se plier aux volontés de Trump.

Le scénario le plus extrême - dans lequel les États-Unis couperaient tout soutien à l'Ukraine si Zelensky persistait à attaquer ce qui constituerait, en réalité, des investissements américains dans le secteur énergétique russe, le tout assorti de droits de douane punitifs contre l'UE et d'un retrait massif des forces américaines d'Europe - s'avérerait intenable. L'Ukraine s'effondrerait rapidement, suivie, à sa manière, par l'Union européenne. Il suffit à Trump de réunir la volonté politique nécessaire pour mettre ces menaces à exécution, et le conflit ukrainien prendra fin peu après.

 Andrew Korybko

source :  Andrew Korybko via  Marie Claire Tellier

 reseauinternational.net