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Israël et les États-Unis sont en train de s'autodétruire et nous vivons une époque dangereuse
En mars dernier, j'ai rédigé un essai dans lequel j'avertissais que les analystes et les responsables politiques passaient à côté de l'essentiel concernant Trump.
J'avais prévenu que "la seule 'position' de Trump est sa soif d'un flux inépuisable d'"approvisionnement narcissique", c'est-à-dire d'admiration. (Vous pouvez lire la définition clinique du trouble narcissique de la personnalité ici). L'économie, les ressources minérales de l'Ukraine, la paix en Ukraine, le Groenland, Gaza, le Canada, Israël, le prix des produits alimentaires ou de l'essence aux États-Unis, l'environnement, les autres... rien de tout cela n'a d'importance à ses yeux, si ce n'est en tant qu'éléments de décor dans son drame personnel. Je ne comprends pas pourquoi les gens sont si surpris et choqués lorsque Trump se comporte exactement comme on pourrait s'y attendre de la part d'une personne atteinte de TNP. Tant de dirigeants dans l'histoire mondiale étaient narcissiques, et nous en savons long à ce sujet 1. Ce qui est incroyable, ce n'est pas ce que fait Trump, mais le fait que tant de gens en soient choqués'".
Le Danemark et d'autres pensaient que Trump faisait simplement le "pitre" et se montrait, comme de coutume, vantard et imprévisible lorsqu'il a déclaré vouloir acheter le Groenland. Le Danemark ne se fait plus d'illusions depuis l'incursion des États-Unis contre le Venezuela, et se prépare au pire.
Quelle sera la prochaine étape, après le Groenland ? Si l'on en croit l'analyse de Armida van Rij dans le Guardian, Trump s'apprête à contrôler aussi l'Europe, aidé par ses alliés européens d'extrême droite et les géants technologiques multinationaux qui contrôlent déjà une grande partie du monde. Nul doute que de nouveaux collaborateurs encore inconnus viendront grossir leurs rangs. Personne ne peut commettre le mal, quelle qu'en soit l'ampleur, sans complices.
Ceux qui souffrent de troubles de la personnalité n'agissent que si les circonstances leur sont favorables. Ils ne peuvent s'empêcher de percevoir les autres humains comme des ressources. Contrairement au discours qu'ils peuvent tenir, ils n'agissent pas non plus au nom de grandes causes ni dans l'intérêt de leur nation, de leur entreprise ou de leur famille. Ceux qui souffrent de troubles de la personnalité sont des prédateurs sous apparence humaine. Et comme tous les prédateurs, ils ne vivent que pour se nourrir et se concentrent exclusivement sur leur prochaine proie. Trump est un narcissique. Il convoite avant tout les regards admiratifs, et tout ce qu'il entreprend vise à assouvir son besoin insatiable d'adoration.
L'erreur que commettent les analystes et politiciens consiste à interpréter les divagations et grossièretés de Trump en termes géopolitiques, militaires, économiques ou historiques. Chaque analyse ou point de vue apporte certes des éclairages utiles, mais le problème principal continue d'être négligé ou commodément ignoré.
À mon sens, la situation est bien moins compliquée que ce qu'on imagine. Trump fait ce que tout agresseur conjugal ou dirigeant narcissique a toujours fait. Il provoque les crises et drames politico-militaires aux quatre coins du monde dans l'urgence d'attirer l'attention qu'il convoite. Mais Trump et ses sbires misent aussi sur le long terme. Trump est en train de créer une réalité qui facilitera le recours à la Loi sur les urgences nationales aux États-Unis qui confère au président le droit d'activer des pouvoirs spéciaux en cas d'état d'urgence déclaré, comme le contrôle du commerce, les restrictions de déplacements, la saisie de biens et le déploiement de l'armée sur le territoire national.
Bien que le report des élections ne soit pas spécifiquement prévu par la loi sur les urgences nationales, Trump pourrait déclarer l'état d'urgence et prétendre qu'il nécessite un report. Il pourrait invoquer des "préoccupations concernant l'intégrité du scrutin" ou une "ingérence étrangère" menaçant le vote. Il pourrait alors refuser de quitter ses fonctions, prétendant "devoir protéger" la démocratie et les États-Unis contre des menaces extérieures qu'il est lui-même en train de créer. Dans le cadre d'une "urgence nationale" déclarée selon sa propre définition et de son propre fait, Trump pourrait instaurer la loi martiale. Le pouvoir exécutif américain peut revendiquer des pouvoirs extraordinaires en temps de crise. Il peut suspendre l'habeas corpus - permettant ainsi de détenir n'importe qui sans qu'il soit nécessaire de le justifier - et remplacer le gouvernement civil par une autorité militaire. ( Lincoln a suspendu l' habeas corpus pendant la Guerre de Sécession en 1863.)
Les décisions prises par Trump depuis son investiture montrent qu'il teste déjà ces pouvoirs extraordinaires, même sans avoir déclaré d'état d'urgence national.
Trump a goûté à la plus haute fonction qu'un narcissique puisse convoiter - celle qui offre la plus forte gratification narcissique. Mais comme il l'a obtenue par le biais d'un processus démocratique, il sait que c'est temporaire. Les récompenses extraordinaires obtenues en tant que narcissique - cette satisfaction infinie et sans limites - peuvent lui être arrachées en un clin d'œil s'il est remplacé aux prochaines élections. Il en a déjà fait l'expérience. Je l'ai observé attentivement à la fin de son premier mandat. Je savais qu'un narcissique ne se détourne pas facilement d'une source de satisfaction abondante et généreuse, et je me demandais quel serait son prochain coup.
Le désir de récupérer son trône magique - cette fois pour de bon - était son unique motivation à redevenir président. Perdre la présidence l'a profondément affecté. Il sait qui est son plus grand ennemi - la démocratie - la seule force qui s'interpose entre lui et une vie entière de satisfaction narcissique sans limites. La démocratie est l'ennemie jurée de tous les monarques absolutistes. Elle leur dérobe le pouvoir pour le confier au peuple.
Je crois savoir pourquoi les analystes politiques préfèrent ignorer la psychologie. Ils ne veulent pas admettre que nos problèmes soient aussi futiles - qu'ils puissent tous être attribués à la psychologie humaine élémentaire. Ils prennent cela pour une insulte à leur intellect, et préfèrent se tourner vers des enjeux plus profonds ou plus complexes. Mais que cela nous plaise ou non, notre psychologie individuelle et collective est à l'origine de tout ce que nous faisons, de notre façon de penser, de nos croyances et de nos choix. La psychologie humaine est à la fois le moteur et le fondement sur lequel les êtres humains se sont toujours organisés. Une caractéristique importante de notre psychologie est que nous n'apprenons pas de nos expériences.
La démocratie américaine est révolue : Trump et la monarchie qu'il met en place sont là pour durer
On peut considérer les dorures de la Maison Blanche et l'aménagement d'une gigantesque salle de bal comme de simples excentricités d'un narcissique à l'esthétique douteuse. Mais il s'agit en réalité de la construction de son palais privé et permanent. Dans son esprit, la Maison Blanche n'appartient plus au pays. Elle est sienne.
Je connais des gens bien aux États-Unis qui s'accrochent encore à l'espoir qu'il ne s'agit là que d'une mauvaise passe. Qu'après les élections, ils pourront pousser un ouf de soulagement car Trump aura disparu. Mais les prochaines élections ne sauveront pas les États-Unis de Trump ni de sa coterie de dangereux complices - dont beaucoup sont des narcisses, plus modestes certes, mais tout aussi égoïstes - car les prochaines élections n'auront pas lieu. Lorsque les électeurs américains ont porté cet homme au pouvoir, ils ont signé l'arrêt de mort de leur démocratie.
Trump n'est pas un stupide et impulsif gamin de cinq ans. C'est un dangereux prédateur rusé qui ne reculera devant rien pour assurer sa subsistance, et il ne partira pas, du moins pas de son plein gré. Il continuera à semer le chaos aux États-Unis et dans le monde. Il sacrifiera chaque citoyen américain, réduira le monde entier en cendres - juste pour assurer son maintien au pouvoir. Les prédateurs humains sont rusés, mais ils ne sont pas nécessairement intelligents. Ils finissent par détruire le monde - et s'autodétruire. La véritable question est la suivante : les Américains veulent-ils couler avec le navire comme les Égyptiens ont coulé avec Cléopâtre ou les Romains avec l'empereur Honorius ? Rien de bon ne se produira, à moins que le peuple américain ne se soulève contre son tyran.
Notre histoire nous fournit tant d'enseignements que nous pourrions mettre à profit si nous nous en donnions la peine. Mais l'humanité est primitive. La plupart des êtres humains sont mus par la peur et se laissent facilement séduire par le confort matériel, la sécurité à court terme, le glamour, les "dirigeants forts" et leurs fausses promesses - en somme, tout ce qui leur assure une survie à court terme. Les citoyens ordinaires pensent peut-être qu'en se taisant, en se conformant et en attendant que les choses se tassent, ils survivront à cette "mauvaise passe". Mais quand on passe un pacte avec le diable, le diable finit toujours par gagner.
"Je vais juste faire profil bas", "Ça ne me concerne pas", "Je ne m'intéresse pas à la politique", "Si je me plie aux règles, tout ira bien". Telles sont les principales illusions des individus ordinaires lors d'une prise de pouvoir autoritaire. C'est exactement ce que pensaient tant d'Allemands lorsque les nazis ont pris le pouvoir en Allemagne. L'ouvrage d'Amy Buller, Darkness Over Germany, offre un aperçu précieux de l'état d'esprit des citoyens ordinaires lors d'une prise de pouvoir totalitaire par un narcissique dangereux et meurtrier. Après des décennies de rupture de stock, le professeur Kurt Barling a réédité Darkness Over Germany en 2017 - la deuxième année du premier mandat de Trump. Dans sa préface, il écrit :
"Dans l'édition originale de 1943, la préface d'A.D. Lindsay à Darkness over Germany résumait parfaitement en quoi, selon moi, ce texte pouvait encore faire écho aux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui : l'extrémisme et les dérives vers la folie". (p. 9)
"L'élection du président Trump a eu un impact considérable sur le discours politique américain. Les prévisions de turbulences pour un mandat présidentiel moderne ont rarement été aussi élevées. La résurgence d'une culture politique populiste peut s'expliquer par de nombreuses raisons, mais il s'agit certainement d'une tendance que les libéraux ne peuvent ignorer". (p. 11)
"Une fois encore, nous vivons une époque troublée. Les exemples d'atrocités modernes abondent, et la montée de l'intolérance et du sentiment nationaliste, guidés par l'émotion plutôt que la raison, pollue le discours politique pratiquement partout. Il serait peut-être sage, en ce moment précis, de nous pencher sur notre histoire pour mieux comprendre à quel point il est facile de diviser l'opinion et de mobiliser l'hostilité contre un groupe particulier en faisant appel au nationalisme, même si ce groupe n'est pas réellement à l'origine des troubles nationaux. Cela n'a pas empêché et n'empêche pas qu'il soit désigné comme bouc émissaire". (p. 34)
Ce n'est pas parce qu'on n'appartient pas à un groupe désigné comme bouc émissaire aujourd'hui qu'on ne sera pas pris pour cible demain. Personne n'est à l'abri sous un régime totalitaire.
Le peuple américain doit prendre conscience qu'il n'est pas différent des autres. Il ne l'a jamais été. Les Américains sont des êtres humains - une part indissociable de la collectivité humaine. Hannah Arendt, écrivant depuis les États-Unis après avoir fui l'Allemagne nazie, a démontré dans Les Origines du totalitarisme que les conditions propices à l'autoritarisme peuvent émerger dans n'importe quelle société. Les êtres humains sont les mêmes partout. Nos différences sont superficielles. Au fond, nous sommes tous faits de la même manière et partageons la même psychologie.
Personne aux États-Unis ne s'en sortira en encourageant un nouvel ordre mondial dirigé par un régime tyrannique. Cette horrible métaphore de la "grenouille dans la marmite", souvent utilisée dans le contexte de la violence conjugale, s'applique parfaitement ici. S'adapter à une escalade progressive uniquement pour survivre à chaque étape n'empêche pas l'inévitable. Le peuple américain est pris dans une relation extrêmement malsaine, et il est temps d'y mettre un terme. Le reste du monde doit cesser de se plier aux caprices de Trump, et s'opposer à lui et à son régime. Les alliances avec Trump n'ont aucun sens - non seulement parce qu'il ne respecte jamais ses engagements et est imprévisible, mais aussi parce qu'elles favorisent la création du nouvel ordre mondial auquel il aspire. Et ce, dans le seul but médiocre et pathétique de satisfaire son besoin insatiable de valorisation narcissique.
Environ 75 à 80 millions de personnes sont mortes pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce chiffre comprend environ 20 à 25 millions de militaires et environ 50 à 60 millions de civils. C'est l'Union soviétique qui a subi les pertes les plus lourdes - les estimations varient entre 20 et 27 millions de morts. Personne ne connaît l'ampleur des dégâts causés à l'environnement naturel et aux animaux. Avec la technologie actuelle et l'interconnexion des systèmes mondiaux, une Troisième Guerre mondiale ferait un nombre de victimes sans commune mesure et causerait des dégâts environnementaux bien plus étendus. Nous ne pouvons pas laisser le monde courir à sa perte pour la psychologie pathologique d'un seul individu, combinée aux instincts de survie de dirigeants complices et à la soumission, motivée par la peur, des gens ordinaires. Les occasions de stopper Hitler n'ont pas manqué, mais les démocraties occidentales, en particulier la Grande-Bretagne et la France, ont mené une politique d'apaisement tout au long des années 1930, malgré tout ce qu'Hitler a accompli sur la scène internationale et sur le plan national.
Tout comme aujourd'hui, la politique d'apaisement n'était alors pas une marque de stupidité - c'était l'intérêt personnel déguisé en pragmatisme. Les comparaisons historiques ne sont jamais exactement identiques, mais les mécanismes de consentement, la rhétorique de l'exceptionnalisme et les processus de complicité internationale trouvent un écho à travers le temps. Le choix nous appartient : tirer un enseignement de l'histoire, ou répéter les mêmes erreurs avec des conséquences encore plus meurtrières.
Avigail Abarbanel - 8 janvier 2026
Texte publié initialement le 1er mars 2025 : avigail.substack.com
Source: substack.com
