Gilets Jaunes - 17 octobre : le programme

Démocratie à la française : quand la violence change de camp, les principes changent-ils aussi ?

800px/467px - 55.49 Koreduce by 50%del

par Adnan Azzam

Et si la France avait subi sur son propre sol ce qu'elle a toléré ou soutenu ailleurs ?

Nous avons vu les images. Nous avons vu la violence des forces de sécurité françaises contre des manifestants. Nous avons vu des blessés, des personnes traînées au sol, des arrestations par centaines, voire par milliers selon les périodes et les manifestations.

Face à ces images, une question dérangeante s'impose : la démocratie est-elle un principe universel ou un privilège que les puissants invoquent lorsqu'il sert leurs intérêts ?

Posons donc quelques questions. Des questions qui fâchent. Des questions auxquelles les beaux discours diplomatiques ne suffisent pas à répondre.

Que se serait-il passé si les manifestants français avaient été armés de fusils automatiques, de grenades, de lance-roquettes et de voitures piégées, comme cela s'est produit en Syrie ?

Ou comme cela se produit actuellement en Iran, selon le président Donald Trump, qui a déclaré sa déception envers les Iraniens auxquels il a livré des armes ?

J'ai vu tout cela de mes propres yeux, à partir de 2011. Des terroristes venus du monde entier, y compris de France, disposaient même de drones. Et le comble de l'histoire, c'est que certains de ces groupes étaient financés ou soutenus par des réseaux et des acteurs étrangers, parmi lesquels la société Lafarge et des monarchies pétrolières alliées de la France.

Comment le gouvernement français aurait-il réagi ? Aurait-il encore parlé de simples revendications populaires ? Aurait-il appelé à la retenue, au dialogue et au respect des libertés ? Ou aurait-il mobilisé tous les moyens de l'État au nom de la sécurité nationale ?

Et si ces manifestants avaient installé des positions de tir de missiles ? S'ils avaient proclamé leur volonté de prendre le pouvoir par la terreur ? S'ils avaient égorgé des prisonniers, décapité des innocents et transformé leurs crimes en spectacles macabres ?

Quel aurait été le discours de Paris ?

Aurait-on encore entendu parler du droit de manifester ? De la liberté d'expression ? De la légitimité d'une opposition qui conteste le pouvoir ?

Soyons sérieux : aucun État ne peut accepter que des groupes armés massacrent sa population et détruisent ses institutions. Mais alors, pourquoi certains gouvernements semblent-ils oublier cette évidence lorsqu'il s'agit d'un pays qu'ils souhaitent affaiblir, isoler ou renverser ?

Des milliards pour la démocratie... ou pour les intérêts géopolitiques ?

Imaginons maintenant que des puissances étrangères aient promis des centaines de milliards de dollars à ces groupes, officiellement au nom de la démocratie, de la liberté et des droits de l'homme.

Imaginons que des États voisins aient ouvert leurs frontières, que des services de renseignement étrangers aient installé des centres de coordination dans les pays limitrophes et que plusieurs grandes puissances aient uni leurs efforts pour soutenir une insurrection armée sur le territoire français.

Imaginons que la Turquie se soit engagée dans une confrontation directe avec Paris, comme elle l'a fait contre la Syrie.

Que des réseaux internationaux aient acheminé des combattants venus de dizaines de pays. Que des organisations djihadistes, telles qu'Al-Qaïda, Daech ou le Front al-Nosra, aient constitué le fer de lance de cette entreprise.

Imaginons enfin qu'un État ennemi de la France ait ouvert ses hôpitaux pour soigner les combattants blessés, tout en espérant que leur victoire bouleverse l'équilibre politique français.

Que ferait alors la République française ?

Accepterait-elle que des gouvernements étrangers financent, arment et soutiennent des groupes combattant sur son territoire ?

Tolérerait-elle que ses adversaires présentent cette intervention comme une opération humanitaire ?

Accepterait-elle que l'on justifie la destruction de ses villes au nom de la liberté, que l'on glorifie les combattants qui attaquent ses institutions et que l'on qualifie de démocratiques des forces dont les pratiques seraient incompatibles avec les principes mêmes qu'elles prétendent défendre ?

Bien sûr que non !

La France invoquerait sa souveraineté, son intégrité territoriale, sa sécurité nationale et le droit de son peuple à décider de son avenir.

Et elle aurait raison de le faire.

Mais cette réponse soulève une question fondamentale : pourquoi ce qui paraît inacceptable lorsqu'on l'imagine en France pourrait-il devenir acceptable lorsqu'il s'agit d'un autre peuple ?

La souveraineté des autres vaut-elle moins que celle de la France ?

Le problème n'est pas de savoir si la France a le droit de se défendre. Tout État a le devoir de protéger sa population, dans le respect du droit et des libertés fondamentales.

Le problème est celui de la cohérence.

Peut-on défendre la souveraineté nationale chez soi et la relativiser chez les autres ?

Peut-on condamner les ingérences étrangères lorsqu'elles visent Paris, tout en les présentant comme une nécessité historique lorsqu'elles concernent Damas, Tripoli ou d'autres capitales ?

Peut-on dénoncer les armes des uns et fermer les yeux sur celles des autres ?

Peut-on condamner le terrorisme dans un pays, puis chercher des alliés parmi des groupes armés dont les méthodes terroristes sont pourtant connues ?

Et surtout, peut-on prétendre apporter la démocratie à un peuple en soutenant une guerre qui déchire ses familles, détruit ses infrastructures, disperse ses enfants et transforme ses villes en ruines ?

La démocratie ne se parachute pas au bout d'un fusil. Elle ne se finance pas à coups de milliards versés par des puissances étrangères. Elle ne se construit pas sur les charniers, les décapitations et la destruction d'un pays.

La démocratie suppose d'abord que les peuples soient libres de choisir leur avenir, sans chantage, sans terreur et sans tutelle étrangère, et surtout que tout le peuple soit informé.

Le grand mensonge des beaux discours

Il est temps de regarder la politique internationale sans naïveté.

Les mots "liberté", "démocratie", "droits de l'homme" et "protection des populations" sont des principes précieux. Mais ils perdent leur sens lorsqu'ils deviennent de simples instruments de communication, brandis contre les adversaires et oubliés devant les alliés.

Lorsqu'un gouvernement réprime brutalement une contestation, nous devons pouvoir le critiquer. Lorsqu'une police frappe illégalement un manifestant, nous devons pouvoir le dénoncer. Lorsqu'un État commet des crimes, il doit en répondre.

Mais cette exigence doit être universelle. Elle ne peut dépendre du drapeau, de la religion, de l'alliance militaire ou des intérêts économiques du pays concerné.

Les droits de l'homme ne sont pas à géométrie variable. La souveraineté ne se distribue pas selon les amitiés diplomatiques. Et la démocratie n'appartient à aucune puissance.

Alors, à ceux qui prétendent défendre la liberté tout en appliquant des principes différents selon les peuples, je pose une dernière question :

Si votre pays subissait demain les mêmes ingérences, les mêmes financements étrangers, la même prolifération des groupes armés et les mêmes violences que celles que vous avez justifiées ailleurs, accepteriez-vous que l'on vous explique que tout cela se fait pour votre bien ?

Je connais déjà la réponse.

Vous invoqueriez votre souveraineté. Vous exigeriez le respect de vos frontières. Vous réclameriez le droit de décider de votre destin.

C'est précisément ce droit que les autres peuples réclament eux aussi.

Alors, assez d'hypocrisie ! Assez des indignations sélectives ! Assez de cette démocratie à géométrie variable, qui change de visage selon les intérêts des puissants !

Si la démocratie est une valeur universelle, qu'elle le soit partout. Si la souveraineté est un droit, qu'elle s'applique à tous les peuples. Et si les droits de l'homme sont sacrés, qu'ils le soient aussi bien à Paris qu'à Damas ou à Téhéran.

Sinon, qu'on cesse de donner des leçons de morale et de présenter les intérêts géopolitiques des grandes puissances comme des croisades humanitaires.

CAR LE VÉRITABLE SCANDALE N'EST PAS QUE LES PEUPLES RÉCLAMENT LA LIBERTÉ. C'EST QUE CERTAINS PUISSANTS PRÉTENDENT DÉCIDER QUELS PEUPLES ONT LE DROIT DE LA CHOISIR.

 reseauinternational.net