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Le plan du professeur Jeffrey Sachs pour mettre fin à la guerre en Ukraine

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Le président américain Donald Trump (à droite) accueille le président russe Vladimir Poutine à son arrivée à la base interarmées Elmendorf-Richardson, le 15 août 2025 à Anchorage, en Alaska. © Andrew Harnik/Getty Images

Il s'agira d'une pilule amère à avaler pour Zelensky et les dirigeants européens, mais le règlement de comptes politique final face à la défaite stratégique se rapproche à grands pas, comme le montrent les événements en France.

 Ian Proud - 21 octobre 2026

Je republie ci-dessous le plan du professeur Jeffrey Sachs pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Il s'agit d'un plan pragmatique et réaliste visant à mettre un terme à une guerre dévastatrice qui approche rapidement de sa cinquième année.

Le plan est assez simple et ne contient rien qui n'ait déjà été évoqué auparavant.

  • La neutralité militaire de l'Ukraine.
  • L'Ukraine poursuivrait son adhésion à l'Union européenne en tant qu'État neutre, à l'image de l'Autriche et de l'Irlande.
  • Une ligne d'armistice serait tracée le long de la ligne de contact.
  • L'OTAN s'engagerait à ne plus s'étendre vers l'est.

De toute évidence - du moins à mes yeux - il s'agit d'une version remaniée du plan que la Maison-Blanche de Trump cherche à mettre en œuvre.

Les principaux obstacles sont les suivants :

  • Amener Zelensky, l'Union européenne et le Royaume-Uni à s'engager dans la mise en œuvre d'un plan fondé sur ce modèle, alors qu'ils ont jusqu'à présent refusé de négocier de manière substantielle avec la Russie.
  • Amener les États européens à s'engager dans un plan qui mettrait définitivement fin à la chimère que constitue la volonté de l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN.
  • Amener enfin l'Union européenne à prendre la mesure de l'immense défi que représente l'admission de l'Ukraine en son sein, en reconnaissant les énormes difficultés financières que cela poserait au projet européen.
  • Amener l'Union européenne et le Royaume-Uni à s'engager à lever les sanctions contre la Russie, alors qu'ils ont pris des mesures pour les rendre permanentes. Cela inclura la question de la mobilisation des avoirs russes gelés.

La liste est plus longue, mais l'essentiel est que parvenir à un accord dont la forme et le contenu correspondent à ce modèle, auquel l'Ukraine et l'Europe s'opposent depuis le début de la guerre, représente un obstacle considérable.

Pourquoi ?

Parce que, à tout le moins, écarter l'adhésion à l'OTAN et faire de l'Ukraine un État neutre constitueraient une immense défaite stratégique pour l'Occident. Les dirigeants politiques devraient en rendre compte à leurs opinions publiques, après des années d'engagements financiers exorbitants et sans horizon de fin, période durant laquelle l'Europe s'est manifestement appauvrie en raison de sa politique à l'égard de la guerre.

Le principal obstacle à ce plan est donc politique. Mais la réalité politique sur le terrain en Europe, illustrée par ce qui se passe actuellement en France, rapproche le moment du règlement de comptes politique final face à la défaite, tout en rendant la pilule encore plus amère.

Je doute que les capitales européennes disposent du sens politique et de la stature nécessaires pour s'engager dans cette voie, compte tenu des enjeux personnels considérables pour les dirigeants mondialistes de Londres, Berlin, Paris et Bruxelles. Mais, comme toujours, j'espère être détrompé. -  Ian Proud

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Cadre pour la paix en Ukraine

Par  Jeffrey Sacks

Ce règlement proposé - conçu pour contribuer à mettre fin à un conflit qui a coûté des centaines de milliers de vies et qui comporte toujours un risque de confrontation - s'attaque aux causes de la guerre plutôt qu'à ses seuls symptômes.

La guerre en Ukraine peut prendre fin de manière durable, selon des conditions qui protègent l'existence de l'État ukrainien, répondent aux préoccupations de la Russie en matière de sécurité et jettent les bases d'un ordre de sécurité européen durable.

Alors qu'un nouveau cycle de négociations se prépare en Norvège, je propose un règlement conclu sous la forme d'un accord global unique, signé par l'Ukraine et la Russie, adopté par un vote du Conseil de sécurité des Nations unies en vertu du chapitre VII de la Charte, et garanti conjointement par les cinq membres permanents du Conseil ainsi que par les autres États qui choisiraient de s'y joindre.

Cette proposition repose sur le principe de sécurité indivisible énoncé dans l'Acte final d'Helsinki et la Charte de Paris.

Le dispositif comporterait quatre engagements fondamentaux.

1. La neutralité permanente de l'Ukraine

Le premier engagement serait la neutralité permanente de l'Ukraine, adoptée dans une loi constitutionnelle sur le modèle de la loi autrichienne de 1955, ce qui ramènerait l'Ukraine au choix fondateur exprimé dans sa Déclaration de souveraineté d'État de 1990.

L'Ukraine n'adhérerait à aucune alliance militaire et n'accueillerait aucune base ni aucune force étrangère, qu'il s'agisse de celles de l'OTAN, de l'Union européenne, de ses États membres ou de la Russie.

La neutralité ne signifierait pas le désarmement : l'Ukraine conserverait des forces armées pour assurer sa propre défense.

2. L'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne

Le deuxième engagement serait que l'Ukraine poursuive sa candidature à l'adhésion à l'Union européenne en tant qu'État définitivement neutre, avec un protocole relatif à la neutralité dans son traité d'adhésion, sur le modèle de celui de l'Irlande.

La Russie affirmerait que l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne est compatible avec sa propre sécurité.

3. Une ligne d'armistice fondée sur la ligne de contact

Le troisième engagement serait de tracer une ligne d'armistice le long de la ligne de contact à la date de la signature.

Chaque partie exercerait une juridiction de fait sur son propre côté de la ligne. Aucune des deux ne reconnaîtrait les revendications territoriales de l'autre, et toutes deux renonceraient à recourir à la force pour toute modification ultérieure de cette ligne.

Cette formule est compatible avec les constitutions des deux pays, qui interdisent ou limitent fortement la cession de territoires.

4. La fin de l'élargissement de l'OTAN vers l'est

Le quatrième engagement serait la fin de l'élargissement de l'OTAN vers l'est.

Au moment de la signature, le Conseil de l'Atlantique Nord déclarerait que l'OTAN n'admettrait pas l'Ukraine ni aucun autre nouveau membre en Europe de l'Est ou dans le Caucase du Sud, et retirerait l'engagement pris à Bucarest en 2008.

La mise en œuvre de l'accord

Le règlement mettrait définitivement fin aux hostilités dès sa signature, et non par l'instauration d'un cessez-le-feu temporaire. Ses dispositions seraient mises en œuvre par étapes, sous vérification internationale.

Aucun élément ne serait négocié isolément, et aucune partie ne serait tenue de faire une concession avant la signature.

Les dispositions territoriales sont conçues pour tenir compte des préoccupations et des revendications des deux parties.

Les forces ukrainiennes se retireraient de la partie de la région de Donetsk que l'Ukraine contrôle actuellement. Celle-ci deviendrait une zone spéciale démilitarisée. Les forces russes n'y entreraient pas, l'administration civile locale en place continuerait à fonctionner et le statut définitif de la zone serait laissé à la négociation.

La Russie se retirerait des zones qu'elle occupe dans la région de Dnipropetrovsk ainsi que de la flèche de Kinbourn.

Une zone de sécurité septentrionale serait démilitarisée de part et d'autre de la frontière russo-ukrainienne. Les forces russes quitteraient les zones qu'elles occupent dans les régions de Kharkiv et de Soumy, tandis que les forces ukrainiennes se retireraient des zones correspondantes de leur côté.

La centrale nucléaire de Zaporijjia resterait sous contrôle russe, avec une supervision de sûreté de l'AIEA. Elle vendrait à l'Ukraine une part convenue de son électricité au prix coûtant.

Une bande démilitarisée s'étendrait de part et d'autre de la ligne d'armistice. Les armes lourdes et les systèmes de frappe à longue portée seraient retirés à des distances convenues, et des plafonds réciproques seraient imposés aux effectifs militaires dans les régions frontalières des deux côtés.

En mer Noire et en mer d'Azov, la navigation commerciale serait libre pour tous les ports ukrainiens et russes. Les attaques contre les navires et les ports seraient interdites.

Le rétablissement de la sécurité européenne

Le règlement en Ukraine devrait également amorcer la reconstruction de l'ensemble de l'architecture de sécurité européenne.

L'OTAN et la Russie conviendraient d'un moratoire sur les missiles à portée intermédiaire lancés depuis le sol en Europe, s'abstiendraient de déployer des armes nucléaires dans de nouveaux États et rétabliraient le Conseil OTAN-Russie.

Les relations diplomatiques normales seraient rétablies des deux côtés.

Les parties convoqueraient le premier sommet de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) depuis 2010 afin de confier à cette organisation la surveillance du règlement, la vérification des limites imposées aux armements et le contrôle des dispositions relatives aux droits.

Les droits linguistiques, culturels et religieux

Les questions de langue, d'éducation, de culture et de religion seraient réglées conformément aux normes européennes.

La langue russe bénéficierait du même traitement que les autres langues minoritaires en Ukraine, et la Russie accepterait les mêmes obligations à l'égard des locuteurs ukrainiens et des communautés religieuses de son côté de la ligne.

Toutes les obligations relatives à l'extrémisme et à l'incitation seraient réciproques et feraient l'objet d'un suivi de l'OSCE.

Les prisonniers de guerre seraient échangés selon le principe du "tous contre tous", les civils détenus seraient libérés et les enfants séparés de leurs familles seraient réunis avec celles-ci.

La levée des sanctions et la reconstruction

Les sanctions seraient levées au cours de l'année 2027.

Les avoirs souverains russes immobilisés seraient également libérés, et les biens privés saisis ou immobilisés des deux côtés seraient restitués.

Un fonds international de reconstruction, administré par la Banque européenne d'investissement, financerait la reconstruction des deux côtés de la ligne, grâce à des contributions de toutes les parties, y compris de la Russie. Il s'agirait d'un effort commun plutôt que de réparations de guerre.

Le transit du gaz par l'Ukraine pourrait reprendre partout où des acheteurs seraient disposés à s'approvisionner, sans que l'Union européenne s'engage à acheter du gaz russe.

Les garanties et le contrôle du respect de l'accord

Un rapport de violation grave établi par une mission de surveillance de l'OSCE composée d'observateurs non armés provenant d'États non membres de l'OTAN déclencherait des consultations entre les garants et un renvoi de la question au Conseil de sécurité.

L'Ukraine lèverait la loi martiale et organiserait des élections sous la supervision de l'OSCE.

La nouvelle Verkhovna Rada, le Parlement ukrainien, ratifierait le règlement et adopterait la loi constitutionnelle sur la neutralité. L'Assemblée fédérale russe procéderait à la ratification au même stade.

Conclusion

Ce règlement proposé s'attaque aux causes de la guerre plutôt qu'à ses seuls symptômes.

L'Europe a été largement absente de la conception du processus de paix. En présentant un tel cadre, les gouvernements européens peuvent prendre l'initiative de construire une sécurité indivisible en Europe et contribuer à mettre fin à une guerre qui a coûté des centaines de milliers de vies et qui comporte toujours un risque de confrontation entre puissances nucléaires.

Par  Jeffrey Sacks

Source :  Common Dreams - Framework for Peace in Ukraine

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