Le numéro de Rubio à l'Acropole et le mythe de la « civilisation occidentale »

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Le numéro de Rubio à l'Acropole & le mythe de la "civilisation occidentale"

Par  Samuel Geddes, le 21 octobre 2026

Des guerres de Rome contre la Perse à la confrontation actuelle avec l'Iran, l'histoire révèle une réalité bien plus complexe que le mythe du choc éternel entre "l'Occident" et ses ennemis.

En l'absence de toute vision politique positive, Washington et ses mandataires redoublent d'efforts pour resserrer leurs liens fictifs avec un passé antique.

Le discours prononcé le 7 octobre par le secrétaire d'État américain Marco Rubio depuis le Pnyx athénien, avec pour toile de fond le Parthénon au sommet de l'Acropole antique, manquait cruellement de subtilité, même selon les critères des politiciens américains et européens.

Agissant comme si les ruines elles-mêmes pouvaient conférer à ses propos la gravité qui leur a fait clairement défaut, ce discours tenait moins de l'éloquence que d'une diatribe décousue soulignant avec insistance l'existence d'un fil conducteur ininterrompu entre la Grèce et la Rome classiques d'une part, et l'Amérique du Nord et l'Europe contemporaines d'autre part. Il a affirmé que la stagnation et le manque d'orientation actuels de "l'Occident" sont dus à une réévaluation critique de l'histoire, notamment de la traite transatlantique des esclaves et de la nature de l'Empire britannique. C'était mettre l'accent sur la prééminence persistante de la tradition culturelle occidentale - entendons par là bien sûr le capitalisme libéral et un certain chauvinisme issu d'un demi-millénaire de suprémacisme blanc revendiqué. Sa thèse - si tant est que lui et ses semblables en aient une - sous-entend que le déclin généralisé de l'adhésion du public à ces systèmes serait la cause même de leur déclin.

À un certain niveau, il n'a pas tort. La reconnaissance décroissante, par le reste du monde, de la supériorité innée des systèmes politiques, économiques et culturels euro-américains entraîne nécessairement le déclin de leur influence. Mais la solution proposée par le chauviniste occidental ne pousse jamais bien plus loin que l'exigence du retour universel à la vénération de l'Occident en tant qu'entité intrinsèquement supérieure. On réfléchit trop rarement aux raisons pour lesquelles l'opinion mondiale cesse de tenir cette suprématie pour acquise, ni comment les choix occidentaux eux-mêmes contribuent au naufrage de leur légitimité idéologique.

À deux semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis, les raisons de ces propos peu nuancés commencent à être suffisamment claires. Les prix du carburant aux États-Unis ont atteint des niveaux records, conséquence directe de la guerre déclenchée par l'administration Trump à la demande d'Israël contre l'Iran - des tarifs qui ne feront qu'empirer dans un avenir prévisible. La crise qui s'aggrave dans le détroit d'Ormuz depuis huit mois continue de ronger les artères de l'économie mondiale, alimentant une crise systémique d'une ampleur inédite depuis la Grande Dépression des années 1930. Plutôt qu'aborder la responsabilité des États-Unis (et la sienne personnelle) dans le déclenchement de cette crise, il est plus simple pour Rubio et ses semblables de rallier le soutien du grand public autour de mythes sur leur propre "grandeur" théorique et de liens tout aussi hypothétiques avec les gloires disparues de la Grèce et de Rome.

L'Occident, une fiction commode

Malgré toute leur prétendue fascination pour l'expérience historique occidentale, ni Rubio ni aucun autre idéologue du régime américain n'a pris la peine de consulter les archives des 23 empereurs romains qui ont attaqué les Perses - sous les régimes parthe et sassanide - dont l'Iran est le prolongement moderne direct. Si l'un d'entre eux l'avait fait, il aurait peut-être littéralement évité la crise actuelle, en ayant tiré les leçons de la futilité de ces campagnes qui, outre qu'elles se sont souvent soldées par des défaites cuisantes, ont saigné à blanc l'État romain sur le plan économique. Ce qui a alors précipité sa désintégration aux mains des barbares d'Europe et sa quasi-extinction sous les conquérants arabes du VIIe siècle.

Rubio en savait manifestement assez pour citer le pillage d'Athènes par les Perses sous les Achéménides comme preuve d'une inimitié éternelle entre l'Iran et l'Occident. Sur ce point au moins, il témoigne d'une réelle cohérence avec la tradition antique qu'il cherche à s'approprier. L'Iran a été le premier "ennemi éternel" désigné des Grecs (puis des Romains), qui allaient progressivement constituer l'Occident dans l'imaginaire européen plusieurs siècles plus tard. Ce faisant, il a tenté d'élever la guerre américano-israélienne du statut d'agression illégale au rang de lutte existentielle, métaphysique et inévitable entre le monde de l'Atlantique Nord et la République islamique. Là encore, le raccourci était simple et commode, bien qu'il ne corresponde guère à la réalité.

Si les dirigeants du monde gréco-romain dépeignaient avec enthousiasme les Iraniens comme incarnant tout ce qui était contraire à leur culture, cela n'impliquait en aucun cas une solidarité avec les "barbares" d'Europe du Nord, dont les descendants se présentent aujourd'hui comme leurs héritiers directs.

Les étiquettes "Europe" et "Européen" n'ont commencé à fleurir qu'au début du Moyen Âge, pour distinguer ces peuples des conquérants arabes, les "Maures-Sarrasins". Même dans ce contexte, ces étiquettes s'appliquaient aux terres occidentales sous domination catholique, et certainement pas à l'État romain encore en place à Constantinople, pour lequel un mépris réciproque allait culminer avec le pillage de la capitale orientale par les Francs en 1204, lors de la quatrième croisade.

Les Romains d'Orient eux-mêmes ne voyaient que très peu de traits communs dignes d'être mentionnés avec l'Europe occidentale et ne se considéraient pas comme "occidentaux" au sens moderne du terme.

Il était rare, dans ces enjeux idéologiques, que "l'Autre oriental" s'appuie aussi sur cette distinction pour se définir en opposition à l'Occident. Ni les Iraniens ni, plus tard, la Oumma islamique n'ont jamais perçu leurs adversaires comme des ennemis éternels et métaphysiques. Même le conflit romano-persan, lorsqu'il s'est transformé en guerres arabo-byzantines du début du Moyen Âge, trouve son origine, du point de vue oriental, dans la conviction que les Byzantins étaient les héritiers légitimes de la souveraineté romaine, et non ses destructeurs prédestinés. C'est sur cet argument que les conquérants ultérieurs de Constantinople, les sultans ottomans, se sont proclamés "Césars de Rome" au cours des siècles suivant 1453 après J.-C.

Sous sa forme actuelle, l'Occident n'a véritablement commencé à émerger qu'à un stade avancé de l'ère moderne, alors que les puissances coloniales européennes rivales étaient déjà en plein déclin, cédant ainsi leur leadership mondial aux États-Unis. On peut légitimement affirmer que l'Occident, tel que nous le connaissons, n'est devenu un concept politiquement significatif qu'avec la Guerre froide, lorsqu'il a servi de façade à l'alignement politique sur Washington.

Depuis la dissolution de l'URSS et l'effondrement manifeste du libéralisme en tant qu'idéologie sous-jacente de la politique mondiale, cette rhétorique étriquée et résolument ahistorique sur l'Occident ne sont plus pour Washington que ses derniers arguments pour légitimer sa domination. Une domination qu'ironiquement, il dilapide en commettant les mêmes erreurs des civilisations disparues qu'il considère comme ses précurseurs.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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