Des policiers lors de la manifestation du 17 octobre 2026 à Montpellier, en France. ©AFP
La hausse des prix des carburants accentue les tensions sociales en France et dans d'autres pays européens. La fermeture du détroit d'Ormuz, ou les restrictions imposées à la navigation dans cette voie maritime stratégique, est devenue un facteur de pression sur les marchés mondiaux de l'énergie, avec des répercussions sur les prix des carburants et du gaz en Europe. Cette situation alimente une vague de mobilisations populaires et professionnelles contre la vie chère et la baisse du pouvoir d'achat.
Ces dernières semaines, la France a connu plusieurs mouvements de contestation organisés par des groupes professionnels directement dépendants des carburants, notamment les pêcheurs, les agriculteurs, les chauffeurs ainsi que les travailleurs des secteurs du transport et de la construction. Ces mobilisations ont ensuite convergé avec des revendications étudiantes et des mouvements de protestation plus larges à Paris ainsi que dans de nombreuses villes, petites et grandes, à travers la France, sur fond de pénurie d'enseignants, de classes surchargées et de dégradation des services publics.
D'après des informations publiées dans la presse européenne, la vague de contestation qui s'est manifestée le 17 octobre ne répondait pas à une seule cause. Elle résulte de la convergence de plusieurs facteurs, parmi lesquels le coût des carburants, la hausse des dépenses courantes, les insuffisances des services publics, les inégalités sociales et les politiques budgétaires.
Les mobilisations françaises ont coïncidé avec des manifestations de moindre ampleur en Belgique, en Italie et au Portugal, où les revendications diffèrent d'un pays à l'autre. Au Portugal, les manifestants ont notamment mis en avant les salaires, le logement et le coût de la vie. Dans d'autres pays européens, les mouvements de contestation sont également liés à la pression exercée par la hausse des prix de l'énergie sur les ménages et les secteurs productifs.
Pour les observateurs, la fermeture du détroit d'Ormuz a constitué un choc extérieur qui a accentué la fragilité de la situation économique européenne. Cette voie maritime figure parmi les principaux axes de transit énergétique au monde. En temps normal, d'importants volumes de pétrole brut et de produits pétroliers y transitent. Toute perturbation de la navigation dans cette zone contribue ainsi directement à renchérir les coûts du transport maritime et des assurances, tout en réduisant les volumes disponibles sur les marchés mondiaux.
Les répercussions de la crise sur l'Europe ne s'expliquent toutefois pas uniquement par la dépendance directe de ses pays aux cargaisons transitant par le détroit d'Ormuz. Elles tiennent aussi à l'interconnexion des marchés mondiaux de l'énergie. Lorsque les approvisionnements diminuent ou que leur transport devient plus coûteux, les marchés européens et asiatiques se retrouvent en concurrence pour obtenir des cargaisons alternatives de pétrole, de gazole, d'essence et de gaz naturel liquéfié (GNL). Cette concurrence contribue à faire grimper les prix à la pompe et alourdit les factures énergétiques des ménages et des entreprises.
Les tensions sur le marché européen se sont accentuées avec la hausse des prix de gros du gazole à Rotterdam, les perturbations du transport maritime des produits pétroliers, le recul des exportations russes de gazole et les répercussions sur les exportations de GNL en provenance de la région du golfe Persique. L'augmentation des coûts énergétiques qui en a résulté a pesé sur l'industrie, les transports et l'agriculture, avant de se répercuter sur les prix des biens et des services.
En France, la hausse des prix des carburants suscite une vive inquiétude, notamment en raison de la place importante du gazole dans les déplacements quotidiens et les activités professionnelles. Le marché du gazole dépend également davantage des importations que celui de l'essence. À cela s'ajoute une fiscalité élevée sur les carburants, qui contribue à augmenter le prix final payé par les consommateurs, lequel comprend notamment les taxes sur la consommation énergétique et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).
Face à cette situation, le gouvernement français a été contraint d'élargir les aides aux carburants destinées aux conducteurs aux revenus modestes et à ceux qui effectuent de longs trajets quotidiens. Le soutien a été étendu aux secteurs de la pêche, de l'agriculture et de la construction. Ces mesures interviennent toutefois dans un contexte de déficit public élevé et d'endettement important, plaçant l'exécutif devant un dilemme : apaiser la colère sociale tout en poursuivant sa politique de réduction du déficit.
Les données économiques montrent que la hausse des prix des carburants ne constitue plus un problème limité aux stations-service, mais s'inscrit désormais dans une crise plus générale du coût de la vie. L'augmentation des prix de l'énergie renchérit les coûts du transport et de la production, exerce une pression sur les prix alimentaires et ceux des services, et alourdit les dépenses des travailleurs et des familles qui dépendent de leur voiture pour leurs déplacements quotidiens.
Dans ce contexte, la fermeture du détroit d'Ormuz a constitué un facteur majeur d'accélération de la hausse des prix de l'énergie et d'intensification des tensions sociales. En France notamment, la crise des carburants s'est ajoutée aux revendications relatives aux salaires, aux services publics, au pouvoir d'achat et aux choix budgétaires du gouvernement.
Les pressions populaires pourraient se prolonger si les prix des carburants restent élevés ou si les gouvernements européens ne mettent pas en place des mesures de soutien suffisantes pour les ménages et les secteurs les plus touchés. Ceux-ci tentent de contenir les dépenses publiques tout en limitant les effets de l'inflation sur l'économie, un équilibre difficile à maintenir alors que la hausse du coût de la vie alimente le mécontentement social.