
par Ma Tong
Les nouvelles mises en garde de la présidente de la Commission européenne (CE), Ursula von der Leyen, concernant un durcissement des restrictions commerciales à l'encontre de la Chine, intervenant dans la foulée d'accords bilatéraux obtenus de haute lutte, font craindre que Bruxelles ne recoure à des menaces et à des pressions commerciales susceptibles d'éroder la confiance bilatérale, plutôt que de s'attaquer aux problèmes structurels qui freinent ses propres industries.
Ces dernières mises en garde font suite à d'intenses négociations entre la Chine et l'UE qui ont abouti à des avancées concrètes pour les deux parties, notamment dans le secteur automobile. Pourtant, Bruxelles envisage d'imposer de nouvelles restrictions dans d'autres secteurs, alors même que les entreprises européennes mettent en garde contre les coûts du protectionnisme.
Selon des analystes chinois, l'approche de l'UE consistant à "discuter tout en se battant" reflète ses difficultés à s'adapter à un paysage industriel en mutation. Ils ont averti que les menaces et le protectionnisme n'apportaient aucune solution aux défis internes de l'Europe et pourraient au contraire compromettre les accords récents et éroder la confiance nécessaire aux futures négociations.
Armes commerciales, problèmes plus graves
Dans un discours prononcé mercredi devant le Parlement européen, Mme von der Leyen a déclaré que l'Union devait être prête à déployer des "instruments de défense commerciale" si le dialogue ne parvenait pas à aboutir, tout en reconnaissant les progrès réalisés lors des récentes consultations économiques et commerciales entre la Chine et l'UE, selon un communiqué publié sur le site web de la Commission européenne.
Elle a appelé à la mise en place rapide de mesures de sauvegarde lorsque des pics d'importations menacent les industries européennes. La Commission prévoit également de présenter en décembre un paquet "DiversifyEU" visant à réduire la dépendance vis-à-vis de fournisseurs uniques, ainsi qu'un nouvel instrument permettant de restreindre plus rapidement l'accès au marché unique de l'UE lorsque ses intérêts sont menacés.
Cette position plus ferme de l'UE reflète sa difficulté à s'adapter à un paysage industriel en mutation, d'autant plus que les fabricants chinois ont gagné du terrain dans le secteur des véhicules électriques et d'autres industries émergentes, a déclaré jeudi au Global Times Wang Yiwei, directeur du Centre d'études européennes de l'Université Renmin de Chine.
L'Europe souhaite disposer de temps pour reconstruire sa puissance industrielle face à la pression exercée par les États membres et les industries nationales, en espérant que les restrictions commerciales apporteront un soulagement temporaire, a déclaré M. Wang. "Mais de telles mesures ne peuvent pas apporter les avancées technologiques ni la transformation industrielle nécessaires à une croissance durable".
Le défi dépasse le cadre des produits individuels pour s'étendre aux systèmes industriels et aux technologies qui façonnent l'avenir de l'industrie manufacturière. L'Europe doit renforcer ses propres capacités plutôt que de rejeter la responsabilité de ses lacunes internes sur la Chine, a ajouté M. Wang.
La dernière rhétorique musclée de l'UE fait suite à une série de négociations commerciales intensives entre la Chine et l'UE à Pékin les 8 et 9 octobre, qui ont abouti à un consensus en 16 points dans quatre domaines, notamment un accord sur le commerce des véhicules hybrides et la poursuite des consultations concernant la procédure antisubventions engagée par l'UE à l'encontre des véhicules électriques chinois, selon le ministère chinois du Commerce (MOFCOM).
Mercredi, Mme von der Leyen a attribué au commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, le mérite des progrès réalisés dans les négociations avec la Chine, citant une plus grande prévisibilité dans les contrôles à l'exportation des terres rares et un accord sur les exportations de véhicules hybrides fabriqués en Chine. Elle a toutefois fait valoir que les progrès réalisés dans un seul secteur étaient insuffisants pour remédier aux déséquilibres commerciaux plus généraux, selon le communiqué de la Commission européenne.
Les analystes ont souligné que les résultats obtenus de haute lutte lors des négociations commerciales entre la Chine et l'UE constituent des progrès concrets et positifs ainsi que des avancées tangibles pour les deux parties, en particulier pour les entreprises européennes en quête d'une plus grande certitude. De nouvelles restrictions commerciales de l'UE pourraient compromettre ces avancées et remettre en question l'engagement même de Bruxelles à respecter les accords.
L'UE intensifie ses efforts pour mettre en place de nouveaux outils de défense commerciale, notamment des propositions visant à instaurer un "kill switch" (dispositif d'arrêt d'urgence) permettant de restreindre rapidement l'accès au marché, ainsi qu'une version européenne du mécanisme américain de la section 301. La Chine a critiqué à plusieurs reprises ces nouveaux outils proposés, les qualifiant de protectionnistes et d'unilatéralistes.
Shi Xiaoli, directrice du Centre de recherche sur le droit de l'OMC à l'Université chinoise de sciences politiques et de droit, a déclaré au Global Times que les mesures proposées par l'UE reposaient sur des hypothèses subjectives plutôt que sur des preuves suffisantes, négligeant le fait que les avantages concurrentiels des fabricants chinois découlent de l'innovation et d'une chaîne d'approvisionnement industrielle complète qui contribue à réduire les coûts.
Elle a fait valoir que de telles mesures étaient discriminatoires et arbitraires, soulevant des questions quant à leur compatibilité avec les règles de l'OMC.
Le prix du protectionnisme
Alors même que l'UE adopte une ligne plus dure en matière commerciale, elle reconnaît également les risques d'une escalade des tensions avec la Chine.
Mercredi, le chancelier allemand Friedrich Merz s'est prononcé en faveur d'un renforcement des outils de défense commerciale de l'UE pour lutter contre ce qu'il a qualifié de "concurrence déloyale" de la part de la Chine. Il a toutefois précisé que l'Union ne souhaitait pas recourir à sa panoplie d'outils de défense commerciale, soulignant que l'objectif était de parvenir à un nouvel équilibre commercial plutôt que de déclencher un conflit, selon Bloomberg.
Les coûts économiques des restrictions commerciales ont été mis en avant par le PDG de Mercedes-Benz, Ola Källenius, qui a averti le même jour que les mesures protectionnistes pourraient faire grimper les coûts de production et perturber les chaînes d'approvisionnement mondiales. S'il a reconnu que des restrictions plus strictes pourraient améliorer la résilience, il a également souligné qu'elles rendraient la production plus coûteuse, avertissant que l'Europe ne devait pas devenir "une île" coupée de ses principaux partenaires commerciaux.
Les entreprises européennes ont également appelé à la prudence face à un recours plus large aux restrictions commerciales. Dans une prise de position publiée lundi, BusinessEurope, une importante organisation patronale européenne, a déclaré que l'UE devrait établir des critères clairs pour distinguer les échanges sensibles sur le plan de la sécurité de la concurrence commerciale ordinaire, soulignant que tous les échanges avec la Chine ne comportaient pas le même risque.
Le groupe a insisté sur le fait que l'UE devait faire preuve de transparence quant à la répartition des coûts de ses mesures commerciales et être prête à en assumer la responsabilité, avertissant que la Chine avait laissé entendre qu'elle riposterait aux actions de l'UE.
M. Wang a déclaré que la forte dépendance de l'Europe vis-à-vis des marchés mondiaux et des chaînes d'approvisionnement rendait les restrictions commerciales particulièrement coûteuses. "Les fabricants européens dépendent des biens intermédiaires chinois, tandis que les constructeurs automobiles allemands produisent également des véhicules en Chine destinés à l'exportation", a-t-il déclaré.
En réponse à l'approche "à deux volets" proposée par l'UE, le MOFCOM a déclaré que les deux parties devaient faire preuve de sincérité pour résoudre leurs différends par le dialogue. Il a souligné que l'UE ne devait pas s'attendre à obtenir des avantages par la pression ni sous-estimer la détermination et la capacité de la Chine à défendre ses propres intérêts.
Malgré les tensions, les canaux de dialogue entre la Chine et l'UE restent ouverts. Une délégation de 12 membres de la commission du commerce international du Parlement européen se rendra en Chine du 27 au 29 octobre pour s'entretenir avec des responsables et des députés chinois. Les discussions devraient porter sur l'accès au marché, les subventions industrielles, les chaînes d'approvisionnement et les matières premières critiques, a rapporté Euronews mercredi.
En vertu de l'accord conclu à Pékin au début du mois, la Chine et l'UE doivent également tenir une réunion vidéo au niveau ministériel en janvier 2027, suivie de la troisième réunion de leur mécanisme de consultation sur le commerce et l'investissement en mars.
Mme Shi a exhorté l'UE à adopter une approche plus pragmatique face aux déséquilibres commerciaux plutôt que d'invoquer des préoccupations de sécurité économique pour faire pression sur la Chine. "Bruxelles devrait abandonner toute logique de confrontation et saisir les opportunités découlant du développement de la Chine axé sur l'innovation afin d'étendre une coopération mutuellement bénéfique dans les domaines du développement vert, des énergies nouvelles et des industries numériques", a-t-elle déclaré.
source : Global Times via China Beyond the Wall