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Une lettre ouverte aux autorités genevoises dénonce le parti pris de la Cicad dans le conflit israélo-palestinien

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Envoyée cette semaine aux différentes autorités genevoises, une lettre ouverte rédigée par l'association Solidarité Bosnie interpelle les élus sur la manière dont la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) utilise son statut et ses subventions pour criminaliser des voix qui défendent le droit à l'existence du peuple palestinien. Cosigné par plusieurs associations et citoyens engagés, ce courrier est également un soutien au député Sylvain Thévoz, actuellement visé par une procédure bâillon de la CICAD.

Investie depuis de nombreuses années dans un travail de mémoire sur le nettoyage ethnique et le génocide en Bosnie-Herzégovine, l'association genevoise  Solidarité Bosnie soutient également des populations confrontées aujourd'hui à des situations similaires, notamment en Cisjordanie et à Gaza.

Elle vient d'adresser cette semaine une lettre ouverte aux autorités de Genève. Celle-ci documente la manière dont la  CICAD (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation) utilise son statut et ses subventions publiques à Genève pour criminaliser des voix qui défendent le droit à l'existence du peuple palestinien, alors même qu'un risque humanitaire et épidémique majeur menace la population de Gaza.

Par cette démarche, Solidarité Bosnie tient également à exprimer son plein soutien au député Sylvain Thévoz, actuellement visé par une procédure bâillon de la CICAD.

À la suite de cet envoi, le secrétariat du conseil municipal de la Ville de Genève a confirmé le traitement officiel de cette lettre ouverte. Conformément à l'article 21 du règlement du conseil municipal, l'association a adressé ce texte par courriel à l'ensemble des conseillères et conseillers municipaux. Il sera officiellement annoncé lors de la prochaine séance plénière le mardi 27 octobre 2026 et figurera au Mémorial.

Solidarité Bosnie |c/o Maison internationale des associations |Rue des Savoises 15, 1205 Genève |Tél. 022 321 63 14 | www.solidarite-bosnie.ch

Genève, le 21 octobre 2026

LETTRE OUVERTE

• Au Conseil d'État et au Grand Conseil de la République et canton de Genève
• Au Conseil administratif et au Conseil municipal de la Ville de Genève
• À la Délégation genevoise aux Chambres fédérales

Mesdames, Messieurs,

En tant que citoyens, nous sommes inquiets de constater que la  Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) met en cause, sous prétexte d'antisémitisme, des citoyen·ne·s et des élus qui défendent le droit à l'existence du peuple palestinien, aujourd'hui menacé par un risque épidémique majeur à Gaza en ce début de saison des pluies.

Dans ce contexte, nous souhaitons porter à votre attention une série d'éléments factuels concernant la légitimité de la CICAD à continuer de bénéficier de subventions publiques et de la reconnaissance institutionnelle qui en découle, un statut dont elle se prévaut pour s'en prendre à des citoyen·ne·s, des élus, des universitaires et des associations.

Le 29 mai 2017, une plainte pénale du  Collectif urgence Palestine (CUP) a été déposée auprès du Parquet fédéral suisse contre l'ex-ministre israélienne Tzipi Livni pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, en raison de sa responsabilité dans les massacres opérés à Gaza (fin 2008-début 2009) ¹. Selon des documents issus des " Israël files" et relayés par la presse ²⁺ ³, deux responsables de la CICAD - Me Philippe Grumbach (ancien président) et Me Lionel Halpérin (membre du comité) ⁴ - ont alors sollicité auprès du ministère israélien de la Justice un mandat destiné à conseiller ou représenter des personnalités israéliennes susceptibles de poursuites pénales en Suisse. Ce mandat a été attribué à l'étude d'avocats CMS, au sein de laquelle Me Philippe Grumbach a collaboré avec Me Christian Lüscher, alors conseiller national et membre de la Commission judiciaire (CJ) de l'Assemblée fédérale. Les mêmes sources indiquent que l'influence politique de ce dernier auprès du procureur général de la Confédération, Michael Lauber, a coïncidé avec le classement de la procédure pénale menée contre Tzipi Livni. En septembre 2019, l'élu a d'ailleurs plaidé à l'Assemblée fédérale pour la réélection du procureur.

Les courriels fuités révèlent que suite à l'attribution du mandat, Me Grumbach écrivait le 28 juin 2017 au ministère israélien de la Justice:

  "Christian et moi-même sommes très honorés d'agir au nom de l'État d'Israël".

En août 2019, Me Grumbach se serait rendu à l'ambassade d'Israël à Berne pour conseiller les diplomates israéliens en vue d'obtenir que la plainte fasse l'objet d'un classement définitif, et a transmis au ministère israélien un mémorandum d'expertise légale concernant les questions d'immunité. Ces éléments documentés dans les "Israël files" interrogent sur la question des ingérences et interférences institutionnelles.

Parallèlement, alors que son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, présente la CICAD comme "apolitique", l'association a inscrit, dès 2012, dans l'article 1 de ses statuts son objectif de "lutte contre toutes les formes d'antisémitisme, y compris l'antisionisme comme forme d'expression contemporaine d'antisémitisme". Cette doctrine lui permet de disqualifier, censurer et criminaliser toute critique de la politique de l'État d'Israël, et s'accompagne d'un déni explicite des crimes commis en Palestine - qu'il s'agisse du génocide à Gaza ou des opérations de nettoyage ethnique en Cisjordanie - ainsi que des tortures effroyables infligées aux détenus palestiniens dans les prisons israéliennes ⁵.

Johanne Gurfinkiel a déclaré en mars 2024: "Il n'y a pas de génocide, ni d'ailleurs de"guerre génocidaire"menée par Israël, selon les conclusions de la Cour internationale de justice (CIJ)" ⁶. Or, la CIJ n'a jamais conclu à l'absence de génocide, ne s'étant pas encore prononcée sur le fond dans l'affaire introduite en décembre 2023 par l'Afrique du Sud contre Israël.

En effet, le 26 janvier 2024, la Cour internationale de justice a statué ⁷ qu'"au moins certains des droits que l'Afrique du Sud revendique [...] sont plausibles. Il en va ainsi du droit des Palestiniens de Gaza d'être protégés contre les actes de génocide". Constatant qu'"il y a urgence, en ce sens qu'il existe un risque réel et imminent qu'un préjudice irréparable soit causé" à ces droits, la Cour a ordonné des mesures conservatoires à l'État d'Israël. Ces constats et mesures ont depuis lors été pleinement réaffirmés et renforcés par les ordonnances successives de la Cour. Dès lors, la déclaration précitée de Johanne Gurfinkiel est erronée.

Cette réalité à Gaza est d'ailleurs confirmée par le rapport officiel de l'ONU intitulé Anatomie d'un génocide ⁸, présenté par la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Mme Francesca Albanese. Ce document officiel démontre que le seuil des actes génocidaires commis contre les Palestiniens est amplement atteint et exhorte les États membres à faire respecter le droit international.

Par ailleurs, le 17 novembre 2023, l'Afrique du Sud (avec quatre autres États) a saisi le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Le 21 novembre 2024, cette Cour a délivré des mandats d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité ciblant d'une part le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense Yoav Gallant, et d'autre part le chef militaire du Hamas Mohammed Deif.

Pour mémoire, le concept de génocide a été défini en 1944 par l'avocat juif polonais Raphaël Lemkin, notamment en réaction aux crimes commis contre les Arméniens et aux politiques nazies d'extermination du peuple juif pendant la Shoah. En 1948, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté la  Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Ce texte fondamental qualifie ce crime par "l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux". Dès lors, une double condition cumulative est requise par l'article II de la Convention pour qu'un crime international soit qualifié de "génocide":

Dans son rapport publié le 16 septembre 2025, le groupe d'experts de la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations Unies sur le territoire palestinien occupé ¹⁷, mandatée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, a relevé qu'Israël commet quatre des cinq catégories de faits constitutifs du génocide. Sa présidente de 2021 à 2025, la juriste sud-africaine Navi Pillay - lauréate du prix Nobel de la paix 2026 et ancienne Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme - a déclaré: "La Commission estime qu'Israël est responsable du génocide commis à Gaza. Il est clair qu'il existe une intention de détruire les Palestiniens de Gaza par des actes qui répondent aux critères énoncés dans la Convention sur le génocide". Ce constat est confirmé par un consensus de plus d'une vingtaine d'ONG internationales comme  Médecins Sans Frontières et  Handicap International, aux côtés d'organisations israéliennes de référence telles que  B'Tselem et  Physicians for Human Rights.

Tout en contestant le génocide en cours à Gaza, la CICAD se permet d'exercer des pressions politiques et/ou d'engager des procédures judiciaires contre des acteurs locaux, défenseurs des droits des Palestiniens:

Ces pratiques prolongent des liens d'intérêts récurrents de dirigeants de la CICAD, à l'instar de la transmission d'informations sur l'élu Tobias Schnebli à l'État d'Israël en 2017 ². Au vu de ces dérives - et sachant que l'association dispose d'un budget privé supérieur à 2 millions de francs ¹⁹ -, le maintien des subventions de la Ville et du Canton de Genève est-il encore justifiable?

Pour conclure, nous souhaitons apporter notre entier soutien au député Sylvain Thévoz, visé par une procédure bâillon de la CICAD. En questionnant l'usage des subventions publiques face à de tels agissements dans sa question écrite urgente QUE 2209-A ²⁰, il n'a fait qu'exercer son rôle d'élu avec autant d'intégrité que de courage. Cette procédure constitue une tentative inacceptable d'intimidation visant à restreindre le contrôle parlementaire, la liberté d'expression et l'action politique légitime ²¹.

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de nos respectueuses salutations.

Association Solidarité Bosnie, Genève

Ivar Petterson, président (initiateur de la Marche internationale pour la Paix dans la région de Srebrenica)
Bertrand Du Pasquier, ancien fonctionnaire au UNHCR et au DFAE, délégué au CICR au Moyen-Orient (Syrie et Gaza)
Isabelle Muller, membre de Solidarité Bosnie
Hans Thurnherr, membre de Solidarité Bosnie et membre du PS Genève

Premières associations cosignataires: Collectif Urgence Palestine Genève (CUP), Centrale Sanitaire Suisse Romande (CSSR), BDS Suisse (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), Waves of Freedom Suisse (WOFA), Global Sumud Switzerland

Premiers citoyen·ne·s cosignataires: Blaise Crouzier, Albert Anor (syndicaliste, membre du Réseau suisse contre la Guerre), Anne-Laure Vieli (comédienne), Dominique Ziegler (auteur et metteur en scène), Jérémy Gigon (animateur socioculturel), Léon Meynet, Elisabeth Zumstein Kennedy, Nathan Finkelstein (ancien vice-Syndic de la commune de Tannay (Vaud) et membre de l'Union Juive Française pour la Paix), Michèle Roberge, Gilles Roth (retraité), Philippe Sauvin, Anne Nally, Catherine Grangier, Alain Riesen, Jan Doret (architecte et syndicaliste à la retraite), Besnik Zymberi, Luca Solari (délégué à la Conférence internationale contre la guerre (Londres, juin 2026)), Luc Gilly (pacifiste), Christine Leimgruber, Trinidad Alonso, Jérémy Chevalley (participant à deux flottilles)

Pièces jointes:

 essentiel.news