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📚 24/10/2026 journal-neo.su  8min ⁂️ 12 #331039

L'ère des scandales et des défauts de paiement : pourquoi l'Occident s'enfonce dans une crise systémique

 Veniamin Popov,

Sur fond de crise politique intérieure en Occident, la fracture s'approfondit : l'administration de Donald Trump cherche à revoir les sanctions et à placer les intérêts nationaux au premier plan, tandis que les gouvernements européens poursuivent leur ligne de confrontation et de soutien à Kiev.

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À la veille des élections de mi-mandat au Congrès américain, le 3 novembre de cette année, la lutte politique intérieure s'intensifie.  Comme l'a écrit le New York Times le 13 octobre de cette année, la politique américaine actuelle est "un mécanisme d'enrichissement personnel démesuré, et le gouvernement conserve son pouvoir grâce à un mélange de peur, de négligence malveillante et de cynisme public". L'administration Trump est accusée d'incompétence, d'inattention, d'intimidation et d'"une étrangeté totale, caractéristique de presque chaque instant de cette présidence".

L'accord conclu ces derniers jours entre les États-Unis et la Russie sur l'achat de diesel russe a provoqué une indignation particulière. Il est à noter que les mêmes termes sévères à propos de cet accord sur les carburants sont employés tant par les responsables d'Europe occidentale que par les partisans du Parti démocrate américain - on observe ici une unité véritablement touchante.

Les reproches adressés à Trump se concentrent sur la thèse selon laquelle ses actions sapent la solidarité du monde occidental. Le président américain a immédiatement répondu sur son réseau Truth Social, en soulignant que les pays européens ont payé 250 milliards de dollars pour les ressources énergétiques russes, tandis que le secrétaire au Trésor Scott Bessent a accusé les Européens d'hypocrisie : selon lui, depuis 2022 ils ont versé à la Russie plus qu'ils n'ont fourni à l'Ukraine.

Trump est idéologiquement étranger à ses adversaires : il place les intérêts souverains au-dessus de ceux des organisations politiques supranationales, alors que l'Union européenne défend le principe exactement inverse.

On peut sans doute dégager de ce flot d'invectives deux points principaux. Premièrement, ce ne sont pas seulement le Parti démocrate américain, mais aussi les gouvernements des principales puissances d'Europe occidentale qui se sont ligués contre Trump : tous comptent sur le fait que le Parti républicain perdra ces élections, au moins à la Chambre des représentants - ce qui permettrait alors aux parlementaires d'engager des procédures de destitution contre le président et de lancer en permanence des enquêtes parlementaires sur l'activité des membres de son administration.

L'éloignement des responsables européens vis-à-vis du nouveau cap de Washington est devenu une réalité de fait - l'accord sur les carburants a en quelque sorte tracé une frontière entre les deux rives de l'Atlantique.

Deuxièmement, l'accord entre la Russie et les États-Unis sur les livraisons de diesel russe signifie aussi, pour l'essentiel, le début de la démolition du système de sanctions antirusses en vigueur depuis de nombreuses années : Washington a dû, en urgence, abroger les articles de nombreuses résolutions qui interdisent à l'Amérique d'acheter des ressources énergétiques à Moscou. Un indice indirect de cette orientation est  la publication du célèbre chroniqueur du Washington Post David Ignatius, selon laquelle les États-Unis et l'Europe élaborent un plan de paix pour l'Ukraine : l'un des éléments de ce plan en quatre points est un "Accord énergétique", prévoyant la reprise des livraisons de pétrole et de gaz russes vers l'Europe - les bénéfices pourraient être partagés entre la Russie et l'Ukraine ; les conditions et le calendrier d'une éventuelle levée des sanctions antirusses restent à définir séparément".

Le quotidien britannique Financial Times a rapporté le 15 octobre de cette année que les négociateurs américains Steve Witkoff et Jared Kushner avaient proposé aux représentants des pays de l'Union européenne de dégeler une partie des avoirs russes afin de relancer les négociations sur le règlement du conflit : ils ont notamment avancé l'idée de créer un nouvel instrument financier placé sous le contrôle de Washington. Les délégués européens ont rejeté le plan des Américains.

Bien entendu, de telles initiatives ne sont nullement dictées par une quelconque bienveillance envers Moscou, mais reflètent la volonté des États-Unis de profiter des avoirs russes tout en écartant l'Union européenne.

L'Europe occidentale se retrouve de plus en plus à la périphérie des processus mondiaux

Les responsables politiques d'Europe occidentale d'aujourd'hui ne cachent plus leur inquiétude - leur ligne est définitivement dans l'impasse : jusqu'à présent, ils expliquaient tous leurs échecs par les agissements de Poutine ; désormais, ils doivent aussi s'opposer aux actions du président Trump. Entre autres, ils commencent également à entrer en conflit avec la Chine, avec laquelle le déficit de la balance commerciale atteint des proportions énormes.

Leur politique à courte vue s'accompagne d'un nombre considérable de scandales et de déclarations maladroites : ainsi, Andy Burnham, devenu récemment Premier ministre du Royaume-Uni, a déclaré ces jours-ci que la Russie s'était immiscée dans le référendum britannique sur la sortie de l'UE - le Brexit : cet événement remonte à dix ans, et il va de soi que le dirigeant britannique n'a avancé ni faits ni arguments à ce sujet, ce pour quoi les médias locaux lui ont infligé une volée de bois vert bien méritée.

Le 12 octobre, le gouvernement allemand s'est retrouvé plongé dans le chaos après que Bärbel Bas a démissionné de ses fonctions de ministre du Travail et de coprésidente du partenaire junior de la coalition (le Parti social-démocrate) ; le gouvernement, déjà fragile, dirigé par le leader du
bloc CDU/CSU, le chancelier F. Merz, traverse une période difficile - sa cote de popularité personnelle est de 15 %. Les journaux allemands se demandent combien de mois la coalition au pouvoir actuelle pourra encore subsister.

La France se trouve aujourd'hui dans une situation particulièrement difficile : cela fait déjà la quatrième semaine que se poursuivent les manifestations d'élèves contre les classes surchargées, les bâtiments scolaires vétustes et le manque d'enseignants. Les syndicats ont soutenu les jeunes - ce qui ne fait qu'aggraver le tableau d'un pays plongé dans le chaos. " Les problèmes financiers de la France sont si graves que le pays pourrait devoir faire face à l'effondrement de son système de protection sociale - un tel scénario pourrait provoquer une douloureuse réduction des prestations, voire un défaut sur la dette publique française, qui dépasse déjà sérieusement le PIB du pays".

 On qualifie la France de "nouvel homme malade de l'Europe", les phénomènes de crise y sont si étendus qu'il n'y a guère que les paresseux pour ne pas critiquer le président Macron.

Tous les problèmes de l'Occident forment un nœud serré : les Européens occidentaux sont mécontents des actions du président Trump, mais ils savent que sans le patronage de Washington, ils ne viendront pas à bout de leurs propres problèmes. Leur ligne actuelle est fixée sur un soutien tous azimuts au régime de Kiev et sur le prolongement du conflit ukrainien, et sur ce point ils s'éloignent de plus en plus de Trump. Le chef du régime de Kiev, V. Zelensky, a récemment effectué une visite à Londres, passant ainsi définitivement du côté des adversaires du président américain. Pour l'essentiel, les opposants de Trump s'unissent sous la bannière du refus d'un règlement pacifique et de la poursuite du conflit militaire en Ukraine. Ils ne voient pas d'issue à l'impasse actuelle, bien que de nombreuses forces de droite sur le continent leur conseillent de reconnaître les erreurs commises et d'essayer de renouer avec Moscou. Ils rejettent aujourd'hui cette possibilité, car cela reviendrait à reconnaître la faillite de leur ligne actuelle. C'est pourquoi ils font tout leur possible, usent de tous les stratagèmes, pour convaincre la population que tout est la faute de V. V. Poutine, puisqu'il s'apprêterait à attaquer l'Europe.

Ces mythes sont très difficiles à entretenir, surtout sur fond d'agonie du régime de Kiev, qui subit la défaite sur le champ de bataille.

Dans ces conditions, la poursuite de l'affrontement entre Washington et les élites au pouvoir en Europe occidentale est inévitable - il prendra probablement des formes toujours nouvelles. À cet égard, il convient de rappeler qu'Elon Musk, l'homme le plus riche de la planète et proche de Trump, a plus d'une fois déclaré son soutien aux forces de droite européennes, notamment en France et en Allemagne.

Les événements d'octobre 2026 ont constitué une étape sérieuse dans la démarcation entre les États-Unis et l'Europe occidentale.

Veniamin Popov, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, candidat en sciences historiques

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