Analyse
• En une rapide et élégante formule : "Nous n'y comprenons rien". • Cela résume notre sentiment, comme cela devrait être le sentiment général devant l'avalanche d'événements extraordinaires, contradictoires, insaisissables. • A nos portes, deux puissantes dynamiques qui sont comme deux branches (il y en a d'autres) d'un arbre puissant qui serait la GrandeCrise, de l'espèce Pinus longaeva dont le plus vénérable ('Mathuselah', en Californie) affiche 4 855 ans. • Le formidable et cruel désordre de l'Ukraine avec une UE au couteau entre les dents, et une Europe déchirée par une insurrection en voie d'être générale, telles sont les deux branches.
Il semblerait assez juste et équilibré de constater que nous sommes entrés dans une nouvelle séquence de la structure crisique qui ne cesse de se renforcer pour faire place nette pour la mise en place opérationnelle de la GrandeCrise. Nous avons dû remarquer qu'en quelques jours, nombre de 'subcrises' de cette GrandeCrise, souvent divisées en différents symptômes opérationnels porteurs eux-mêmes d'autres subcrises, ont accéléré et mis en place une expansion considérable de l'ensemble.
Traduisons ce propos qui peut sembler trop abstrait en certaines observations réalistes qui permettront de croire que l'on y comprend quelque chose, et surtout d'élargir le champ de la vision. Cela vaut pour les commentateurs français qui discutent de l'attitude des candidats vis-à-vis de l'UE comme des facteurs essentiels du désordre/des élections, ce qui conduit à considérer l'UE comme une forteresse avec de formidables tentacules capables d'aller jusqu'à Moscou et jusqu'à Washington, - alors que cette forteresse est aujourd'hui, dans son contexte ukrainien et russo-américain, d'une extrême et extraordinaire fragilité.
• La guerre en Ukraine a pris une allure résolument russe, avec le formidable déchaînement de la puissance russe montrant toute l'ampleur, la rapidité et la très haute technicité d'une armée parvenue au sommet des armées modernes en créant une forme nouvelle de guerre. Face à elle l'armée ukrainienne, malgré la résilience et le courage qu'elle a montrés jusqu'ici au niveau de ses soldats, est en train d'entrer en phase de décomposition. Au cours du mois d'octobre, la dégradation du régime zélenskiste est très rapide, notamment du fait des attaques aériennes violentes des Russes contre Kiev qui constitue le point central de la politique des dernières résistances. La plus récente attaque aérienne contre Kiev (nuit de vendredi) a laissé, selon nombre d'experts, le spectacle d'une capitale ukrainienne qui aurait été frappée par une attaque nucléaire . (Les pertes humaines doivent être complètement mises à part ; elles sont en nombre infiniment réduit par rapport à la comparaison exprimée, à cause de la précision des frappes visant des centres opérationnels dans la ville ; par ailleurs, cette population ne cesse de décroitre en raison des départs depuis le début de l'offensive russe).
• Les soubresauts de la politique trumpiste semblent se fixer désormais et pour un temps à déterminer dans une voie précise, passant par un rapprochement avec la Russie et une attaque politique impitoyable contre le pouvoir ukrainien... Le plus ironique est que tout cela émerge d'une tempête (par ailleurs permanente) de manipulations, de simulacres, de montages kafkaïo-zelenkistes (transfert ou non de renseignements US, 'Starlink' et 'Starshield', etc.) qui montre que la "guerre de l'information" du système de la communication peut jouer dans tous les sens-inverses grâce à son ' effet-Janus'. Il faut tout de même noter que rien ne peut être jugé comme verrouillé dans ce domaine, - observation que nous avons l'habitude de faire, comme un leitmotiv.
• Ainsi se rapproche-t-on, peu à peu si l'on veut quoique sur un rythme rapide, de la possibilité d'une situation impensable depuis les suggestions de Patton en 1945 d'envahir l'URSS à partir de la victoire de l'Allemagne, et notamment en embrigadant les restes encore impressionnants de la Wehrmacht : une guerre de l'OTAN (de l' Ouest, de l'Occident, du "monde libre", mais sans savoir ce que feraient les USA) contre la Russie.
Note de PhGBis : "Contre les suggestions de Patton, mort en décembre 1945, les USA redevinrent isolationnistes en 1945-1948, uniquement préoccupés de ne pas retomber dans une nouvelle Grande Dépression. L'OTAN commença à prendre forme autour du traité de l'Atlantique Nord sous la pression des Franco-Anglais, et contre la majorité isolationniste US. On lit dans notre 'Glossaire.dde' du 24 janvier 2016 (le texte essentiel"Le Trou Noir du XXème siècle") les conditions provoquées à partir de février 1948 par une minorité militaire, du secrétaire à la défense Forrestal aux généraux, poussant les USA à un engagement uniquement défensif en Europe, en même temps que le Plan Marshall proposait une lutte contre la menace de dépression en relevant économiquement une Europe"annexée"pour en faire un marché lucratif pour les exportations US."
Le glissement vers une guerre offensive "directe douce" contre la Russie s'effectue à partir de 2014 ("coup de Kiev") sans que l'expression majoritaire des descriptions de la situation, complètement animées en simulacres divers ne signalent le fait même, et encore moins son importance... Il faut ajouter que cette "expression majoritaire" (resucée des interventionnistes de 1948) ne l'est, majoritaire, que d'un point de vue simulacre, c'est-à-dire complètement faussaire et coupée de la réalité des opinions publiques plutôt isolationnistes et 'America First'.
• D'autre part et par contre sur le temps long, une tension USA-UE et USA-Europe se développe très rapidement du fait de la politique trumpiste nationaliste-hégémoniste soutenue par la minorité neocon-sioniste extrêmement active, cette politique s'exprimant durant les deux mandats de Trump, - surtout le second. Mais dans ce cas, - et cela contre cette même minorité, - la démarche de Trump s'appuie sur une phase actuelle (temporaire ?) très intense d'hostilité au régime Zelenski et une volonté de rapprochement avec la Russie.
• La situation intérieure des pays-membres, France en tête (le 17 octobre, avant et après), se dégrade brusquement à partir d'octobre sous la forme d'une violente contestation populaire qui a des allures insurrectionnelles bien loin des rêves de guerre avec la Russie des dirigeants. La France est devenue le point central de cette insurrection attisée par les désastreux lambeaux d'une seconde présidence Macron qui semble élever le simulacre mensonger, la catastrophe et la veulerie au niveau des vertus essentielles de cette chose nommée "République". Quoi qu'il en soit, le chaos français est accompagné de situations assez similaires dans un nombre respectable d'autres pays européens dont tous les dirigeants, toujours Macron en tête, ne songent effectivement qu'au soutien de l'Ukraine et à la perspective d'une guerre joyeuse et triomphante contre la Russie, là encore logiquement contre la politique trumpiste actuelle.
• Le reste du monde, Chine-Inde comprises, et même l'Iran-face-à-Israël qui semblent figés, observent les tensions de cette face de la structure crisique sans y comprendre grand'chose et se demandant s'il y a d'ailleurs quelque chose à comprendre sinon la chute d'une civilisation.
• Les échéances électorales (Israël, USA, France, Italie...) deviennent explosives à cette lumière, comme on le comprend aisément. Chaque élection devient un terrain supplémentaire de l'affrontement général selon des causes diverses, adaptées aux situations de chacun. Dans tous les cas, il s'agit d'incendies supplémentaires alimentant le brasier général et prêts à y participer.
Il n'y a aucune surprise à identifier dans tout cela de très nombreuses contradictions, absurdités, incohérences et discordances. Il s'agit d'un chaos crisique tournoyant qui fait de la structure crisique de l'ensemble un tourbillon incompréhensible interdisant toute activité politique rationnelle, et toute compréhension à mesure.
Comment nous n'y comprenons rien
Nous avons donc passé en revue une sorte de rangement des principaux événements crisiques en cours. Le résultat est que nous n'y avons strictement rien compris. Ce rangement impliquait la référence à quelques détails importants, mais même cet apport minimes de facteurs opérationnels de l'instabilité ont complètement brouillé la compréhensibilité organisée, rationnelle et opérationnelle des choses qui sont d'abord des "choses du chaos", - d'où notre "nous n'y avons strictement rien compris", qui fait essentiellement sinon exclusivement appel à notre pauvre raison mise dans quel état de Raison-Subvertie !
Nous estimons que cette impasse de l'incompréhensibilité vaut pour tout et pour tous, malgré les thèses et antithèses, les complots et anti-complots, les FakeNews et les sources recoupées. Le désordre est complet et même s'il est "contrôlé" comme nous disent ceux qui savent en clignant de l'œil, nous dirons, nous, qu'ils organisent et expliquent comme celui qui nous confie qu'il "embrasse ce qu'il ne peut étouffer", ou cet autre qui réplique :
"Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs."
Pour notre compte, nous ne feignons rien puisque nous reconnaissons notre inconnaissance. Nous disons bien inconnaissance, ce qui consiste pour le cas colossal observé ici de passer en revue quelques-uns de tous les détails pour exciter l'âme poétique (ou l'Esprit), pour les abandonner aussitôt (les détails) selon le constat qu'ils ne font que brouiller l'entendement général - qui, pour être réellement "entendement", va devoir en appeler inconsciemment à l'intuition. C'est là une des fonctions essentielles de l' inconnaissance, absolument libératrices des lourdes chaînes de la Raison-Subvertie, - alors, profitons-en !
... Et que nous dit l'intuition ?
L'actuel sommet de la tension active de cet ensemble de subcrises est le résultat d'une brutale et puissante convergence qui se manifeste en une séquence accumulant les catastrophes (en gros septembre-octobre 2026). Tout cela fonctionne comme un tremblement de terre dont nous subissons un épisode très haut dans l'échelle de Richter (modernisée,- puisqu'il s'agit de modernité, - par "l'échelle de magnitude de moment" [Mw]). Prenons les termes "secousse" ; "énergie", "répliques" dans un sens politique perçu par la psychologie :
"Un tremblement de terre (ou séisme) est une secousse soudaine du sol provoquée par la libération brutale d'énergie accumulée le long de failles géologiques. Cette rupture principale modifie l'équilibre des forces dans la roche environnante, déclenchant une série de secousses secondaires appelées répliques" (IA-Gemini)
Ces deux tensions brutales et extrêmes semblent séparées, et sont traitées comme telles, alors que nous-mêmes sommes conduits à juger qu'elles s'alimentent puissamment et suscitent une concordance psychologique considérable. Ces observations nous conduisent intuitivement à les considérer comme deux branches d'un seul événement dans la logique de la GrandeCrise, ou en un mot "comme la même chose" :
• D'une part, le paroxysme de l'attaque russe contre l'Ukraine va très rapidement nous confronter aux questions dramatiques des armées russes se trouvant directement face aux pays de l'OTAN qui manifestent parallèlement une dénonciation de l'agression russe et une préparation psychologique (et paraît-il opérationnelle) à une attaque contre la Russie. Alexander Mercouris estime que les représentations étrangères et le gouvernement Zelenski vont devoir quitter Kiev dans les prochaines semaines et ce départ marquera la fin de la résistance ukrainienne et par conséquent la fin de cet épisode guerrier nommé "la guerre d'Ukraine". La porte sera ouverte sur la possibilité d'autres séquences guerrières et/ou chaotiques potentiellement beaucoup plus graves, à moins (probabilité très-très basse) qu'un arrangement général USA-Europe-Russie n'intervienne
• D'autre part le paroxysme des crises intérieures des pays européens avec les manifestations et violences simultanées, sans nécessité de coordination même si des efforts sont faits en ce sens. L'insurrection populaire européenne n'a pas besoin de coordination ou de manipulation, même s'il y a de l'une et de l'autre, parce qu'elle répond à la transmutation de la tension paroxystique générale et générée par les pressions de l'UE en de telles violences. Bien entendu, cette insurrection s'oppose plus ou moins directement aux perspectives guerrières avec la Russie, transformant ces divers aspects en des pièces majeures d'un puzzle décrivant un labyrinthe confus et embrouillé selon une logique chaotique.
On ignore où et comment vont évoluer ces deux énormes dynamiques, sauf qu'elles ont pour effet commun un affaiblissement radical, voire un effondrement de l'Europe-UE, accélérée par la dégradation radicale du lien transatlantique. Reste à voir si les États-membres, dans tous les cas certains d'entre eux, auront assez de volonté et de caractère pour se séparer d'une façon ou l'autre de l'emprise de l'UE.
Dans ces divers cas, certains pronostiquent l'effondrement de l'importance et de la puissance de l'Europe qui fut pendant les deux derniers millénaires la matrice apparente selon la narrative qu'elle fit d'elle-même, de l'impulsion civilisatrice de ce qu'elle jugeait être le monde. Cela devrait-il être la voie de l'évidence ? Il n'est nullement assurée qu'elle le soit, car le sort de l'Europe va se fixer dans un environnement mondial lui-même en complet bouleversement, notamment les USA qui sont depuis deux siècles le symbole écrasant du progressisme civilisationnel. Là aussi, l'inconnaissance est de mise : dans ce cas, elle se nomme plus élégamment terra incognita.
Mis en ligne le 24 octobre 2026